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Programmes opérationnels : du porc à la vache, un appétit variable

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La réforme de la Pac offre la possibilité aux États membres de consacrer une partie de l’enveloppe des aides couplées aux Programmes opérationnels en les ouvrant à de nouvelles filières. Si la filière porcine semble motivée pour y émarger, c’est moins évident pour d’autres.

De la même façon que tous les syndicats agricoles ne sont pas tous favorables à l’élargissement des Programmes opérationnels à de nouvelles productions, les filières potentiellement concernées sont tout aussi diversement motivées. Rapide tour d’horizon en viande et en lait.

Viande bovine : pas « encore mature »

La production la plus réticente est certainement la viande bovine, à l’instar des éleveurs de la FNB (affiliée FNSEA). « Tels qu’ils sont construits aujourd’hui, les programmes opérationnels ne sont ouverts qu’aux organisations de producteurs (OP) avec transfert de propriété, autrement dit les coopératives, ce qui exclut une très grande majorité d’éleveurs », pointe son président Bruno Dufayet. L’éleveur cantalien déplore aussi « l’impossibilité d’imaginer un programme collectif entre plusieurs OP », ainsi que le cofinancement à 50 % par les OP. « Or, cette capacité [financière] n’existe pas aujourd’hui dans les caisses des coopératives. »

La FNB, qui a lancé début 2020 un projet d’association d’organisations de producteurs (AOP), n’est pourtant pas complètement fermée sur le sujet. « L’esprit nous intéresse. Mais au niveau réglementaire, il n’y a pas suffisamment de garanties pour en faire un vrai outil », lâche M. Dufayet. Moins organisée que les autres productions, la filière bovins viande n’est « pas mature » pour les programmes opérationnels, estime Emmanuel Bernard, vice-président de la FNB. « S’il doit y avoir des programmes opérationnels, nous voulons qu’ils soient complètement connectés aux ambitions des Egalim, exprimées dans le plan de filière, martèle M. Dufayet. Or, réglementairement, on ne peut pas le faire aujourd’hui. » Des programmes pour « réorienter la filière », pas pour « saturer les abattoirs », résume Emmanuel Bernard.

Lait : la FNPL réservée, les OP motivées

Au sein de la filière laitière, l’accueil est aussi réservé du côté des éleveurs. « Si nous devons choisir, nous choisissons en priorité les aides couplées, estime sa vice-présidente, Marie-Thérèse Bonneau. S’il y a des programmes opérationnels, nous y travaillerons, mais il faudra qu’ils concernent tous les éleveurs en cohérence avec le plan de filière France Terre de lait. Ils ne doivent pas se cantonner à telle ou telle OP sur tel ou tel sujet. »

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À l’inverse les OP laitières, au travers du jeune syndicat France OP Lait, voudraient rendre ces programmes « accessibles aux producteurs laitiers au travers d’OP agréées ». D’ailleurs, elles ont déjà fait connaître leurs pistes d’utilisation de ces programmes, dans le cadre du grand débat Impactons : la production (répondre aux attentes sociétales, établir des prévisionnels de production, aide alimentaire…) ; la concentration de l’offre et la mise sur le marché (stockage du lait à la ferme ; montée en gamme…) ; l’environnement, le changement climatique et les méthodes de production durable (gestion ressource en eau, valorisation des effluents d’élevage, efficacité énergétique globale des systèmes d’exploitation) ; la qualité potentielle du lait sorti exploitation ; le sanitaire et la bientraitance (gestion de la douleur, valorisation des veaux…).

« Les idées bouillonnent dans la tête des responsables d’OP. Nous avons la volonté d’aller chercher de la valeur ajoutée au travers de ces programmes opérationnels, se réjouit Frédérique David, trésorier de France OP Lait. Il faut maintenant donner les moyens aux OP d’y aller. » Le syndicat regrette de ne pas être plus consulté par les pouvoir publics.

Porc : des projets déjà avancés

Le secteur porcin compte « s’inscrire » dans les futurs programmes opérationnels, indique-t-on à la FNP (producteurs de porcs, FNSEA). Les trois interprofessions porcines de l’Ouest (Bretagne, Pays de la Loire et Normandie) mènent actuellement un projet d’AOP (association d’organisations de producteurs) afin de souscrire à ces aides. « On espère faire aboutir assez rapidement ce projet d’AOP », espère François-Régis Huet, membre du bureau de la FNP. Pour cet éleveur morbihannais, la filière pourrait utiliser les programmes d’investissement pour « accéder à la montée en gamme » et « répondre aux demandes sociétales et environnementales ». L’élu de la FNP indique aussi qu’une réflexion similaire a démarré dans « les régions à faible densité porcine, en particulier en montagne ». Des secteurs qui tentent d’accéder à l’ICHN, mais pourraient se " rabattre " sur les programmes opérationnels.

La Coopération agricole « très ouverte » aux programmes opérationnels

« Il est nécessaire que toutes les aides couplées qui perdureront soient des aides qui accompagnent l’organisation des acteurs économiques. Nous sommes très ouverts à la logique des programmes opérationnels plus qu’aux aides couplées », explique Dominique Chargé, président de la Coopération agricole, interrogé par Agra Presse. Les coopératives estiment en effet que l’approche filière des programmes opérationnels est vertueuse. Pour preuve, le bon bilan dans le secteur des fruits et légumes de cet outil stratégique sectoriel qui « a permis de répondre aux objectifs de compétitivité et aux attentes des citoyens et consommateurs ». La Coopération agricole rappelle que les aides couplées restent indispensables à certaines productions, mais souhaiterait qu’elles « soient conditionnées à la démonstration de création de valeur et au maintien d’une production sur un territoire ». « Si l’on garde des aides couplées, elles doivent rester à destination des marchés en devenir comme la protéine », illustre Dominique Chargé. Par ailleurs, la Coopération agricole veut que le gouvernement continue de « soutenir les zones à handicaps naturels pour maintenir l’activité en zone rurale ». « Les zones intermédiaires souffrent beaucoup, il faut les soutenir, et accompagner ses territoires vers des productions alternatives, notamment pour travailler à plus d’autonomie protéique », estime son président.