Premier producteur européen de sucre de canne, Quartier Français (290 millions d’euros de CA en 2005) n’a pas l’intention d’être délaissé, oublié là-bas sur sa petite île de l’Océan Indien. Afin de développer son commerce avec la métropole, et plus largement l’Europe, le groupe réunionnais a mis la main sur le leader des apéritifs sans alcool, Bouguet Pau, dont le chiffre d’affaires s’élève en 2005 à 26,5 M EUR. Opération qui permet au pôle Rhums et Spiritueux d’atteindre un CA de 80 M EUR. Mais Quartier Français a de plus larges ambitions. Il prévoit le rachat d’autres sociétés de spiritueux, et compte développer les ventes de ses rhums à l’international.
Bien sûr, Quartier Français ne compte pas devenir aussi gros que Pernod Ricard ! Mais prendre un peu d’embonpoint, quand on joue sur le marché des spiritueux, ne fait pas de mal. Après avoir beaucoup investi sur le rhum depuis 2004, le groupe réunionnais s’est lancé sur une voie moins alcoolisée en rachetant le leader incontesté des apéritifs sans alcool, Bouguet Pau à la famille Pau qui était encore présente au capital. Blancart, Palermo ou Mister Cocktail feront désormais partie du même groupe que les rhums La Mauny, Charrette ou Trois Rivières. Une visée commune ? Pas nécessairement. Il s’agit plutôt d’un achat stratégique qui permet à Quartier Français de développer son pôle spiritueux en métropole. « Et nous cherchons à réaliser d’autres acquisitions dans le domaine des spiritueux, qu’il s’agisse de marques, d’outils de production ou autre. Nous avons vu passer certains dossiers, trop chers pour nous, mais il reste des petites marques à acquérir », précise Olivier Thiéblin, directeur général du pôle Rhums et Spiritueux.
Une offensive en Europe
Premier groupe industriel de la Réunion, Quartier Français réalise 70 % de son chiffre d’affaires en Europe. Si en Martinique, à la Réunion et à Maurice, les gammes du groupe sont distribuées par les propres réseaux du Pôle Rhums et Spiritueux, en France métropolitaine la plupart des marques ont été confiées à des distributeurs exclusifs spécialisés, tels que Marie-Brizard pour La Mauny ou La Maison du Whisky pour le rhum réunionnais Savanna. Bien que ces accords de distribution soient anciens et bien établis, le rachat d’une entreprise française, disposant d’un site de production à Vichy et d’une force de vente de 20 personnes qui couvre l’ensemble du territoire national, ne surprend donc qu’à moitié. « Cela ne changera rien pour l’instant en terme de distribution », affirme pourtant le directeur du pôle Rhums et Spiritueux, qui a rejoint le comité de direction de Bouguet Pau, « bien sûr on cherchera à développer des synergies, mais nous attendrons probablement d’autres acquisitions pour éventuellement procéder à des réorganisations ».
Des marques leaders sur un marché stable
Les structures existantes de la société d’apéritifs à 0° seront conservées et les marques boostées. « Afin de garder le marché stable, il faut investir en communication », explique Olivier Thiéblin. Principales bénéficiaires des campagnes publicitaires à venir : Palermo et Mister Coktail, les deux marques principales, qui réalisent plus de la moitié des 8 millions de litres d’apéritif sans alcool vendus chaque année, mais aussi D’Artigny, un pétillant sans alcool en pleine croissance dont les ventes devraient prendre 5 à 10% dans les cinq prochaines années aux dires du responsable du pôle. Sur les 7 marques d’apéritifs, le premier à avoir été lancé, Blancart, également premier pastis sans alcool du marché français, souffre aujourd’hui de la concurrence de Pernod Ricard dont le produit Pacific est le numéro un des anisés sans alcool. « Nous avons aujourd’hui 70% de part de marché, précise cependant Olivier Thiéblin, et nous restons à l’écoute pour discerner si de nouvelles catégories peuvent voir le jour ».
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Des rhums à vocation internationale
Avec l’acquisition de Bouguet Pau, le chiffre d’affaires du pôle Rhums et Spiritueux passe de 50 millions (15% du chiffre d’affaires du groupe) à 80 millions d’euros. Reconnues sur le marché hexagonal, les marques martiniquaises Trois Rivières, La Mauny et Duquesne s’exportent à présent vers d’autres pays. Le rhum traditionnel réunionnais Charrette, leader sur son marché local, enregistre une forte progression de ses ventes sur le marché français, tout comme le nouveau né de 2005, Rhum du Verso. Quant à Rivière du Mât et Savanna, qui ont pris des positions importantes parmi les rhums premiums de l’Ile de la Réunion, ils franchissent à présent le cap de l’export. « Même si les volumes sont faibles, nous sommes présent actuellement dans 25 pays du monde, au Japon, en Afrique, et bien sûr dans de nombreux pays d’Europe. Nous espérons faire des volumes intéressants en Italie et en Espagne et nous regardons même outre-Atlantique. Malgré les problèmes de législation, qui imposent de développer des packagings particuliers, nous pourrions débuter aux Etats-Unis en 2007 ou 2008 », ajoute Olivier Thiéblin.
Mais Quartier Français n’exporte pas uniquement des bouteilles. En Allemagne, son principal marché d’exportation d’alcool en vrac, le groupe réunionnais écoule l’équivalent de 7 millions de bouteilles auprès de partenaires grossistes. Un segment qui se développe aussi en Espagne. D’autre part, pour les rhums, si Quartier Français estime avoir fait le tour en ce qui concerne le positionnement, l’entreprise n’exclut pas de développer des produits d’origine nouvelle, comme elle l’a fait cette année en produisant New Grove, le « premier rhum naturellement aromatique » issu de l’Ile Maurice. Une stratégie qui devrait permettre au pôle Rhums et Spiritueux d’atteindre 100 à 150 millions d’euros de chiffre d’affaires à l’horizon 2008, si les estimations se concrétisent. Quartier Français a visiblement hâte de passer à la vitesse supérieure.