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Primaires américaines Quatre débats qui affectent l'agriculture

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Si l’agriculture et la ruralité n’ont pas été au coeur des primaires américaines, certains des sujets qui ont animé les débats intéressent directement l'agriculture : l’immigration, le commerce international, l’étiquetage des OGM et le soutien aux biocarburants.

Immigration : Trump fait peur au secteur agricole

C’est une des questions qui a le plus animé la campagne américaine jusqu’ici, et pour cause. Pour réduire l’immigration mexicaine aux États-Unis, le candidat républicain Donald Trump propose des mesures radicales : entre autres, expulser les immigrés qui seraient restés sur le sol américain au-delà de la durée permise par leur visa (11 à 12 millions de personnes), construire un mur à la frontière avec le Mexique, renforcer les contrôles et les sanctions envers ces immigrés, ou même instaurer une préférence nationale pour l’accès aux emplois. Il ne fut pas le seul à défendre ces mesures: son dernier opposant aux primaires républicaines, Ted Cruz, le rejoignait la plupart de ces idées (expulsions, murs, contrôles...). Ces prises de position, qui remettent en question le travail des immigrés mexicains aux États-Unis, inquiètent une grande partie les agriculteurs américains, car l’agriculture est le secteur le plus concerné par l’emploi de travailleurs immigrés. En 2014, 40 % des emplois en agriculture, pêche et forêt étaient occupés par des travailleurs nés à l’étranger, selon le département américain du Travail. C'est notamment le cas en Californie, dont l'industrie laitière est très dépendante de cette main d'oeuvre. Il n'est donc pas étonnant d'observer que l’American Farm Bureau, le principal syndicat agricole des États-Unis, plaide plutôt pour faciliter l’emploi des travailleurs immigrés ; il propose une réforme de l’immigration en ce sens, en « assouplissant » la réglementation concernant les visas spécifiques aux travailleurs saisonniers, et en accordant un statut légal pour les travailleurs étrangers « expérimentés ».
À l’opposé du programme de Trump, les démocrates, et notamment la candidate Hillary Clinton, soutiennent une accélération des naturalisations, et une politique plus favorable à l’accueil des immigrés aux États-Unis.

Etiquetage des OGM : Démocrates contre Républicains

L’étiquetage des OGM fait actuellement débat aux États-Unis, alors que le Vermont, Etat démocrate où Bernie Sanders a été élu sénateur, s’apprête à mettre en place un étiquetage obligatoire des aliments contenant des OGM à partir du 1er juillet, et que plusieurs États préparent des réglementations similaires. Des débats ont lieu à Washington, au Sénat pour faire interdire par l'Etat fédéral de telles initiatives. Considérant que les OGM sont sans danger pour la santé, les sénateurs républicains estiment qu’un tel étiquetage serait une porte d’entrée pour d’autres informations obligatoires n’ayant pas trait à la nutrition ou à la santé (utilisation d’hormones, présence de gluten…). Sur ce sujet, la position de Donald Trump est dans la ligne du parti : pas besoin d’étiquetage ; dans une réponse au Farm Bureau de l’Iowa (principal État producteur d’éthanol), le milliardaire s’est déclaré opposé à tout étiquetage obligatoire. Sans surprise, la position d’Hillary Clinton, et des démocrates plus généralement, est aux antipodes. Ils sont pour l'étiquetage ; lors d’une intervention publique dans l’Iowa fin 2015, la démocrate met en avant un « droit de savoir » des consommateurs, et appuie l’idée que les États puissent mettre en place leurs propres réglementations sur ce sujet. Toutefois, elle se prononce pour une version « light » de l’étiquetage, qui ne « stigmatiserait » pas les OGM en magasins, sous forme de code barre ou de QR code. Son concurrent Bernie Sanders, s’affiche plus clairement pour un étiquetage obligatoire des OGM.

Ethanol: Ted Cruz contre Trump, Clinton et Sanders

Les positions des candidats sur le Renewable fuel standard (RFS) (voir encadré) ont eu une importance spécifique dans l'Iowa, Etat du corn belt, principal producteur d'éthanol (filière maïs) aux Etats-Unis. En décembre dernier, un lobby de l'Iowa, America's Renewable Future (ARF) a produit un rapport dans lequel il attribuait une bonne ou une mauvaise note à chacun des candidats, en fonction de leur soutien au RFS et à «l'économie de l'Iowa». Les deux seuls candidats à se voir attribuer une mauvaise note ont été les Républicains Ted Cruz et Rand Paul (libertarien proche du Tea Party), deux candidats de l'aile «conservatrice» du parti, mettant en avant le principe de non-intervention de l'Etat dans l'économie. Cela n'a pas empêché Ted Cruz de remporter le caucus de l'Iowa en février, avant de se retirer quelques mois plus tard. Un tour de force. A l'inverse, Donald Trump, Bernie Sanders et Hillary Clinton se sont tous positionnés en faveur du maintien du RFS, et ont par conséquent reçu une bonne note de l'ARF. En septembre dernier, Trump déclarait, sans vraiment s'en expliquer: «Je suis totalement en faveur de l'éthanol, à 100%, et je le soutiendrai». En août, Hillary Clinton s'est positionné pour un renforcement du RFS, dans son plan «pour une Amérique rurale vivante», plus spécifiquement pour le développement de biocarburants de nouvelle génération ; la démocrate défend plus généralement le développement d'une «économie verte» (bio-based economy). De la même façon, Bernie Sanders s'est positionné, lors d'interviews, pour le bioéthanol, mais plus spécifiquement dans la perspective de lutter contre le changement climatique.

