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Prospérité fermière Ingredia approfondit sa politique RSE

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Sandrine Delory, directrice générale de Prospérité fermière Ingredia Crédits : © DR

Prospérité fermière Ingredia, 3e fabricant de protéine de lait à l’échelle mondiale, explore plusieurs voies pour améliorer la création de valeur. La coopérative laitière du Pas-de-Calais vient ainsi de signer un contrat d’approvisionnement de la marque Les éleveurs des Hauts-de-France, créée par la centrale d’achat régionale d’E. Leclerc, permettant de valoriser les efforts engagés par les éleveurs en termes de RSE. La coopérative lance aussi le chantier de construction d’une nouvelle chaufferie biomasse pour alimenter son site industriel de Saint-Pol-Sur-Ternoise, grâce à un important financement du programme France Relance.

Il ne fait pas de doute que le vert est la couleur de l’avenir pour le groupe coopératif pas-de-calaisien Prospérité fermière Ingredia (Ingredia est la société filiale de la coopérative Prospérité fermière). En effet, il multiplie ces derniers temps les initiatives en faveur d’une meilleure préservation de l’environnement et de l’amélioration des revenus des éleveurs laitiers. Ainsi, le 11 octobre, la coopérative pouvait-elle concrétiser sa démarche environnementale en signant un accord d’approvisionnement en lait produit selon son cahier des charges Via Lacta (initié en 2015) : vaches nourries sans OGM, au moins 1500 m2 de surface de pâturage par vache, 170 jours à l’herbe par an et 6 heures au moins par jour. « Cet accord historique sur le territoire des Hauts-de-France fixe la rémunération des éleveurs à un prix juste, qui prend en compte le coût de production des éleveurs à 380 euros/1 000 litres (base 38/32), soit 395 euros/1 000 litres toutes primes, toutes qualités et composition incluses », commentent les partenaires de cet accord : Prospérité fermière Ingredia, Scapartois (centrale d’achat régionale d’E. Leclerc), Lact’Union (coopérative également pourvoyeuse de volumes de lait certifié) et Orlait (chargé de la commercialisation du lait). Cet accord permet de disposer d’une certaine visibilité puisqu’il est signé pour trois ans, soit jusqu’en 2024. Avec cet accord, chaque éleveur engagé dans la démarche Via Lacta voit ses efforts récompensés avec 15 euros en plus par 1 000 litres de lait comparé au lait conventionnel.

« Dans le cadre de sa politique Via Lacta, le groupe Prospérité fermière a été le premier dans la filière laitière française à rendre sa collecte de lait écoresponsable : c’est le lait à l’herbe », souligne la coopérative dans son rapport intégré 2020. Pour l’instant, encore peu d’éleveurs suivent les obligations de Via Lacta. En 2020, ils étaient 86 éleveurs à s’inscrire dans cette démarche sur les 1 200 adhérents de la coopérative, représentant 8 % (33 millions de litres) de la collecte totale qui atteint 400 millions de litres par an. « Nous sommes très intéressés pour nouer des partenariats avec d’autres distributeurs qui veulent proposer un lait local avec une valeur ajoutée liée aux pratiques environnementales des éleveurs de la coopérative », indique Sandrine Delory, directrice générale de la coopérative. Outre le partenariat avec la Scapartois, une partie des volumes sont écoulés sous la marque Prospérité fermière, seulement dans des jardineries ou magasins de produits frais à l’échelle locale, ou sous d’autres marques de distributeurs ayant lancé des produits plus qualitatifs comme Carrefour (Lait des Hauts-de-France) ou Intermarché (Lait des pâturages des Hauts-de-France). Les bouteilles de lait commercialisé selon la démarche Via Lacta portent un QR code permettant de vérifier chacune des étapes de production du lait de l’éleveur au consommateur final. Pour cela, la coopérative s’est rapprochée de Connecting Food afin de mettre en place une blockchain. Une traçabilité qui est aussi demandée par les clients professionnels intéressés par les ingrédients.

