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Débat Quand les financiers redécouvrent l'agriculture

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Un débat sur les marchés des matières premières, organisé par la Revue Banque et qui s'est tenu peu avant les fêtes de fin d'année, a illustré l'importance de la question agricole, qui est revenue à chaque fois au centre des discussions.

UNE table ronde sur les marchés des matières premières, organisée par des professionnels du monde de la finance, a montré que sur ce type de sujets, la question agricole revient régulièrement. Ainsi s'est déroulé le débat « matières premières : le fonctionnement des marchés en question », organisé par la Revue Banque en partenariat avec l'Amafi (Association française des marchés financiers). La Revue Banque organise deux à trois fois par an ce type d'événement « pour débattre d'un thème lié à l'actualité bancaire et financière du moment ».

Les matières premières agricoles, creuset des techniques de finance

Pour camper le décor, Philippe Chalmin, économiste et historien professeur à l'université Paris Dauphine, a rappelé aux banquiers et financiers présents dans l'auditoire : « Pour vous, les matières premières sont un retour aux sources. Il ne faut pas oublier que les marchés ont été inventés autour des matières premières ». Et d'enchaîner sur l'origine des marchés à terme : « Les marchés les plus instables sont les marchés agricoles. Il n'est pas étonnant que l'essentiel des techniques de marchés à terme aient été mises au point autour des denrées ».

L'objet du débat était de savoir si la spéculation joue un rôle négatif ou positif sur les filières, autrement dit de trancher si elle appauvrit ou enrichit la collectivité. « Les marchés ne sont responsables en rien de l'appauvrissement des producteurs. Ce ne sont que des instruments, il faut qu'ils fonctionnent correctement », a précisé Christian de Perthuis, professeur d'économie à l'université Paris Dauphine, et ex-président du Comité sur la fiscalité écologique. « La spéculation a pour fonction d'assumer le risque lié aux fluctuations incessantes du marché. Aujourd'hui plus que jamais, je ne retrouverai pas demain matin la même situation de marché qu'hier soir », a renchéri Philippe Chalmin, illustrant son propos par le blé et le soja.

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Première cause de la dépendance alimentaire : le désinvestissement de l'agriculture

Le débat s'est rapidement porté sur l'Afrique, devenue importatrice de produits alimentaires. « Elle était exportatrice nette en 1980 » de ces produits, a lancé Clara Jamart, responsable de dossier sur la sécurité alimentaire pour Oxfam France. Elle a imputé une partie de cet état de fait à l'abandon des politiques de stockage et à « l'effet dévastateur » des politiques d'ajustement structurel (programme de réformes économiques mises en place par le Fonds monétaire international –FMI – pour sortir de la crise économique les pays qui en sont touchés). Les exportations vers l'Afrique de produits alimentaires subventionnés, par les pays industrialisés, ont contribué à bloquer l'émergence des filières agricoles et alimentaires, a insisté Christian de Perthuis.

Pour Philippe Chalmin, imputer la responsabilité de la dépendance alimentaire de l'Afrique à la spéculation est « absurde ». La première cause est « le désinvestissement de l'agriculture pendant 20 ans ». Pendant plus de dix ans, les prix alimentaires ont été « trop bas » pour inciter les paysans et opérateurs africains à produire et à organiser des filières de production et de transformation. La crise alimentaire de 2008, avec la hausse des prix alimentaires dans le monde entier, a été « un message salutaire » en provenance des marchés pour montrer que le risque alimentaire réapparait, en raison du désinvestissement. Et de conclure : « Le problème est que quand les prix sont trop bas et que les paysans crèvent de faim au quotidien, il n'y a pas de caméras pour filmer ».