Adapter la Pac, intensifier la recherche, coopérer avec l’Ukraine, oublier les accords de Blair House : un rapport parlementaire propose que l’UE mette en œuvre une stratégie de promotion des cultures protéagineuses.
Le soutien de la culture du soja, avec de nouvelles variétés – comme le préconise la Déclaration européenne signée en juillet par 14 États membres (1) – ouvre aujourd’hui de « nouvelles perspectives », mais ne doit pas « occulter l’intérêt » pour d’autres productions protéiques à graines (lupin, féverole, pois, pois chiche, etc.), pour les cultures herbagères, pour la luzerne, le trèfle, le sainfoin et d’autres légumineuses, souligne le socialiste français Jean-Paul Denanot dans un rapport présenté le 6 novembre en commission de l’agriculture du Parlement européen.
Un rapport qui appelle à « une stratégie pour la promotion des cultures protéagineuses » dans l’UE, à la « promotion de la production de protéines de qualité et sans OGM en développant leur traçabilité et leur étiquetage ».
L’approvisionnement en soja pourrait être « menacé »
Certes, les volumes de tourteaux de colza ont significativement augmenté ces dernières années en Europe en raison du développement des agro-carburants, mais le taux d’autosuffisance de l’Union pour l’ensemble des protéines entrant dans l’alimentation animale est de 38 % seulement, de 5 % même pour les tourteaux de soja qui représentent environ un tiers de ses approvisionnements protéiques, constate le député.
Or, avertit-il, « demain notre facture de soja pourrait considérablement s’alourdir et nous courrons le risque de ne plus être ou mal approvisionnés », notamment parce que « la Chine, qui absorbe plus des deux tiers de la production du Brésil, a mis sur pied une stratégie de sécurisation de ses approvisionnements en soja qui peut demain venir menacer les nôtres et ceux d’autres acheteurs ».
Dans la perspective de la réforme de la Pac
Rappelant que le commissaire européen à l’agriculture, Phil Hogan, a lui-même annoncé la préparation d’une initiative portant sur une « stratégie protéine », le rapporteur recommande notamment, dans la perspective d’un aménagement ou d’une réforme de la Pac, une « aide du premier pilier aux services éco-systémiques pour la production de légumineuses », le recours au paiement couplé, qui « devrait ne plus voir s’appliquer le critère secteur et région en difficulté lorsqu’il est utilisé pour soutenir des cultures protéiques », ainsi que « l’obligation de rotation (d’une durée minimum de 3 ans) des cultures ».
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Ces propositions peuvent être considérées comme les prémices de la position sur l’avenir de la Pac que le groupe politique européen S & D (Alliance progressiste des socialistes et démocrates) doit publier sous peu (2).
Recherche, Ukraine, Blair House
Trois autres politiques communautaires doivent être mobilisées, estime aussi Jean-Paul Denanot. La recherche, l’UE n’ayant, selon lui, « jamais affiché » en la matière une « grande détermination à conduire des actions s’inscrivant dans la durée en faveur de solutions visant à réduire notre dépendance en protéines végétales ».
La politique de voisinage : l’eurodéputé préconise une « coopération » dans le domaine des protéines avec l’Ukraine, « alors que nous importons déjà des tonnes de céréales de cette région qui viennent concurrencer nos propres producteurs ».
La politique commerciale, enfin : le rapporteur juge totalement « dépassés » les accords de Blair House de 1992 qui, dans le cadre des négociations du Gatt (Uruguay Round), contraignaient l’UE, sous la pression des États-Unis, à limiter ses surfaces en oléagineux à 5,13 millions d’hectares.
(1) Voir n° 3605 du 24/07/17
(2) Voir même numéro