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Protéines végétales : Bruxelles fait l’« impasse » sur l’herbe, selon Agridées

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Le think tank Agridées a présenté le 8 janvier une note d’analyse pour améliorer l’indépendance de l’UE en protéines végétales, reprochant au dernier rapport de la Commission européenne de faire l’« impasse » sur l’herbe.

La Commission européenne a présenté le 22 novembre un rapport sur « le développement des protéines végétales dans l’UE ». Sujet qui sera abordé lors des négociations sur la nouvelle Pac après 2020. Agridées reproche à Bruxelles de s’être limitée à « un état des lieux », en listant les outils à disposition des États membres.

Le think tank a présenté le 8 janvier une note d'analyse sur le sujet. Il prône une augmentation de la part des légumineuses dans l’alimentation humaine et animale. Cela passe par de nouvelles variétés répondant aux besoins de l’éleveur pour ses animaux, du cultivateur en termes de productivité (rendement stable et suffisant). Le think tank critique l’absence de stratégie de la Commission sur le financement de cette recherche par la Pac, avec des partenariats public-privé.

Une piste est d’« inciter à produire plus d’herbe », la première source de protéines pour l’élevage, a expliqué Marie-Cécile Damave, responsable Innovations et Marchés. Et de proposer dans la Pac « un recouplage des aides pour les hectares en herbe, et tout particulièrement en zones de plaine et défavorisées simples ».

Retour aux farines animales

Concernant le colza, « la teneur en protéines doit devenir le premier critère de qualité de la graine », avance la note. L’accent est mis, là aussi, sur le besoin de recherche variétale. La sélection génétique doit s’orienter vers des teneurs plus élevées en protéines et la rémunération de l’agriculteur être fonction de ce critère, d’après le think tank. Sur le moyen terme, Agridées appuie l’utilisation des coproduits animaux et d’insectes en alimentation animale. L’idée est de diversifier les sources de protéines en réduisant la pression sur la partie végétale, cela « dans une démarche de bioéconomie ». Il s’agit de réhabiliter plus largement les farines animales, dont l’emploi reste limité suite à la crise de la vache folle.

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L’autonomie totale reste inaccessible

S’agit-il de parvenir à une totale autonomie en protéines pour l’alimentation animale ? Agridées n’y croit pas : l’UE est vouée à « une dépendance réelle aux importations de soja ». « On parle d’aller vers plus d’indépendance », souligne Marie-Cécile Damave. « Pas d’autonomie totale en protéines », qui reste inaccessible, selon elle. L’UE produit à peine 3 Mt de graines de soja et importe 30 à 35 Mt de soja (graines et tourteaux) par an, précise la note d’analyse. En France, 3,5 Mt de soja sont importées chaque année. « La totalité de ces importations ne peut être remplacée par des productions européennes, pour des raisons agronomiques, économiques, et nutritionnelles », affirme le think tank.

Miser sur la communication

Une prise de conscience des réels besoins nutritionnels en protéines est nécessaire, affirme la note. Agridées souhaite que l’enseignement scolaire y participe. « Une campagne de communication européenne sur les protéines et leurs utilisations serait la bienvenue pour à la fois démystifier certaines idées reçues sur l’élevage et sensibiliser sur la qualité de vie des humains », propose la note. Notre régime alimentaire comprend 70 % de protéines animales, 30 % de protéines végétales. La tendance est à un rééquilibrage entre les deux. « D’un point de vue nutritionnel, il n’est pas souhaitable d’aller vers un régime végétarien », a insisté Marie-Cécile Damave, rappelant l’importance des acides aminés essentiels, de la digestibilité, qui penchent en faveur des protéines animales.