Provence Tomates fait appel aux pouvoirs publics pour pallier son manque chronique de trésorerie. Le premier transformateur de tomates en France procède, dans le même temps, à une augmentation de capital de 1 M€.
LA visite du préfet de Région Paca, Michel Cadot, chez Provence Tomates, le numéro un français de la transformation de tomates en France, fut l'occasion pour Alain Giraud, son président, de lancer l'alerte sur le manque chronique de trésorerie de sa société. Cette entreprise née en 2009 réaffirme chaque année son utilité pour la filière : un chiffre d'affaires de 17 M€ au 30 juin 2014 dont 40 % à l'export (13 M€ en 2013), 7 M€ reversés à une soixantaine de producteurs essentiellement de Provence et du Languedoc, 80 000 tonnes de tomates fraîches traitées, 25 000 tonnes de concentrés produites, une commercialisation assurée à 85 % dès la fin de campagne sur l'année suivante... Mais là où le bât blesse, c'est que cette société anonyme règle ses producteurs à 18 mois ! « Ces délais de paiement nous mettent sous la menace permanente d'une faillite des agriculteurs les plus fragiles, soutient Alain Giraud, président de la SAS du Roubian depuis le 27 juin dernier, principal actionnaire de la SA Provence Tomates qui exploite l'outil industriel. Les producteurs supportent la trésorerie de notre entreprise. Nous estimons à 4 M€ l'encours nécessaire pour sortir de cette situation délicate et permettre à notre outil, indispensable pour l'avenir de la filière, de sécuriser ses apports ». À cela s'ajoute une frilosité du secteur bancaire qui rechigne à financer une entreprise qui perdu de l'argent jusqu'à cette année, où elle atteint l'équilibre. Rappelons qu'une mise en culture débutée en novembre coûte au producteur 6 000 € à l'hectare pour une récolte en juillet. Avec les aides de la Pac, un agriculteur efficace peut atteindre les 80 tonnes/ha et espérer une marge de 2 000 € à 3 000 €. Mais tous ne sont pas dans ce cas de figure.
UN SOUTIEN PUBLIC ?UN SOUTIEN PUBLIC ? Michel Cadot, qui présentera le 28 octobre prochain un plan stratégique pour l'agroalimentaire régional, évoque une possible intervention de BPI France, pour soulager Provence Tomates. À la fin du mois, le préfet de Région devrait réaffirmer sa volonté de resserrer les liens entre la première et la seconde transformation sur l'en-semble de l'agroalimentaire de Paca, d'accompagner la création des chaînons manquants en favorisant notamment l'émergence d'unités de transformation locales quand bon nombre de produits intermédiaires proviennent d'autres régions de France et d'Europe. Son projet devrait apporter des propositions en termes de formation, d'accompagnement, de financement, de mutualisation des moyens notamment vers l'export. L'agroalimentaire est le deuxième secteur industriel de Paca après l'aéronautique.
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Selon Alain Giraud, Provence Tomates connaît ses problèmes de trésorerie depuis sa création, les trois investisseurs initiaux ayant sous-estimé les besoins en capital. Pour sauvegarder leur outil de production, une cinquantaine de producteurs sont montés en 2012 une fois de plus au capital de la SAS du Roubian, porté à 5,5 M€, devenant alors le premier actionnaire de la SA Provence Tomates. Ces mêmes producteurs viennent d'intervenir, ces jours-ci, une fois de plus en haut de bilan de la SAS à hauteur de 1 M€. Les autres actionnaires de la SA sont deux des trois fondateurs de l'entreprise et Dijon Céréales du groupe Sofiprotéol.
D'autres projets existent pour diversifier un outil qui ne fonctionne que 78 à 80 jours par an avec 12 permanents et 80 saisonniers, notamment dans la transformation de pommes et de potirons. « Nous devons d'abord régler notre problème de trésorerie avant de partir sur d'autres investissements », soutient Alain Giraud. La tension reste forte. La filière se rappelle la déconfiture en 2004 de la coopérative le Cabanon-Conserves de Provence, alors premier transformateur de tomates de France. L'usine de Camaret-sur-Aygues (84), tombée dans le giron du groupe chinois Chalkis, a été reprise cette année à la barre du tribunal de commerce par le portugais Unitom.