Autre chantier d’importance, prenant là aussi en compte la dimension environnementale : l’alimentation en énergie du site de production de Saint-Pol-sur-Ternoise. Prospérité fermière Ingredia vient de signer en septembre 2021 un accord pour se doter d’une nouvelle chaudière produisant la chaleur nécessaire à la production des ingrédients à partir du lait liquide. « Cette nouvelle chaudière va nous permettre d’augmenter notre autosuffisance énergétique en générant 85 % de nos besoins en vapeur contre 63 % actuellement », explique André Lassalle, directeur du site de Saint-Pol-sur-Ternoise. La chaudière permettra d’éviter le rejet dans l’atmosphère de 26 000 tonnes de Co2 par an, contre 15 000 tonnes évitées par an actuellement. Elle sera alimentée par des plaquettes de bois issues de scieries et de la destruction de palettes usagées. 75 % des volumes de bois utilisés seront issus d’un rayon de moins de 100 km.

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L’investissement pour cette nouvelle chaudière, dont le chantier commence en 2021 pour se terminer deux ans plus tard, atteint 13 millions d’euros. Mais la coopérative ne débourse rien : elle a conclu un partenariat avec Engie qui va construire l’équipement et l’exploiter pendant quinze ans. Une subvention accordée par l’Ademe dans le cadre du Plan France Relance (et au profit des équipements pour décarboner l’industrie) couvrant 43 % de l’investissement permet de réduire le loyer que la coopérative devra régler chaque année à Engie. « Déléguer l’investissement et la maintenance de la chaudière à Engie nous permet de nous concentrer sur les investissements nécessaires à notre cœur de métier que sont les ingrédients issus du lait », souligne Sandrine Delory. Selon les comptes arrêtés au 31 décembre 2020, la coopérative affichait un résultat net de 5,8 millions d’euros et une capacité d’autofinancement de 17,3 millions d’euros.

Nouvelles protéines mises sur le marché

Car le métier central du groupe coopératif est la mise au point d’ingrédients à partir du lait, à destination des industriels de l’agroalimentaire pour confectionner des produits du quotidien, des compléments alimentaires ou des aliments pour animaux domestiques (78 % du chiffre d’affaires 2020 de 373,4 millions d’euros). 15 000 tonnes de protéines sont produites chaque année par Prospérité fermière Ingredia, sur un marché mondial (protéine native issue du lait cru) estimé à 300 000 tonnes par an. Sur les 462 collaborateurs du groupe, environ 10 % se consacrent à l’innovation afin de mettre au point et commercialiser des produits innovants. En 2020, deux nouvelles protéines ont ainsi été mises sur le marché, comme Promilk Yogfluid, permettant d’augmenter la teneur en protéine d’une boisson jusqu’à 12 %, tout en restant fluide. Autre innovation : Promilk Bmax, une protéine fonctionnelle qui se substitue aux additifs et stabilisants, dont le brevet a été déposé en octobre 2020. Cette solution a été lancée pour répondre à l’attente des fabricants cherchant des recettes clean label. Prospérité fermière Ingredia dispose ainsi de dix brevets à fin 2020 pour des ingrédients dont certains, les bioactifs, ont des effets sur la santé à l’image de Lactium (anti-stress) ou Pep2Dia (destiné aux diabétiques de type 2). Ces produits sont diffusés dans 90 pays différents, le chiffre d’affaires de la coopérative étant réalisé à 54 % hors de France.

La stratégie déterminée par la coopérative pour son développement d’ici 2025 fait la part belle à la responsabilité environnementale et sociétale. L’objectif d’un impact sociétal et environnemental positif et significatif a ainsi été intégré dans les statuts en 2020. En 2021, cette démarche RSE pourrait être validée par un label prenant en compte le processus d’amélioration continue engagé par la coopérative.

Prospérité fermière Ingredia a conclu un partenariat avec Engie qui va construire une nouvelle chaudière et l’exploiter pendant 15 ans