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Exploitations agricoles Quand le management environnemental séduit les agriculteurs

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Plus d’une centaine d’agriculteurs sont engagés en France dans la mise en place d’un système de management environnemental. Alors que les référentiels et les labels sont déjà nombreux en agriculture, pourquoi ces exploitants ont-ils fait ce choix ? C’est le désir de se réapproprier la démarche environnementale et la possibilité d’avancer « chacun à son rythme » qui a séduit les professionnels, selon un colloque organisé le 11 décembre à Amiens.

Le management environnemental, un outil de progrès pour les agriculteurs ? L’Ademe en est convaincue et le fait savoir. L’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie a organisé pour la première fois un colloque sur le sujet, le 11 décembre à Amiens. Le choix de la ville aux ortillonnages n’est pas un hasard : la Picardie est une des premières régions à mettre en œuvre une démarche collective Dix-huit agriculteurs picards ont créé fin 2004 l’association Terr’Avenir pour mettre en place un système de management environnemental collectif. Depuis 2003, cinq opérations collectives de management environnemental ont été mises en place par l’Ademe et le conseil régional de Picardie. de management environnemental en agriculture certifiée ISO 14001. Sur la centaine d’exploitations agricoles engagées en France dans la mise en place de ce système de management, 80 sont situées sur le sol picard, les autres étant principalement installées en Haute-Normandie, Poitou-Charentes ou Nord-Pas-de-Calais.

Diagnostic

Associer la norme ISO 14001 à l’agriculture n’est pourtant pas commun. Cette norme internationale relative à l’environnement est en effet essentiellement mise en œuvre par les industriels. Un certain nombre d’agriculteurs ont toutefois trouvé dans le système de management sur lequel elle s’appuie un outil extrêmement intéressant pour répondre aux enjeux environnementaux de leur exploitation. C’est la conviction de Grégory Blot, exploitant agricole (grandes cultures) à Ivry-le -Temple, dans l’Oise. « La mise en place d’un système de management environnemental – ou SME – a permis de faire un diagnostic environnemental de mon exploitation, avec ses points positifs et négatifs. On a ensuite établi un plan d’action avec des objectifs, un suivi et des audits. La démarche s’est révélée tellement positive que j’ai décidé de l’appliquer à notre plate-forme de compostage ainsi qu’à notre site de valorisation de déchets du bois », explique-t-il. Cette plate-forme de compostage a été la première en France à fonctionner en totalité grâce aux énergies renouvelables (panneaux photovoltaïques, micro-éolienne, bois-énergie). Jean-Marie Bruyelle, éleveur bovin en agriculture biologique à Saint-Germer-de Fly (Oise), vante également les mérites de la démarche. Celle-ci l’a mené à réaliser une installation de séchage solaire du foin, en remplacement des balles d’ensilage utilisées jusqu’ici. Outre la suppression de 12 m 3 de déchets plastiques chaque année, le dispositif lui permet d’économiser en énergie 3 600 euros par an.

Une révélation

Pour Hervé Demalle, à la tête de 160 hectares de grandes cultures (pommes de terre, légumes, betteraves, céréales) sur la commune de Vauvillers (Somme), la mise en place du système de management a été une révélation. « J’ai plus de 50 ans et j’étais entré dans une certaine routine. J’ai commencé à repenser la manière de conduire les cultures ; je suis passé en partie à l’irrigation au goutte-à-goutte. En matière de phytos, j’ai supprimé certains traitements. En outre, un de mes acheteurs de pommes de terre m’octroie une prime de 10 centimes d’euros/kg depuis que je suis certifié ISO 14001 ». Egalement chef d’une entreprise de forage d’eau, Hervé Demalle insiste sur le changement de ses relations avec ses 12 salariés : « J’ai dû expliquer la démarche ; ça a été très positif et je fais désormais des entretiens annuels avec eux. Ils sont devenus acteurs de la démarche ». Certains voient même dans le système de management environnemental un outil pour l’amélioration leurs cahiers des charges existants. C’est le cas de Raoul Leturcq, agriculteur biologique dans le nord de l’Oise : « avec le SME, on est dans une démarche d’amélioration continue. Cela doit nous permettre d’être au rendez-vous de la certification et de l’éco-conditionnalité, mais cela peut aussi mener à une extension du cahier des charges de l’agriculture bio » plaide-t-il.

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Faire des progrès, c’est bien. Le faire savoir, c’est encore mieux. Or, s’engager dans une démarche de management environnemental ne donne pas lieu à une reconnaissance extérieure, la plupart du temps, admet Philippe Massonnet, agriculteur en Poitou-Charentes et pionnier sur ces approches. « Le gain, on ne l’a pas via une plus-value sur nos produits, mais grâce à une démarche intellectuelle de remise en question. Chacun s’améliore ». « Avec le SME, on vous prend là où vous êtes et on vous emmène dans une démarche dynamique » résume Iman Bahmani-Piaseczny, animatrice « agriculture » à l’Ademe Picardie.

A l’heure où les pouvoirs publics travaillent à la mise au point d’une certification « haute valeur environnementale » pour les exploitations agricoles, les agriculteurs engagés dans le SME espèrent avoir ouvert une voie.