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Commission européenne Prestation sans relief de Mariann Fischer Boel 

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Mariann Fischer Boel, la commissaire européenne désignée à l’agriculture, ne s’est pas livrée à une prestation très convaincante lors de son audition le 6 octobre devant la commission de l’agriculture du Parlement européen. Très évasive sur les grands dossiers d’actualité, comme le sucre et les fruits et légumes, la future commissaire, qui remplacera Franz Fischler début novembre, a laissé bon nombre de parlementaires sur leur faim. Certains d’entre eux craignent que la future commissaire ne pèse pas lourd sur les dossiers internationaux face au Britannique Peter Mandelson, commissaire désigné au commerce au sein du collège européen . La commission agricole a décidé de se donner du temps, jusqu’au 12 octobre, avant de rendre son verdict sur la future commissaire. La lettre qui sera transmise au président du Parlement ne sera sans doute pas des plus élogieuses.

Il n’y a pas d’alternative à la Pac si nous voulons répondre aux défis qui nous sont posés. La renationalisation ne constitue pas un choix réaliste, a déclaré en substance Mme Fischer Boel, qui a ainsi pris le contre-pied de la future commissaire désignée au budget, la Lituanienne Dalia Grybauskaité qui avait qualifié le 28 septembre la Pac de « désuète et démodée » Voir n°2975 du 04/10/04. « Les marchés seuls ne fourniraient pas les produits de bien public qu’attendent les citoyens», a-t-elle estimé. « Je défends la Pac mais pas son statu-quo, il est nécessaire de la faire évoluer pour relever les nouveaux défis auxquels nous serons confrontés dans l’avenir », a indiqué Mme Fischer Boel. Selon elle, « la nouvelle Pac tient vraiment compte des besoins de notre société et des consommateurs et de la nécessité d’innover dans les zones rurales ».

Récusant toute idée de transposition du modèle agricole américain, la future commissaire a dit ne pouvoir « accepter une dépopulation des campagnes européennes». Dans la perspective des négociations sur le futur budget communautaire, elle a affiché sa volonté de « sécuriser » des fonds suffisants pour les crédits au développement rural qui, selon elle, doivent être utilisés en priorité pour accroître la compétitivité du secteur agricole, renforcer les mesures en faveur de l’environnement et de la qualité de la vie et promouvoir la diversification des activités économiques.

Découplage et éco-conditionnalité

Mme Fischer Boel a expliqué vouloir faire en sorte que la mise en œuvre de la réforme de la Pac n’entraîne pas de distorsions de concurrence entre les Etats membres. « 80 % des aides vont être découplées, c’est une bonne chose », a-t-elle affirmé. Selon elle, une plus grande simplification des règles de fonctionnement de la Pac se produira lorsque le découplage et les mesures relatives à l’éco-conditionalité seront effectivement mises en œuvre. « Je m’emploierai à vérifier très soigneusement que les nouveaux instruments de la Pac soient utilisés correctement dans les Etats membres », a-t-elle indiqué.

« Evasive » sur les sujets d’actualité

Interrogée à de nombreuses reprises par les parlementaires sur le projet de réforme de l’organisation commune de marché du sucre, la future commissaire s’est bornée à indiquer que « l es choses doivent évoluer». Selon elle, « l’UE va perdre le panel sucre engagé contre elle à l’OMC » par l’Australie, le Brésil et la Thaïlande. La future commissaire s’est montrée tout aussi évasive sur les modifications qui pourraient être apportées dans le futur aux OCM des fruits et légumes et du vin.

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Par ailleurs, Mme Fischer Boel s’est dite déterminée à défendre le dossier des appellations d’origine. « Les indications géographiques donnent une valeur supplémentaire aux produits agricoles et je m’engage à les défendre, même si cela sera une véritable bataille dans le cadre de l’OMC », a -t-elle indiqué. Elle a notament précisé son intention de prendre les devants à Genève sur le dossier de l’étiquetage des vins.

Evoquant le dossier du bien-être animal en cours de transport, la future commissaire a regretté que l’on ne soit pas encore parvenu « à une solution acceptable pour tous » mais que néanmoins certaines dispostions permettaient de faire face à certains problèmes. A titre personnel, Mme Fischer Boel a marqué sa préférence pour que les abattages aient lieu sur place et que la viande soit exportée plutôt que d’imposer de longs trajets aux animaux. Elle a toutefois admis que certains pays tiers préférent importer des animaux vivants et que, par conséquent, si l’UE interdisait le transport de bétail, d’autres pays fournisseurs prendraient sa place.

Enfin, l’ancienne ministre danoise s’est prononcée personnellement pour la fixation de seuils « les plus bas possible » pour la présence d’OGM dans les semences conventionnelles.