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Investissement Quand les financiers misent sur la valorisation de l’agriculture

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Les activités agricoles attirent les investisseurs : la banque suisse Pictet va créer, fin mai, un fonds d’investissement essentiellement consacré à l’agriculture. Il s’agit d’une Sicav (Société d’investissement collectif) qui investira dans des sociétés très diverses, cotées en Bourse et ayant au moins 50 % de leur activité dans le domaine agricole : machinisme agricole, semences, cultures, plantations, produits carnés, logistique, négoce, distribution, etc. Est exclue par principe, toute société qui réalise plus de 10 % de son activité dans les OGM. Les dirigeants de Pictet sont persuadés que les tendances de fonds restent favorables à la valorisation des produits agricoles et alimentaires et donc aux entreprises qui travaillent dans ce domaine, alors que les tickets d’entrée dans leur capital sont aujourd’hui près de moitié de ce qu’ils étaient il y a quelques mois.

Si le rôle des financiers dans l’agriculture est parfois décrié, il en est qui pourraient être bienvenus dans le monde paysan. Tel pourrait être le cas du banquier suisse Pictet et Cie, qui s’apprête, fin mai, à lancer un fonds d’investissement dans les activités agricoles. Pourquoi serait-il bienvenu ? D’abord parce qu’il développe une stratégie de confiance dans ce secteur aux résultats pourtant éminemment erratiques. Les dirigeants de la banque suisse sont convaincus que l’agriculture est un domaine qui reste structurellement porteur, en dépit de la chute récente des cours des matières premières. « Je suis sûr que les prix alimentaires vont rester supérieurs à ce qu’ils étaient il y a quelques années », affirme Gertjan van de Geer, gérant du fonds Pictet pour l’agriculture. « Les tendances structurelles restent saines », insiste-t-il.

Optimisation de la production agricole

Pourquoi un tel optimisme ? D’abord en raison des besoins alimentaires de la planète. Ceux continuent de croître ne serait-ce qu’en raison de la hausse de population. De plus, les habitants des pays émergents veulent consommer plus de viande, ce qui implique des matières premières agricoles indispensables pour les produire.

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Plus originale est l’argumentation de Pictet sur l’optimisation des processus de production agricole. Elle paraît indispensable pour répondre aux besoins de la planète. Il faudra d’abord passer par une certaine concentration des structures agricoles ; il faudra également une meilleure efficience de la production pour réduire les pertes en culture actuellement estimées entre 20 % et 40 % ; pertes également sur le trajet entre l’exploitation et la transformation alimentaire puis jusqu’à l’assiette du consommateur ; tout ceci implique des machines plus nombreuses et plus perfectionnées, des semences (pas forcément OGM) plus productives, des organisations de production plus efficientes, une agro-industrie plus compétitive.

Exclure les sociétés trop axées sur les OGM

Toute la chaîne de valeur agricole et alimentaire devrait ainsi se revaloriser. Le fonds Pictet pour l’agriculture compte, dans ce contexte, constituer une Sicav (Société d’investissement collectif) rassemblant des moyens financiers d’investisseurs institutionnels mais aussi de particuliers. Objectif : investir sur le moyen terme dans des sociétés cotées exerçant plus de 50 % de leur activité dans l’agriculture. Sont exclues, les sociétés réalisant plus de 10 % de leur activité dans les OGM. Ces deux paramètres excluent des investissements dans des groupes comme Monsanto, BASF ou Bayer, indique Gertjan van de Geer. L’objectif est de donner le choix aux investisseurs de pouvoir participer à un fonds où la part des OGM sera très faible. Sont également exclus les investissements sur les marchés des matières premières elles-mêmes, ainsi que « dans les sociétés exclusivement axées sur les biocarburants, qui ont un impact négatif sur le prix des biens alimentaires ». Reste à convaincre les investisseurs : Gertjan van de Geer entame un « roadshow » qui va le mener vers toutes les capitales européennes. Il a un argument que la crise lui a appporté : les tickets d’entrée dans les entreprises ont fortement baissé depuis un an, sous l’effet de la crise financière et boursière. « Vous payez moitié moins qu’il y a un an pour des participations dans des entreprises », explique-t-il. C’est justement sur la confrontation entre ces prix bas et les perspectives de développement de l’agriculture que Pictet compte pour réussir. Démarrage prévu du fonds : 29 mai.