La campagne 2016 de pruneau s’est révélée exceptionnelle. Mais la réjouissance de cette bonne année est contrebalancée par les conséquences pour la prochaine campagne : les stocks n’ont jamais été si élevés, et la concurrence étrangère menace.
Qu’on se le dise, « 2016 a été une très bonne année. Un peu surprenante d’ailleurs », selon Françoise Lemay, responsable des études économiques au Bureau interprofessionnel du pruneau (Bip) qui présentait, le 8 novembre, une étude sur la filière cofinancée par FranceAgriMer. À 52 500 tonnes, la production a augmenté de 45 % en un an. « Les conditions climatiques ont été bonnes, il n’y a pas eu de maladies et les récoltes ont été abondantes et de beau calibre », explique Françoise Lemay. Cette forte augmentation de la production est d’autant plus remarquable que les surfaces sont restées stables (environ 11 500 hectares). La filière pruneau française pourrait se réjouir, d’autant plus que depuis 2014, le cours moyen des pruneaux augmente. Une hausse dont bénéficient les producteurs, les transformateurs et les distributeurs, car elle est répercutée sur le prix de vente au consommateur. En 2016, le kilo de pruneaux de bouche était commercialisé 6,96 €/kg en moyenne, contre 6 € seulement en 2014. Cependant, si la filière a su, ces dernières années, mieux valoriser le pruneau, la consommation reste stable en volume (environ 15 500 tonnes). Environ 70 % de la production nationale sont commercialisés sur le marché français. La France est d’ailleurs le premier consommateur mondial de pruneaux ; elle représente 10 à 12 % de la consommation mondiale.
Un niveau de stock inédit
« Lorsque les stocks en début de campagne sont élevés, nous recherchons des nouveaux marchés à l’export », indique la statisticienne du Bip. Et pour 2017-2018, la filière française va devoir en trouver, car « pour la première fois, nos stocks en fin de campagne sont supérieurs aux ventes de l’année », poursuit Françoise Lemay. La campagne avait démarré avec des stocks de 19 600 tonnes auxquels se sont rajoutées les 52 500 tonnes de récoltes ; soit un volume disponible de plus de 72 000 tonnes. Les ventes quant à elles ont légèrement augmenté, passant de 31 700 tonnes en 2015 à 34 200 tonnes en 2017. Certes, c’est mieux, mais le stock disponible en fin de campagne atteint 38 000 tonnes.
Concurrence à l’export
En matière d’export, la lutte est difficile, notamment face au Chili qui fournit 47 % du marché européen hors France, les États-Unis (29 % du marché européen hors France) et l’Argentine (6 % du marché européen hors France). La France de son côté alimente 11 % du marché européen. Le problème pour la France est qu’elle vend ses pruneaux bien plus cher que la concurrence : 15 % de plus que la Californie et 50 % de plus que le Chili et l’Argentine. « Même s’il ne s’agit pas des mêmes produits (le pruneau français, dont 92 % de la production sont du pruneau d’Agen, présente un calibre supérieur, NDLR), les pruneaux d’Amérique du Sud servent de référentiel prix aux pays de l’Union européenne », explique Françoise Lemay. Et la France ne peut pas rivaliser en termes de coûts de production. Selon le Bip, les coûts de production français sont 1,2 fois supérieurs à ceux des États-Unis, 2,2 fois supérieurs à ceux de l’Argentine, et même 4,5 fois plus élevés que les coûts de production du Chili.
Reconquête de la compétitivité
Restez au courant en temps réel !
Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.
Le Bip compte mettre en place un plan de reconquête de la compétitivité à travers des actions techniques et la recherche de marchés. Il souhaite par exemple consolider les exportations françaises en Belgique, Espagne et Italie, reconquérir le marché grec et ouvrir des portes sur le marché asiatique.
Pour améliorer la productivité du verger français, il faudra également le rajeunir. « Nos vergers ont 23 ans en moyenne, c’est très âgé », affirme Françoise Lemay. Les vergers chiliens ont quant à eux une quinzaine d’années. Le Bip s’interroge aussi sur la possibilité d’augmenter la densité des vergers. Quand en France on compte en moyenne 290 pruniers à l’hectare, il y en a 400 au Chili, 450 en Californie et 500 en Argentine. Enfin, la France pourrait également miser sur le bio. Seuls 10 % de nos vergers et 4 % de nos récoltes sont en bio. Insuffisant pour répondre à la demande française. À tel point que ce sont des pruneaux moldaves et serbes qui entrent sur le territoire français pour répondre à la demande de bio.
« Pour la première fois, nos stocks en fin de campagne sont supérieurs aux ventes de l’année »
Le pruneau, une production ultra-localisée
98 % des pruneaux français sont produits dans le Sud-Ouest, dans le département du Lot-et-Garonne (76 % de la production nationale) et dans les départements limitrophes (Dordogne, Gironde, Tarn-et-Garonne, Gers, Lot). Les 2 % restants sont produits autour de la Méditerranée, dans l’Hérault, le Gard, les Bouches-du-Rhône, et le Vaucluse. Jusqu’à 2016, il restait également deux exploitations en Corse, mais elles ont été arrachées en 2017. Il ne reste plus aucune exploitation de pruneau sur l’île de Beauté.