Les annonces d’agréments supplémentaires ont redonné du baume au cœur aux producteurs de grandes cultures, surtout à la filière oléagineuse, qui obtient une belle part du gâteau. Selon la profession, la hausse des surfaces nécessaire à la production des biocarburants ne devrait pas poser de problème en ce qui concerne les céréales et les betteraves. Ce sera aussi le cas pour le colza jusqu’en 2007. Mais à partir de 2008, il faudra produire 1,2 million d’hectares de colza contre 300 000 hectares aujourd’hui. Il va falloir recruter de nouveaux producteurs !
Y aura-t-il assez de surface pour produire tous les biocarburants annoncés dans le plan gouvernemental français ? « Oui. On peut mobiliser plus de 400 000 ha de blé et 100 000 ha de betteraves pour le bioéthanol », assure Pierre Cuypers, président de l’Adeca, Association pour le développement des biocarburants, lors de la table ronde sur les biocarburants au congrès de Proléa, la filière oléoprotéagineuse, les 18 et 19 mai à Orléans. « Oui, jusqu’à 2007 », répond quant à lui Bernard Nicol, directeur de Diester Industries, « La production de diester mobilisera 600 000 hectares de colza à cette date. C’est la moitié de la production actuelle de colza française. La France a déjà produit deux millions d’hectares de colza. De plus, on exporte actuellement un million d’hectares de graine, notamment vers le Bénélux, qui pourraient demain être être orientés vers le diester», poursuit-il. Avec les agréments désormais accordés en 2008, pour produire les 1,590 million de tonnes de diester, il faudra mobiliser 1,2 million d’hectares de colza rien que pour les biocarburants, soit l’équivalent de la production totale de colza en 2004 (dont 280 000 t étaient destinées au diester). Rien que cela ! « Il va falloir recruter de nouveaux producteurs de colza, reconnaît Bernard Nicol. Mais pour cela, il faudra une meilleure rémunération du colza. C’est déjà la démarche de Diester Industrie. C’est l’avantage de la filière : au lieu d’envoyer les dividendes aux Bermudes, nous pouvons les réinjecter dans la filière », dit-il en regardant Jean-Paul Vettier, directeur général de Total assis à côté de lui.
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Passer à 10 % d’incorporation en mélange au lieu de 5 %
L’Allemagne, pays le plus gros producteur de biodiesel de l’UE, produit 1,3 million d’hectares de colza, dont 50 % sont destinés à la production de biodiesel. En 2006, la production de biodiesel va atteindre 1,7 Mt en Allemagne. « 30 % du biodesel sont incorporés à un taux de 5 % dans le gazole et le reste est distribué sous forme de biodiesel pur par un peu moins de 2 000 stations-service pour le transport et l’agriculture», précise Klaus Kliem, président de l’Ufop, association allemande des producteurs d’oléoprotéagineux. « Dès le départ, nous avons convaincu les constructeurs automobiles d’utiliser le biodiesel pur », insiste Klaus Kliem. Mais en France, ce sujet est quasi tabou : « Dans l’état actuel de la technologie de l’injection, notre recommandation est de ne pas aller au delà de 5 %», se risque Daniel Barbereau, p. -d. g. de John Deere France. Pourtant, Raffaello Garofalo, secrétaire général de l’EBB (European biodiesel board) est formel : « I l sera difficile d’atteindre l’objectif de 5,75 % de biocarburant dans les carburants en Europe si on ne commercialise que des mélanges incluant au maximum 5 % de biocarburant. Il faut autoriser des mélanges à 10 %». Pour cela, il est nécessaire d’avoir une fiscalité adaptée. Ce qui n’est pas le cas actuellement. La CGB, Confédération générale des planteurs de betteraves, constate en effet qu’actuellement, l’éthanol est quatre fois plus taxé que le GPL, carburant alternatif mais non renouvelable.