Plantes et animaux ont su trouver des solutions durables aux problèmes auxquels ils étaient confrontés. Ces solutions inspirent aujourd’hui des chercheurs qui ont donné pour nom à leur science le biomimétisme. Ses applications sont nombreuses et ses projets ambitieux. Quelques-uns de leurs travaux ont été présentés le 21septembre aux 15e entretiens de Millançay (Loir et Cher), organisés par la Ferme de Sainte-Marthe.
« Le biomimétisme, qui existe depuis une quinzaine d’années, est une méthode scientifique conçue à partir du constat que les experts en durabilité sont tout autour de nous dans la nature : ce sont les plantes et les animaux qui sont là depuis des millions d’années », explique Gauthier Chapelle, biologiste marin, directeur scientifique de « International Polar foundation » (Bruxelles). Le biomimétisme réunit trois notions : il s’inspire de la nature, pour innover, de manière durable. Il s’applique aux formes, aux procédés, à l’organisation (comme les écosystèmes) …
« La question que se posent les chercheurs utilisant cette méthode est “face au problème précis que je dois résoudre, que fait la nature ?”. Et à l’inverse, ils s’interrogent sur ce que la nature ne fait pas», poursuit Gauthier Chapelle,
Les exemples d’innovations biomimétiques qui ont fait leur preuve sont nombreux, certains ont débouché sur des brevets. Gauthier Chapelle cite, à titre d’exemple, les cellules photovoltaïques.
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« La feuille est un excellent panneau solaire créé par la nature. En s’en inspirant, on pourra bientôt capter l’énergie du soleil à partir d’une simple couche de peinture, avec un fil électrique, appliquée sur une vitre», explique t-il. Autre exemple : pour résoudre les problèmes de ventilation et de chaleur dans les immeubles élevés en Afrique, des chercheurs se sont inspirés des systèmes de ventilation utilisés par les termites. Au Japon, un nez de TGV s’est inspiré d’un bec de martin-pêcheur pour réduire les turbulences et l’inconfort lors des passages dans les nombreux tunnels de la ligne. Le biomimétisme peut également venir en aide à la chimie verte en substituant des produits du monde vivant aux produits chimiques toxiques (là encore les exemples sont nombreux). Les chimistes américains, confrontés aux obligations de la directive REACH sur les produits chimiques, s’y intéressent.
Lutter contre la toxicité chimique et la désertification
Pour l’avenir, le biomimétisme s’est donné de grands défis. En agriculture, des chercheurs s’inspirent des grandes prairies américaines qui se renouvellent sans eau, sans engrais… pour les zones où l’on a besoin d’une végétation toute l’année sans entretien. En Amérique du Sud, afin de trouver un moyen de lutter contre la désertification, on étudie la manière dont les insectes (des scarabées en l’occurrence) récupèrent l’humidité poussée par les vents pour s’hydrater. Plus fou encore, le projet de chercheurs américains et anglais pour capter le CO2.
« Les Américains voudraient proposer au Time Magazine un concours sur la durabilité dans la séquestration du CO2, en utilisant des solutions biomimétiques », explique Gauthier Chapelle. L’idée est d’utiliser les méthodes de croissance des coquillages et des planctons calcaires (comme le corail) à partir du CO2, pour transformer à grande échelle ce gaz en matière calcaire utilisable par exemple comme matériau de construction.