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Protéines végétales et énergies renouvelables, « un seul et même défi »

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L’industrie des biocarburants permet la co-génération de la moitié des protéines végétales produites dans l’UE, rappelle dans un rapport le think tank Farm Europe alors que la Commission européenne prépare un « plan protéines » pour la fin de l’année et que les négociations pour réduire la part des biocarburants de première génération dans l’UE à l’horizon 2030 approchent de leur épilogue.

Alors que les négociateurs du Parlement européen, du Conseil de l'UE et de la Commission européenne avaient à nouveau rendez-vous le 27 mars pour avancer vers un compromis sur la révision de la directive Énergies renouvelable II (RED II) (1), et que la Commission prépare un plan stratégique pour développer les protéines végétales dans l’UE (2), le think tank agricole Farm Europe présentait lundi 26 mars son rapport « protéines végétales et énergies renouvelables : un seul et même défi ».

Biocarburants

Cinq plans européens « protéines » ont été lancés depuis 30 ans sans réel impact sur la dépendance de l’UE aux importations, notamment de soja, constate Farm Europe. Quelque 30 millions de tonnes de soja ont encore été importées au cours de la campagne 2016-2017.

Or la production de biocarburants permet la co-génération de 13 millions de tonnes de produits riches en protéines par an (soit 52 % de la production protéique de l’UE), rappelle le think tank. Il estime donc qu’en remettant en cause les biocarburants dits de première génération dans le cadre de la directive RED II, la Commission va également remettre en cause l’indépendance européenne en matière de protéines végétales pour l’alimentation animale. Dans la pratique, les conséquences en seraient : une plus grande consommation d’énergie fossile et de biocarburants importés, mais aussi une plus grande quantité de protéines végétales importées « L’industrie des biocarburants offre aujourd’hui la meilleure voie vers une stratégie en matière de protéines d’une ampleur et d’une capacité suffisantes pour réduire la dépendance de l’Europe à l’égard des importations de soja », assure le rapport.

… et surfaces d’intérêt écologique

De plus, la prise en compte des surfaces de protéagineux en tant que surfaces d’intérêt écologique dans le cadre du verdissement de la Pac a également permis depuis 2013 de doubler les quantités de pois, de fèves, et de féveroles produites en Europe. Seulement, souligne Farm Europe, le recours aux produits phytosanitaires y est interdit depuis le début de l’année. « Il est surprenant de voir que ces deux piliers de la politique protéique européenne (biocarburants et surfaces d’intérêt écologique), qui ont incontestablement donné des résultats tangibles, sont aujourd’hui sapés par la Commission européenne elle-même », s’étonne le think tank.

« Il est urgent, pour bâtir une véritable stratégie protéique européenne à l’horizon 2020, de construire sur les efforts réalisés ces dernières années en ne déstabilisant pas la filière biocarburants européenne », conclut Farm Europe.

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Une position que partage évidemment la filière européenne des huiles et protéines végétales (Fediol) dans un « papier de position » publié le 22 mars soulignant la nécessité d’assurer la cohérence entre les propositions politiques existantes de l’UE qui affectent directement ou indirectement l’approvisionnement en protéines : élimination progressive des biocarburants conventionnels, absence de stratégie alternative au retrait de produits phytopharmaceutiques, ou encore absence de recherche et de développement supplémentaires qui met en péril le succès d’un plan protéinique.

Une stratégie attendue pour la fin d’année

La Commission présentera d’ici la fin de l’année un plan « Protéines » qu’elle compte baser sur la recherche et l’innovation, l’agronomie et les avantages environnementaux des cultures protéagineuses, le développement de chaînes d’approvisionnement et le potentiel commercial des protéines végétales de l’UE. Bruxelles vient de lancer une consultation auprès des parties prenantes.

Le Parlement européen doit, pour sa part, adopter mi-avril une résolution non législative plaidant pour une stratégie de l’UE pour la promotion des protéines végétales qui insiste sur des paiements volontaires couplés pour toutes les cultures de protéagineux, la production de protéines végétales sur les surfaces d’intérêt écologique et la création d’une plateforme européenne pour identifier les zones de culture, déterminer les capacités de production et recenser toutes les recherches menées en la matière (3).

(1) Voir même numéro

(2) Voir n° 3633 du 26/02.2018

(3) Voir n° 3637 du 26/03/2018