Abonné

Politique agricole Quatre anciens ministres « solidaires » des paysans français

- - 3 min

C’est une conférence de presse inattendue qui s’est tenue le 2 septembre à Paris : quatre anciens ministres français de l’Agriculture – Michel Rocard (1983-1985), Pierre Méhaignerie (1977-1981), Henri Nallet (1985-1986 et 1988-1990) et Philippe Vasseur (1995-1997) – se sont affichés ensemble pour défendre le bilan agricole des 50 dernières années et déclarer leur solidarité aux paysans français.

« Mes deux années au ministère de l’Agriculture ont été les deux plus belles de ma vie ». Si ce n’est pas une déclaration d’amour, cela y ressemble fortement... Michel Rocard n’a pas été le dernier à recourir aux superlatifs pour évoquer les paysans français et « les multiples mutations auxquelles l’agriculture a dû s’adapter au fil des années. « Vous pouvez être fiers de ce qui a été fait dans les 50 dernières années, et ça mérite d’être dit», lance Henri Nallet à l’attention des paysans français. Pierre Méhaignerie résume le message à faire passer à l’opinion publique : « Que l’agriculture cesse d’être en position d’accusée ». « L’agriculture a trop dépendu des impulsions nationales pour qu’on lui fasse grief de ces impulsions», ajoute Michel Rocard. Le ton est donné et les quatres ministres n’en changeront pas, tout en soulignant que cette prise de parole commune est une démarche désintéressée, au nom de leurs « convictions partagées ».

Co-responsables de l’Anda

Et si quelques dossiers sensibles sont évoqués – tel celui du financement du développement agricole –, c’est pour réaffirmer la totale solidarité avec la profession : « La solidarité éleveurs-céréaliers, on l’a toujours voulue (...) et c’est l’honneur de la profession agricole d’avoir mis en place ce système de solidarité », déclare Pierre Méhaignerie. « La justice a raison de faire son métier » poursuit Michel Rocard, tout en rappelant cependant que les différents ministres ont « mis en œuvre et confirmé » cette solidarité. Pour l’ancien Premier ministre, « les écritures légales étaient (certes) un peu incertaines ou insuffisantes », mais « il n’y a eu que du courage au service de l’aventure alimentaire et démographique française ».

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Les quatre ministres ont également profité de la tribune pour distiller quelques messages. Aux yeux d’Henri Nallet, « il faut retrouver le consensus réformateur des années soixante ». Philippe Vasseur appelle de son côté à « renouer la solidarité entre le monde professionnel et le monde politique ». Quant à Michel Rocard, il souligne la nécessité d’un « accompagnement compréhensif » du monde agricole face aux mutations de la société. L’ancien ministre de François Mitterrand n’en a pas moins manqué d’envoyer une pique à la FNSEA qui « a eu tort de ne pas reconnaître la diversité syndicale ». Lors de ce point presse, Philippe Vasseur aura été sans doute été le ministre au langage le plus direct : « Les mutations qui se sont produites depuis 50 ans vont se poursuivre (...) et dire aux agriculteurs que les choses vont pouvoir durer est une hérésie », lâche t-il. « Ce n’est pas 10 ans de sursis (que les agriculteurs ont obtenu avec la réforme de la Pac en 2003, ndlr) mais 10 ans de délai nécessaires pour poursuivre les mutations », insiste-t-il. Pour l’ancien ministre, les « discours démagogiques», doivent cesser, notamment en matière d’installation, et « on ne peut aborder les problèmes actuels avec les discours et les structures d’il y a 10 ans ».