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Agriculture mondiale Productivité et durabilité ne doivent pas s’affronter, selon Michel Petit

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Lors d’une conférence de presse organisée conjointement par le Gnis, l’UFS et l’UIPP, le 9 juin à Paris, Michel Petit, ancien directeur du département agriculture et développement rural de la banque mondiale, a plaidé en faveur d’une agriculture mondiale productive et durable. Après avoir fait un panorama de la situation agricole mondiale passée et actuelle, il a donné des pistes pour satisfaire une demande alimentaire globale en hausse face à une productivité agricole qui ne suit plus toujours. Pour Michel Petit, plusieurs solutions sont envisageables, notamment l’utilisation des semences OGM. D’ailleurs, selon lui, « les solutions générales fondées sur des partis-pris idéologiques seront, en la matière, plus nuisibles qu’utiles ».

«Il n’y aura pas de solutions à la sécurité alimentaire mondiale viables si elles ne sont pas durables », a souligné Michel Petit, ancien directeur du département agriculture et développement durable de la Banque mondiale. C’est lors d’une conférence de presse organisée par le Gnis, l’UFS et l’UIPP, le 9 juin à Paris, que Michel Petit a présenté les grandes lignes de son nouvel ouvrage intitulé Pour une agriculture mondiale productive et durable.

Augmenter la productivité en évitant les excès du productivisme

Selon Michel Petit, « la remise en cause de la productivité est principalement liée à la condamnation, par une large partie de l’opinion publique, du productivisme ». Mais les besoins alimentaires à venir, en lien avec la croissance économique et démographique, font que l’humanité aura besoin d’améliorer la productivité agricole. En effet, selon la FAO, « la production mondiale de denrées alimentaires doit augmenter de 70% d’ici à 2050 ». Ceci pour conserver un accès à l’alimentation à un prix raisonnable pour l’ensemble de la planète. Cependant, d’après Michel Petit, les surfaces cultivées dans le monde ne pourront progresser que de 10% au maximum d’ici là, ce qui impose des gains de productivité en agriculture au niveau mondial. D’ailleurs, il indique que l’objectif d’augmenter la productivité agricole de 70% sur les quarante ans à venir n’est pas inconcevable, car lors des quarante dernières années la hausse de production a atteint 150%. Cependant, « une extension limitée des terres cultivables et des ressources en eau impose des hausses de production durables », souligne Michel Petit.

Une hausse de productivité par travailleur nécessaire mais complexe

« Il est nécessaire d’augmenter la productivité du travail dans les pays du sud pour que les agriculteurs puissent dégager un revenu de leurs activités », a expliqué Michel Petit. Cependant, ceci s’est souvent traduit par une augmentation de la taille des exploitations parallèlement à une baisse des besoins en main d’œuvre. Si en Europe, la main d’œuvre rurale, devenue moins nécessaire, a été absorbée par l’industrie et l’exode vers le Nouveau monde notamment, la situation des pays du sud n’est pas la même aujourd’hui en termes de liberté de circulation des travailleurs. Mais des pays comme la Chine, avec 3% de hausse de productivité agricole par an sur les trente dernières années, l’Inde, pays devenu le second exportateur mondial de coton après l’adoption des variétés OGM BT, ou le Brésil, qui a su mettre en valeur les « cerrados », sortes de savanes, où le soja OGM est cultivé, ont montré leurs capacités à augmenter leur productivité. Selon Michel Petit, « l’exemple de mise en valeur des savanes au Brésil pourrait inspirer l’Afrique ». L’économiste met d’ailleurs en garde contre l’afro-pessimisme, car avec peu de moyens, les rendements africains auraient, malgré leur faiblesse, doublé sur les quarante dernières années.

Trois grandes controverses pour l’agriculture

Pour Michel Petit, trois grandes controverses subsistent au sujet de l’agriculture mondiale. La première concerne la marginalisation des petits paysans dans les zones où l’accroissement de productivité par travailleur, et donc la hausse des surfaces cultivées par personne, vont se produire. En effet, en Afrique notamment, beaucoup de jeunes vont arriver sur le marché du travail, et le marché de l’emploi dans ces zones ne pourra pas supporter un exode rural massif ; de plus les possibilités d’émigration se restreignent. Ainsi, Michel Petit souligne « qu’il n’est pas raisonnable de se priver d’outils tels que les OGM et les pesticides dans ces zones ». D’ailleurs, il souligne que la FAO et la Banque mondiale s’attèlent à formuler des guides de bonnes pratiques pour ces produits, et à contrôler le respect des retraits de marché de certaines molécules. Autre sujet d’importance selon Michel Petit, la mise en place d’outils assurantiels pour gérer la volatilité des prix, mais il souligne le manque de transparence actuel sur les marchés agricoles qui freine la mise en place de ces outils. Enfin, il signale que l’actuelle paralysie sur l’utilisation des OGM, en Europe notamment, est principalement liée à un manque de confiance dans notre appareil de gouvernance et aux dangers de collusions entre intérêts économiques privés et les préconisations politiques. Selon lui, ceci a entraîné une perte de crédibilité des experts, rendant l’Inra frileux sur la recherche OGM, notamment suite aux destructions de parcelles d’essais OGM, que Michel Petit qualifie « d’immorales ».

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