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Filière porcine Prestor, Gad et Cecab donnent le coup d’envoi de la restructuration

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Hausse des matières premières, concurrence de la grande distribution et des acteurs européens… La filière ne peut que s’organiser pour rester compétitive et pérenniser ses activités. Bien que le rapport Porry l’ait recommandée déjà en 2003, la restructuration de la filière commence à peine. Les premiers à franchir le pas sont les groupes Prestor, Gad et Cecab qui regroupent leurs activités amont et aval afin de constituer un ensemble de 725 millions d’euros pour une production de 60 000 porcs par semaine. La nouvelle entité, dont le nom n’est pas encore choisi, devrait devenir le second acteur du secteur devant Cooperl et derrière Socopa, mais toujours loin derrière les groupes européens.

Un an après l’échec du projet baptisé « Hermès » qui devait réunir cinq acteurs (Europig, Gad, Socopa, Bernard et Abera), ce sont le groupement de producteurs Prestor, la société Louis Gad et le groupe coopératif Cecab qui décident de s’unir dans un contexte de forte concurrence. Les trois groupes ont réussi à s’entendre rapidement puisque les discussions n’ont débuté qu’en début d’année et le protocole signé avant l’été. « La nouvelle Pac en négociation à l’OMC et la hausse des matières premières qui ont un impact sur le coût de revient de la viande porcine justifient d’autant plus que les acteurs de la filière se mettent ensemble. C’est une volonté affichée de pérenniser les activités de toute la filière, de la production à la transformation », explique Guillaume Roué, président de Prestor et de l’Inaporc et futur président du conseil de surveillance de la nouvelle SA industrielle, dont le nom n’est pas encore arrêté. L’opération reste encore soumise à l’accomplissement de toutes les consultations et à l’obtention de toutes les autorisations nécessaires et devrait être finalisée au 1 er janvier 2008.

Le rapport de Jean-Louis Porry réalisé en 2003 à la demande du ministre de l’Agriculture de l’époque, Hervé Gaymard, mettait déjà en avant la nécessaire réorganisation de la filière. « Si la production organisée a été l’un des facteurs du renouveau de la production porcine, il apparaît clairement qu’elle ne s’est pas restructurée suffisamment vite par rapport à ses clients et à ses concurrents. Le nombre de groupements a certes diminué de plus de 200 au milieu des années 70 à environ 90 aujourd’hui, contrôlant 90 % de la production. Par contraste, 90 % de la production danoise est contrôlée par une seule organisation coopérative », indique ce rapport, spécifiant que la restructuration de la filière permettrait une force de négociation plus conséquente face à la grande distribution, une réduction des coûts, et la spécialisation des outils de production Le rapport Porry est consultable sur le site Internet du ministère de l’Agriculture à l’adresse http://agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/rapport_porc_415-2.pdf..

« La porte reste ouverte »

En unissant leurs activités de l’amont et de l’aval, les trois groupes vont constituer un nouvel ensemble qui représentera un chiffre d’affaires de 725 millions d’euros, pour un volume annuel de production de 368 000 tonnes, soit 60 000 porcs abattus. Employant 2 700 salariés au niveau de son pôle industrie, le nouveau groupe rassemblera huit sites de découpe de 48 000 porcs par semaine et deux sites d’abattage d’une capacité de 60 000 porcs par semaine, pour 110 000 mètres carrés de surface de production. La nouvelle entité revendique la place de numéro deux du secteur, derrière Socopa et devant Cooperl, mais « encore très loin derrière les groupes européens, notamment allemands et danois ». Le groupe devrait réaliser entre 20 et 25 % de son chiffre d’affaires à l’export, notamment vers la Chine, la Corée et le Japon, les premiers débouchés des trois groupes.