Trump et Clinton opposés au Partenariat transpacifique

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Si le Partenariat transpacifique (qui concerne douze pays d’Amerique du Nord et d’Asie, hors Chine) a été signé en février dernier, chacun des pays signataires doit le ratifier. Et alors que de nombreux pays l'ont ratifié ou sont en bonne voie, la manoeuvre risque d'être périlleuse aux Etats-Unis, en pleine campagne. Donald Trump a été le premier à s'opposer vivement à la ratification du Partenariat transpacifique (qui concerne douze pays d’Amerique du Nord et d’Asie, hors Chine), estimant que l’équilibre de l’accord était défavorable aux États-Unis, et pouvait profiter à la Chine. « Le TPP est un horrible accord. C’est un accord conçu pour que les Chinois passent par la porte de derrière, comme ils le font toujours, et profitent de tout le monde ». L'argument de Trump porte notamment sur la possibilité, pour des voitures japonaises par exemple, de bénéficier des réductions de taxes, même si elles sont fabriquées pour moitié à partir de pièces chinoises. Plus généralement, il estime que les accords de libre-échange, y compris l’Alena (Canada, Etats-Unis, Mexique), ont été mal négociés par l’administration américaine, et ne profitent pas aux travailleurs des États-Unis. Concernant le TPP, Hillary Clinton a été, pendant plusieurs années, une ardente défenseuse de cet accord, avant de se dire, depuis février, déçue par le résultat obtenu par l’administration américaine. « J’ai attendu qu’il soit finalement négocié parce que je voulais donner le bénéfice du doute à l’administration Obama. Une fois que j’ai vu le résultat, je m’y suis opposée ». Depuis mars, elle reprend même l'argument républicain d'un traité déséquilibré, dont les Chinois pourraient tirer parti. La route jusqu'à l'élection, le 8 novembre prochain, promet d'être riche en surprises, y compris pour les agriculteurs.

Le laboratoire de santé animale que Trump voulait transformer en golf

La chambre des représentants a finalement bloqué, le 16 mai, la vente au plus offrant du Centre de recherche en santé animale de Plum Island, propriété de l'Etat fédéral située sur une petite île de 5 km de long, proche de New-York. Peut-être parce que parmi les acheteurs intéressés se trouve Donald Trump qui avait proclamé, lors de l'annonce de sa mise en vente en 2013, qu'il souhaitait en faire un terrain de golf. Mais plus sûrement parce que depuis deux ans une coalition de défenseurs de l'environnement a mis en avant l'importance de la préservation du site. Ce centre de recherche est connu pour être le seul laboratoire du pays à s'intéresser à la fièvre aphteuse, dont les Etats-Unis (et le Canada) sont indemnes depuis 1929, nous apprend la lettre agricole américaine Hagstrom report. Pour le remplacer, un nouveau laboratoire ultra moderne doit être construit en 2020; il ne sera plus situé à New-York mais dans le centre du pays, dans l'état du Kansas, dans une petite ville de 50 000 habitants nommée ... Manhattan.

Biocarburants: l'EPA propose à nouveau d'augmenter les taux d'incorporation

Aux États-Unis, l'Agence fédérale de protection de l'environnement (EPA) a dévoilé, le 18 mai, les taux obligatoires d'incorporation de biocarburant dans les carburants fossiles. L'agence propose à nouveau d'augmenter les taux d'incorporation pour les quatre types de biocarburants (standard, perfectionné, à base de biomasse, cellulosique), afin d'atteindre les objectifs nationaux fixés pour 2022. Ces taux sont fixés chaque année, et votés par le Congrès, dans le cadre du programme Renewable fuel standard (RFS) lancé en 2005. Le programme RFS vise en 2022 un objectif de 36 milliards de gallons de biocarburant. En 2013, environ 135 milliards de gallons d’essence ont été consommés aux États-Unis. L'industrie des biocarburants se dit frustrée par la faiblesse de l'augmentation, tandis que les représentants de l'industrie pétrolière demande toujours l'abrogation du RFS, rapporte la lettre d'information Hagstrom report.

TTIP: La négociation sur les indications géographiques viendra probablement en dernier

La négociation sur les indications géographiques (IG) viendra probablement en dernier dans les discussions sur le TTIP, estime-t-on à la Confédération nationale des AOC viticoles (Cnaoc). « On sait que le sujet des appellations viticoles et des IG de fromages est le plus délicat », c’est donc là que les Européens comme les Américains abattront leurs cartes, c'est-à-dire en fin de parcours, commente Pascal Bobillier-Monnot, directeur de la Cnaoc, après avoir noté une « pression de l’administration Obama pour faire avancer l’accord ». Mais à chacun sa conception d’un bon accord euro-américain. Pour Washington, c’est un accord sans reconnaissance des IG. En Europe, la conception est différente. « Majoritairement, les protagonistes européens (professionnels, pouvoirs publics) veulent un accord ambitieux ». Le terme « ambitieux », pour la Cnaoc et pour l'Efow – la Fédération européenne des appelaltions viticoles – signifie la disparition des 17 mentions semi-génériques viticoles utilisées par les Américains : « champagne », « chablis », « burgundy », « porto ». Les trois quarts des vins mousseux produits et consommés aux États-Unis sont vendus avec une présentation « champagne », à un prix d’environ 10 dollars la bouteille. Les bouteilles de « vrai » champagne coûtent 30 dollars, avait indiqué Pascal Bobillier-Monnot le 23 mars à une audition à la commission des affaires économiques de l’Assemblée nationale.