L’UICN, organisation internationale de protection de la nature a dévoilé, le 8 septembre, un rapport sur la biodiversité des sols. Si les zones d’ombre sont encore immenses, les modes d’action et les politiques nécessaires sont clairs, défend l’UICN.
« La biodiversité des sols est une boîte noire. Il y a encore tellement de choses qu’on ignore », résume Ludovic Larbodière, expert agriculture au sein de l’UICN et coordinateur du dernier rapport sur les sols de l’organisation internationale de protection de la biodiversité.
En cent et quelques pages, Ludovic Larbodière et ses collègues résument dans ce document publié le 8 septembre les vingt dernières années de travaux scientifiques sur la biodiversité des sols avec un constat : tout reste à découvrir. Selon une étude menée en 2005, 90 à 95 % des micro-organismes des sols demeurent notamment inconnus. « Dès qu’on rentre dans les micro-organismes, tout reste encore à faire », confirme le chercheur.
Ce que l’on sait
Les effets, eux, sont avérés. Au-delà de la fixation de l’azote de l’air par les bactéries du genre Rhizobium, d’autres études montrent le rôle de la macrofaune sur la minéralisation de l’azote (Carillo, 2011), la manière dont les champignons et les bactéries stabilisent les agrégats (Six et al., 2002), ou encore le rôle des interactions entre espèces sur la régulation des pathogènes (Susilo et al., 2009). Les chercheurs n’en doutent plus : la biodiversité du sol joue un rôle crucial, tant pour la fertilité chimique que pour la fertilité physique.
« Ce dont on manque, ce sont des démonstrations de l’importance de cette biodiversité, et de l’interaction entre les communautés microbiennes, les pratiques, et les sols », regrette l’expert de l’UICN. Les principes généraux de restauration de la biodiversité du sol sont toutefois connus : « Développer les retours dans les sols, et éviter de les perturber », comme le détaille Ludovic Larbodière.
Décrire et financer
Pour favoriser l’ensemble de ces pratiques, l’IUCN formule plusieurs recommandations, dont une cartographie systématique de la qualité des sols à l’échelle de chaque pays. La France, dans ce domaine, aurait un peu d’avance grâce au GIS Sol réunissant depuis 2001 l’Inrae, l’IGN et les ministères, dont le réseau de mesure de qualité des sols et la base de données des analyses de terre permettent d’affiner la connaissance des teneurs en carbone et azote des sols français.
« De la même manière que des diagnostics de performance énergétique sont obligatoires pour la vente d’un bien immobilier, on pourrait imaginer rendre obligatoires les tests sur la biodiversité des sols dans le cadre de transactions foncières », prévoit Ludovic Larbodière.
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Autre piste explorée par l’UICN : attirer les financements privés pour faciliter la préservation des sols et des services écosystémiques associés. Pour Ludovic Larbodière, l’expérience suisse en la matière fait date, avec le projet « Les paysans marquent des points - la nature gagne en diversité », lancé en 2009. Sous réserve d’un score minimal sur une grille à point incluant les pratiques de gestion du sol, les produits bénéficient du label IP-Suisse, et sont commercialisés dans les rayons du distributeur Migros.
Horizon 2030
Selon l’UICN, le secteur agricole doit de manière plus générale viser un effet positif sur les indicateurs clés de biodiversité des sols à l’horizon 2030, dont « la stabilisation de la surface agricole, l’augmentation de la biodiversité dans les paysages, et la réduction des pollutions et des émissions de gaz à effet de serre ». L’échéance n’est pas tant technique que diplomatique : « La date de 2030 est liée aux négociations internationales de la COP15 », explique Ludovic Labordière.
Ces discussions, qui auraient dû avoir lieu en octobre à Kunming en Chine, et qui ont été reportées en janvier 2021, devraient permettre d’aboutir à un cadre mondial et renforcé pour la biodiversité. Le congrès de l’UICN, qui se déroulera à Marseille une semaine auparavant, permettra à l’organisation de partager ses constats scientifiques et ses recommandations avec la communauté internationale.
« La biodiversité des sols, et plus largement les pratiques agricoles, font partie des sujets clés du congrès », explique Ludovic Larbodière. L’UICN se fixe un objectif ambitieux : réconcilier les producteurs et les acteurs de la protection de la nature autour d’un vocabulaire et d’enjeux communs, en mettant en avant les atouts de la biodiversité du sol pour les professionnels, pour la société et pour la nature.
« La biodiversité des sols est une boîte noire »
Réconcilier les producteurs et les acteurs de la protection de la nature