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Protéines végétales : les États membres ont la main, les biocarburants oubliés

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Le rapport de la Commission européenne sur le développement de la production de protéines végétales dans l’UE met en avant le rôle que doivent jouer les États membres dans ce défi, notamment dans le cadre des futurs plans stratégiques nationaux de la Pac post-2020. Les organisations agricoles regrettent pour leur part que les co-produits riches en protéines des biocarburants ne soient pas mieux reconnus.

Le « Plan protéines végétales de l’UE » annoncé depuis des mois par la Commission européenne pour stimuler la production du secteur, a finalement pris la forme d’un rapport présenté le 22 novembre à Vienne dans le cadre d’une conférence de haut niveau, et qui fait surtout le constat de la situation et des mesures en place ou à venir (1). Car, pour Bruxelles, ce sont surtout les États membres et les filières qui ont les cartes en mains. Dans ses conclusions, le rapport appelle donc à « stimuler les approches régionales et nationales » et à « libérer ainsi le potentiel économique des protéines végétales, en utilisant les instruments politiques actuels et futurs ».

Cinq plans européens « protéines » ont été lancés en 30 ans. Depuis la réforme de la Pac de 2013, la surface consacrée au soja dans l’UE a doublé, et la production de légumineuses a quasiment triplé. Mais l’UE importe toujours environ 17 millions de tonnes de protéines brutes chaque année, dont 13 millions à base de soja pour une consommation totale de 27 millions de tonnes (dont 93 % sont destinés à l’alimentation animale). Le rapport dresse donc une liste des mesures en place (observatoire de marché, communication, aides couplées) ou à venir (dans le cadre de la future Pac et du prochain programme de recherche de l’UE Horizon) dont peuvent se saisir les États membres.

Les sous-produits des biocarburants oubliés

Les organisations et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont salué cette approche qui « va dans la bonne direction, notamment en ce qui concerne le soutien spécifique aux agriculteurs au moyen de plans nationaux dans le cadre de la future Pac et le rôle de la recherche et de l’innovation ». Mais le Copa-Cogeca regrette que l’importance des sous-produits des biocarburants, qui contribuent « énormément » à garantir l’approvisionnement en aliments pour animaux en Europe, ne soit pas mise en avant.

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Même constat pour ePURE, représentant les producteurs de bioéthanol de l’UE, qui estime que la Commission européenne a « manqué une occasion en or de mettre en lumière un important producteur local de protéines qui est actuellement mal servi par la politique communautaire : la production d’éthanol ». En 2017, selon ePURE, 4,32 millions de tonnes d’aliments pour animaux riches en protéines ont été produites en tant que co-produits de 4,64 millions de tonnes d’éthanol.

La fédération européenne de l'’industrie des oléoprotéagineux (Fediol) craint, elle aussi, que la mise en œuvre de la politique de l’UE en matière de biocarburants après 2020 ne nuise à la production de protéines végétales. Elle dénonce également « la décision de ne pas autoriser l’utilisation de produits phytopharmaceutiques dans les zones d’intérêt écologique, alors que ceux-ci sont nécessaires à une croissance adéquate de la production » des protéagineux.

Enfin, l’association les Amis de la Terre estime, sur la base de son propre rapport sur les cultures protéagineuses végétales publié le 22 novembre, que « la seule solution viable pour résoudre le problème est de réduire considérablement la production et la consommation de viande industrielle et de produits laitiers, de diversifier les cultures protéagineuses dans l’UE pour l’alimentation humaine et de soutenir une agriculture animale durable à petite échelle ».

(1) Voir n° 3669 du 26/11/2018