La Fédération nationale des producteurs de lait a signé un manifeste avec d’autres représentants de la profession d’origine polonaise, finlandaise, italienne ou belge afin de défendre une réelle politique laitière face à « l’attentisme » de l’Europe. La Fédération des coopératives laitières a fait de même quelques jours plutôt.
« Thierry Roquefeuil, président de la Fédération nationale des producteurs de lait (FNPL), prend l’initiative d’un appel aux producteurs de lait européens en faveur de la création d’une politique laitière européenne qui stabilise, oriente et innove face à l’attentisme de la Commission européenne », est-il écrit au début du manifeste de la FNPL rendu public le 31 mai. Pour Thierry Roquefeuil, d’autres pays européens sont sur la même longueur d’onde que celle de la France comme l’Italie, la Belgique, la Finlande ou la Pologne. « En Irlande, les producteurs sont vraiment dans le mur. Aux Pays-Bas, ce n’est pas un pays qui parle mais une entreprise ! », estime-t-il, d’où l’idée de ce manifeste qui vise à regrouper les voix des producteurs laitiers européens qui n’arrivent pas toujours aux oreilles de la Commission européenne. « Il s’agit de faire émerger la vraie préoccupation des gens », continue André Bonnard, secrétaire général du syndicat. Ainsi, il semble qu’il y ait une dissonance entre le discours tenu par les représentants des gouvernements au niveau européen et la réalité du terrain.
Dissonance entre la réalité du terrain et les discours de Bruxelles
Karl Wash, premier secrétaire aux affaires agricoles et à la pêche à l’ambassade d’Irlande, observait dans un entretien accordé à Agra Presse (Cf Agra Presse n° 3548) que les éleveurs « veulent être en mesure de répondre à la demande du marché quand celle-ci va être relancée » aussi continuent-ils de produire. Il reconnaissait pourtant « le prix moyen du lait est de presque 3 centimes le litre en dessous du coût moyen de production ». Lors d’un voyage de presse, organisé par Bord Bia, du 25 au 26 mai en Irlande, l’écho de certains producteurs laitiers n’est pas aussi positif et volontariste que celui de Karl Walsh. Leur situation financière semble très délicate. André Bonnard observe de son côté que « l’Allemagne n’a plus d’augmentation de collecte car les éleveurs commencent à décapitaliser. Ils arrêtent ». Le président du syndicat souligne également que « les producteurs de lait ne comprendraient pas que le Copa-Cogeca (Confédération des syndicats agricoles européens des agriculteurs et des coopératives) ne soit pas un réel relais de leurs revendications ». Des revendications qui se font en parallèle de cette dernière organisation, décrite par la FNPL comme bloquée. Trouver un consensus syndical à 28 reste aussi difficile que de trouver un consensus au niveau de la Commission européenne.
La FNCL veut un budget pour passer la crise
De son côté, la Fédération nationale des coopératives laitières (FNCL) a également établi une déclaration commune quelques jours auparavant, le 25 mai, avec sept autres organisations de coopératives laitières originaires de Finlande, Italie, Pologne, Espagne et Portugal, « à quelques heures de la rencontre organisée au Parlement européen entre les organisations de la filière laitière ». Ils appellent à « la mise en place d’un budget européen pour passer la crise, qui serait accessible aux opérateurs à condition qu’il y ait un engagement de stabilisation de la production laitière de leur part, en application de l’article 222 ». La FNCL explicite sa position dans un communiqué du même jour. Elle estime qu’une « troisième tranche d’intervention » n’est envisageable que « si et seulement si elle est également assortie d’une gestion maîtrisée des volumes. À date, 300 000 tonnes de poudre sont déjà stockées ! Les tranches d’intervention pourront se multiplier mais resteront inefficaces si elles ne sont pas liées, a minima, à une stabilisation des volumes ». Le syndicat souhaiterait « un budget européen pour la crise, pris sur les souplesses d’exécution du budget agricole, dont l’attribution serait conditionnée à une maîtrise des volumes ». De plus, selon lui, « à plus long terme, des solutions doivent être trouvées comme un travail sur une harmonisation fiscale permettant de réduire les écarts de compétitivité entre les différents pays et l’intégration d’un système assurantiel de préservation de la marge des éleveurs dans la Pac 2020 ».
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Un objectif commun mais des déclarations séparées
« La guerre des bassins en Europe doit s’arrêter : elle est destructrice de valeur et du grand potentiel laitier européen. Stabiliser aujourd’hui la production permettrait de revenir à un équilibre économique sain et porteur de croissance pour tous », explique Dominique Chargé, président de la FNCL dans le communiqué. Un discours qui se retrouve dans la bouche de Thierry Roquefeuil. Les objectifs seraient donc communs. Et pourtant, les déclarations ne sont pas communes… « La Commission dispose de toutes les marges de manœuvres pour soumettre, sans délai, aux États membres et au Parlement européen, sur la base de l’Organisation commune de marché (OCM) unique, les mesures qui lui semblent justes, y compris des instruments qui ne sont pas inscrits, au départ, dans les règlements. Des solutions concrètes et des marges de manœuvre budgétaires suffisantes existent », relève le manifeste de la FNPL. La FNCL est finalement plus directe et demande clairement de l’argent à l’Europe pour aider les transformateurs à « passer la crise ». À qui donc ira l’argent public de la régulation ?
Berlin promet au moins 100 M€ d’aides aux producteurs de lait
Le gouvernement allemand va mettre au moins 100 millions d’euros à disposition des producteurs de lait du pays, aux abois en raison de la surproduction et de la dégringolade des prix, a annoncé, le 30 mai, le ministre de l’Agriculture. « Nous allons soutenir les producteurs avec des aides financières à court terme », a dit le ministre Christian Schmidt lors d’une conférence de presse à Berlin, à l’issue d’un « sommet du lait » réunissant les principaux acteurs du secteur. En marge de cette réunion, des producteurs ont manifesté devant la Porte de Brandebourg et devant le ministère, où ils ont notamment entassé des bottes en caoutchouc en signe de ras-le-bol. L’État fédéral va mettre à disposition une enveloppe de « 100 millions d’euros plus X », sous forme d’aides directes et d’avantages fiscaux, par exemple des abattements exceptionnels. M. Schmidt a affirmé être en discussions avec son confrère aux Finances, Wolfgang Schäuble, et les députés du Bundestag, et vouloir s’adresser à Bruxelles « pour clarifier à combien se montera X », la somme additionnelle qui sera versée.