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Marchés Produits laitiers : les ministres de l’agriculture appuient l’extension du « paquet lait » au-delà de 2020

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Le 23 janvier à Bruxelles, le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, a informé les ministres de l’Agriculture de l’UE sur les derniers développements sur les principaux marchés agricoles (lait, viande et fruits et légumes) et a passé en revue notamment les conclusions du deuxième rapport de la Commission européenne sur la mise en œuvre du « paquet lait » (publié en novembre 2016). S’il a souligné que les marchés se redressent lentement, il a toutefois reconnu que certains agriculteurs traversent encore des périodes difficiles.

« Nous suivons de près la situation et prendrons d’autres mesures si cela s’avère nécessaire », a dit Phil Hogan, le commissaire européen à l’agriculture, lors d’un point de presse à l’issue du Conseil des ministres de l’agriculture le 23 janvier à Bruxelles. Il a indiqué que c’est précisément la raison pour laquelle la situation des marchés des différents secteurs et notamment celui du lait « figure régulièrement à l’agenda des réunions des ministres européens de l’agriculture ». Il a aussi rappelé que l’UE était à 8 mois de la fin des quotas de sucre et qu’il est nécessaire d’assurer une transition « la plus souple possible » pour ne pas perturber le marché. Concernant plus spécifiquement la question du lait écrémé en poudre, qui a donné lieu à une manifestation d’agriculteurs en colère, Phil Hogan a affirmé « ne pas comprendre l’attitude des agriculteurs européens » venus chahuter sous les fenêtres des ministres de l’Agriculture. Il a souligné que les prix du lait ont pourtant augmenté de 25 % depuis juillet 2016 « grâce notamment aux mesures prises par la Commission européenne ». Le commissaire irlandais a toutefois reconnu la fragilité du marché laitier et a expliqué que c’est la raison pour laquelle la Commission a entrepris une politique très prudente de remise sur le marché du lait écrémé en poudre : « Nous soutenons ces produits et nous agissons avec grande prudence en ramenant des stocks sur le marché, très progressivement, et à un prix assez élevé de sorte qu’il n’y ait pas de perturbation du marché et pour ne pas endommager les prix qui se relèvent progressivement », a-t-il précisé. Au cours du débat avec le commissaire irlandais, les ministres européens de l’agriculture, de leur côté, ont reconnu qu’il y avait eu des progrès sur le marché du lait mais ils ont toutefois exprimé des inquiétudes quant à la volatilité persistante de plusieurs secteurs et segments du marché, notamment en ce qui concerne les produits laitiers, le bœuf et la volaille. Ils ont demandé à la Commission européenne de rester vigilante car les marchés sont encore fragiles et les producteurs ont besoin de temps pour récupérer leurs flux de trésorerie. Ils ont également salué la démarche prudente lorsqu’il s’agit de remettre les stocks de lait écrémé en poudre sur le marché afin d’empêcher les marchés de se détériorer. Plusieurs ministres ont également plaidé pour une approche proactive dans tous les secteurs agricoles actuellement en difficulté, en particulier dans le secteur de la viande bovine et dans le secteur de la volaille où l’influenza aviaire a un grave impact sur les revenus des producteurs avicoles de l’UE. Les ministres européens ont apporté leur appui à l’extension du « paquet lait » de l’UE au-delà de 2020, soulignant que cet ensemble de mesures aide à améliorer le positionnement des agriculteurs dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire. Le « paquet lait » est axé sur le renforcement des relations contractuelles entre les agriculteurs et les transformateurs afin d’améliorer la position des producteurs faibles dans la chaîne d’approvisionnement alimentaire et de leur permettre d’obtenir de meilleurs résultats sur le marché.

Haro sur le lait écrémé en poudre

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À l’occasion de la réunion des ministres de l’agriculture de l’UE, le 23 janvier, les producteurs de lait sont une nouvelle fois venus manifester sur le rond-point Schuman où se situe le bâtiment du Conseil des ministres. Emmenés par l’European Milk Board et Via Campesina, ils ont notamment bombardé la façade du Justus Lipsius avec de la poudre de lait pour dénoncer la remise sur le marché du lait en poudre stocké par l’UE qui, selon eux, pourrait entraîner une possible chute des prix du marché. Ils ont réitéré leur demande de la mise en place d’un instrument permanent de gestion de crise dans le secteur laitier. Erwin Schopges, un des représentants des producteurs laitiers européens en colère a expliqué que l’Europe, en 2016, « a fait un stockage avec de l’argent public de quatre milliards de litres de lait en poudre et que le grand danger aujourd’hui est que ces importants volumes de lait en poudre soient remis sur le marché, ce qui risque d’avoir un impact négatif sur le prix du lait". Selon lui, à l’automne 2015, les producteurs laitiers ont volontairement diminué leur production de lait d’un milliard de litres, « mais cela n’a pas suffi car avec un prix au litre d’un peu plus de 32 cents, les coûts de production sont tout juste couverts. Ce qu’il faut ce sont des mesures de crise et en particulier un plafonnement de la production. Parce que ça ne sert à rien qu’on baisse notre production si le voisin, lui, l’augmente." La Commission européenne a en effet décidé, fin novembre 2016, de mettre en vente une petite partie des stocks de lait en poudre accumulés depuis plus d’un an dans les États membres, soit 6 % (22 150 tonnes) des 355 000 tonnes retirées des marchés. Mais, selon un porte-parole, la Commission n’était pas prête à vendre à n’importe quel prix et a donc refusé de finaliser des adjudications dans la mesure où les offres d’achat proposées se trouvaient bien au-dessous des prix du marché. Les prix oscillaient entre 155 et 190 euros pour 100 kilos, bien au-dessous du prix minimum déterminé lors de la première adjudication en date du 15 décembre 2016, qui était de 215,10 euros.