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Protéines animales : et si la Chine devenait excédentaire

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C’est le scénario proposé à 2040 par le cabinet d’étude anglo-saxon Systemiq, s’appuyant sur une demande intérieure en baisse et une production nationale en croissance et en transition, grâce aux progrès techniques, notamment dans les protéines alternatives. Une trajectoire qui ne convainc complètement les experts interrogés, mais fera réfléchir les opérateurs européens les plus sino-dépendants.

Dans un document de travail, publié en avril, le cabinet d’étude anglo-saxon Systemiq estime que la Chine est capable d’atteindre un solde commercial positif pour les protéines animales d’ici 2030 et de devenir un « exportateur majeur » sur le marché mondial d’ici 2040. Il s’agirait d’un retournement pour ce pays-continent devenu le plus grand importateur mondial de denrées alimentaires en quelques décennies.

Les analystes s’appuient sur deux hypothèses fortes. Ils prévoient d’abord que la démographie déclinante de la Chine pèsera fortement sur la demande intérieure, avec une demande totale de protéine en déclin dès 2040. Ils estiment ensuite que la stratégie du pays dans les biotech (NGT, fermentation de précision, protéines alternatives) est comparable à celle qu’il avait suivie il y a trente ans avec les véhicules électriques et le photovoltaïque (clusters, financement, régulation). Et elle pourrait connaître le même succès.

« Des signaux précoces indiquent que la Chine est entrée dans l’année zéro de la transformation du système alimentaire », estiment les auteurs. « Des politiques gouvernementales nouvelles et émergentes ciblent la sécurité alimentaire, avec un pilier central autour de la reconfiguration de l’offre de protéine par l’innovation technologique, notamment les process alternatifs de production de protéine ». Ainsi, le cabinet prévoit que les protéines alternatives représenteront 35 %-55 % de la demande de viande bovine, produits laitiers et produits de la mer en 2050.

Une Chine sourcilleuse

Systemiq a convaincu jusqu’à l’ancien directeur de l’OMC, Pascal Lamy, qui a publié il y a quelques semaines, une tribune basée sur ce rapport, alertant d’un changement basculement à venir. Trois experts de l’économie alimentaire chinoise interrogés partagent à grands traits l’analyse, mais prennent leurs distances avec les modélisations, et notamment la vitesse des changements de consommation prévus par les auteurs. « Que la Chine ne soit plus l’eldorado, c’est évident, mais d’ici à renverser la courbe, il y a encore une marge », commente par exemple Jean-Marc Chaumet, directeur du pôle économie du Cniel (interprofession laitière) et rédacteur en chef de la lettre de veille Chine Abcis.

L’analyse des grands objectifs chinois est, certes, correcte, notamment l’accent mis sur l’innovation, estime Lena Kuhn : « Depuis 2022, le gouvernement a toujours utilisé le slogan de la Chine comme grande puissance agricole. Mais les experts ont rapidement dit que la Chine n’avait pas le foncier, les intrants et le climat pour être un grand producteur agricole. Actuellement, la Chine exporte essentiellement des produits transformés. Ils essaient d’être innovants, avec les OGM notamment. » L’experte s’interroge toutefois sur la volonté de la Chine d’exporter, si son autoapprovisionnement n’était pas, par ailleurs, assuré.

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La Chine construit effectivement une industrie des alternatives alimentaire, de la biofermentation, « en lien avec leur manque de foncier en rapport à leur population », confirme la chercheuse allemande, qui met toutefois en garde sur la transition annoncée de la demande chinoise : « Les Chinois sont assez sourcilleux en matière de qualité de la viande, encore plus qu’en Europe, et il est difficile de miser sur un remplacement de la viande. » La chercheuse mise plutôt sur des protéines utilisés comme ingrédient, dans l’agroalimentaire ou la nutrition animale.

Concernant les nouvelles technologies appliquées à l’alimentation (OGM, viande in-vitro), Jean-Marc Chaumet confirme que la Chine n’est pas tellement moins frileuse que l’Union européenne. Le secteur des protéines alternatives issues de biotechnologies « devrait suivre une trajectoire similaire à celle des NGT en Chine, prédit Michaela Böhme, directrice du Centre agricole sino-allemand. Le gouvernement a retardé la commercialisation pendant plus d’une décennie tout en continuant de soutenir la recherche et développement ».

Transition difficilement prévisible

Plus généralement, le tassement rapide de la demande chinoise est sujet à caution, estime Lena Kuhn, économiste à l’université de Leibniz, spécialiste de la Chine : « C’est la partie la plus faible du rapport, car ils ne considèrent pas la transition nutritionnelle en Chine. Oui, la population atteint un pic à cause de la politique de l’enfant unique. La demande de calories va probablement baisser, mais il y a encore une grande partie de la population qui voudra manger davantage de viande si elle a davantage de revenus. Tout dépendra de la croissance du pays. »

Du côté de la production, la dynamique pose aussi question. Dans le cas du lait, le rapport prévoit que la Chine devienne rapidement exportateur net, avec un excédent atteignant 10 Mt à dix ans. « Aujourd’hui leur production est de 40 Mt, et ils importent 20 % de leur consommation, calcule Jean-Marc Chaumet. Ils ont fortement augmenté leurs productions entre 2008 et 2023. Mais étant donné leurs difficultés actuelles et leurs objectifs de baisse d’importation de soja, je les vois mal exporter 10 Mt dans dix ans. Et ils n’ont pas les capacités de transformation. Exporter, je vois ça plutôt dans vingt ans ».

MR

En Chine, « l’année zéro de la transformation du système alimentaire »

« Que la Chine ne soit plus l’eldorado, c’est évident »