« Nous pourrons atteindre une taille critique face à la grande distribution. C’est une date historique mais ce projet est destiné à continuer », souligne Jean-Michel Jannez, directeur général du groupe Cecab. D’ailleurs, les trois groupes n’ont pas l’ambition de rester entre eux. « La porte reste ouverte à d’autres protagonistes, industriels ou groupements de producteurs, si ces derniers gardent les mêmes valeurs que ce nouveau groupe », insiste Loïc Gad.

La SA industrielle qui va être créée sera détenue à 10 % par l’établissement financier Unigrains, à 41 % par le groupe Cecab et ses dirigeants (à hauteur respectivement de 34 % et de 66 %) et enfin à 49 % par la SAS de production. Cette dernière sera elle-même la propriété à 66 % du groupe Prestor et à 34 % du groupement porc de Cecab. La SA industrielle sera répartie en quatre pôles : viande (283 000 tonnes), salaison (31 000 tonnes), négoce (45 000 tonnes) et multi-viandes (9 000 tonnes). Cette organisation permettra «à chaque métier de se développer et créer de la valeur».

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« Sourcing » des trois groupes

« L’intérêt d’un tel rapprochement reste de valoriser au mieux la production alors que nos usines arrivent à saturation. Il était temps de passer à l’étape supérieure. En outre, Prestor et Cecab apportent leur sourcing à l’union », explique Loïc Gad, dont le groupe devient premier acheteur sur le marché au cadran du porc breton après l’opération.

Le groupe Cecab apporte ainsi à la SA industrielle son abattoir Europig situé à Josselin, dans le Morbihan, mais également sa filiale les Salaisons Aubret, implantée à Saint-Mars-la-Jaille, en Loire-Atlantique, et sa société de négoce international Cedro, basée à Dol-de-Bretagne, en Ille-et-Vilaine. L’activité porc de Cecab a représenté, en 2006, 28 % du chiffre d’affaires total du groupe qui s’est élevé à 1,313 milliard d’euros.

De son côté, le groupe familial Gad, qui est détenu à 35 % par le groupement de producteurs Prestor depuis juin 2007, représente un chiffre d’affaires de 350 millions d’euros pour 1,4 million de porcs abattus par an. Il possède un site d’abattage, de découpe et de fabrication de produits élaborés à Lampaul Guimiliau, dans le Finistère, et six sites de découpes (Louis Gad à Saint-Hilaire de Clisson, Morand à Saint-Nazaire, Pontoise viandes, Clavières viandes à Dole (39), Dijon (21) et Montceau-les-mines (71). Louis Gad possède également la société Binic Gastronomie spécialisée dans la fabrication de verrines sous la marque Mère Lalie. Enfin, le groupement Prestor, dont le siège se situe à Kersaint-Plabennec, dans le Finistère, représente 1,4 million de porcs commercialisés par an pour un chiffre d’affaires de 190 millions d’euros.

Un résultat net de 7 à 11 M EUR

Les trois groupes vont engager un programme industriel de 30 millions d’euros sur trois ans. Une première tranche de 10 millions d’euros est prévue sur le site de Lampaul Guimiliau afin d’y construire une nouvelle unité de 8 000 mètres carrés pour doubler la production de produits élaborés à 10 000 tonnes. Cette extension devrait être opérationnelle courant 2009-2010. Dix autres millions d’euros seront consacrés à la « refonte de l’atelier de découpe et de désossage » de l’abattoir d’Europig à Josselin.

Ce rapprochement va permettre la création à terme de 400 à 500 emplois. Par ailleurs, les trois groupes devraient améliorer rapidement leur rentabilité. « Nous prévoyons de générer, en 2009, un résultat net entre 7 et 11 millions d’euros, ainsi qu’un cash-flow estimé entre 12 et 16 millions d’euros », indique Loïc Gad, président du directoire du groupe Louis Gad et futur président du directoire de la SA industrielle. Par ailleurs, Francis Coadou, directeur général du groupe Louis Gad, Jean-Michel Jannez, directeur général du groupe Cecab et Roger Capitaine, directeur de Prestor, deviendront membres du directoire.