Fiers d’avoir réussi à mobiliser l’intégralité des acteurs autour d’un objectif commun – promouvoir la consommation de fruits et légumes frais –, les professionnels de la filière prévoient de débloquer des budgets en 2017 pour atteindre leurs objectifs. Ils commencent cependant à s’agacer sérieusement face à une réglementation européenne trop stricte et des pouvoirs publics absents.
« Lorsqu’il n’y a pas de turbulence dans une filière, les pouvoirs publics ont tendance à l’oublier », a déploré Bruno Dupont, président de l’interprofession des fruits et légumes frais, le 10 janvier, à l’occasion d’une conférence de presse qui réunissait les 3 organisations de la filière fruits et légumes frais : Interfel (interprofession), le CTIFL (centre technique) et Aprifel (agence pour la recherche et l’information). Autour de leur directeur général commun, Louis Orenga, les présidents des trois organismes (Bruno Dupont, Jacques Rouchaussé et Christel Teyssedre) ont regretté le désengagement de l’État en matière de soutien de leur filière. Les professionnels des fruits et légumes frais ont su trouver des solutions lorsque le gouvernement a décidé de fermer les vannes budgétaires en supprimant la TFA (taxe fiscale affectée) qui finançait le CTIFL. Aujourd’hui cependant, ils sont proches de l’exaspération face à une réglementation qu’ils estiment ubuesque tant elle leur met des bâtons dans les roues lorsqu’ils veulent promouvoir la consommation de fruits et légumes frais.
Un projet autofinancé
« Tous les professionnels de la filière, de l’amont à l’aval, se sont mis autour de la table et ont accepté d’augmenter leurs cotisations », a fait remarquer Bruno Dupont. Les cotisations ont quasiment été triplées et permettront de financer les 13 M€ annuels perdus avec la fin de la TFA. Ainsi, le CTIFL va pouvoir maintenir ses actions, et compte même les développer, pour les années à venir. Parmi les axes de travail, explique le président Jacques Rouchaussé : « la qualité, du champ au consommateur », « la modernisation » de l’ensemble de la filière ou la lutte contre l’utilisation des pesticides. À ce sujet, Louis Orenga demande aux ingénieurs de « faire des expérimentations sur ce qui est faisable mais aussi sur ce qui ne l’est pas. Justement pour démontrer que ça ne l’est pas ».
L’Agence pour la recherche et l’information Aprifel va quant à elle être « réactivée », à travers la mise à disposition de nouveaux moyens financiers. Elle aura pour ambition de poursuivre son travail d’information « à destination de la sphère scientifique », mais également à destination du grand public. « Ça n’avait pas été fait depuis plusieurs années », commente la présidente Christel Teyssedre.
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Quant à Interfel, l’interprofession compte poursuivre la démarche d’élargissement engagée depuis plusieurs années. « Nous sommes passés de 9 à 13 familles. Nous serons bientôt 14 » a annoncé Bruno Dupont. En effet, les importateurs devraient intégrer d’ici peu l’interprofession. En 2017, Interfel prévoit également « une expérimentation quant à la création de comités régionaux » afin de coller aux besoins spécifiques des territoires.
Incohérence des choix politiques
La filière, fière de son dynamisme et de l’efficacité de la collaboration des familles, regrette cependant que les pouvoirs publics ne lui apportent pas plus de soutien, et que, pire, ils cautionnent une réglementation européenne qui ralentit son travail de promotion de la consommation de fruits et légumes frais. Par exemple, la France, à l’initiative du programme européen « un fruit pour la récré », est l’un des seuls États à ne pas réussir à le transposer sur son territoire, s’étonne Interfel. Pour des raisons de lourdeurs de dossiers, des écoles abandonnent le programme. De fait, « 100 millions d’euros de subventions européennes échappent à la filière française à cause de bagarres administratives », explique Christel Teyssedre. Autre exemple : alors que le logo Fruits et légumes de France doit permettre de promouvoir la production française, la filière n’a pas le droit, du fait des textes européens, de communiquer collectivement sur ce nouvel outil. Et la liste d’incohérences ne s’arrête pas là : informations nutritionnelles, rétropédalage des pouvoirs publics qui s’étaient engagés à donner des plages d’antennes publicitaires à Interfel… « L’interdiction de communiquer collectivement risque à terme d’appauvrir l’information à destination du consommateur », fait remarquer Louis Orenga. « Au bout d’un moment, on va peut-être se rebeller » s’agace Bruno Dupont, suivi par Jacques Rouchaussé : « Si besoin on va montrer les dents ». La filière fruits et légumes, qui se targue d’être la bonne élève de l’agriculture, ne veut clairement plus être la laissée pour compte.
« 100 millions d’euros de subventions européennes échappent à la filière française à cause de bagarres administratives »