Abonné

Forêt Quatre mois après la tempête Klaus, la sylviculture d’Aquitaine dans la tourmente

- - 6 min

Le 24 février dernier, la tempête Klaus frappait la France, mettant à terre près de 40 millions de tonnes de bois principalement dans le massif landais. Alors que la tempête de 1999 aurait pu servir d’expérience, la lenteur du déblocage des aides gouvernementales freine l’exploitation du bois et risque de déstabiliser la filière pour de nombreuses années, dénoncent sylviculteurs et industriels de la région.

Dans le massif landais, plus de quatre mois après la tempête Klaus qui a mis à terre près de 40 millions de tonnes de pin maritime, la grogne monte dans la filière bois. Un peu partout dans la région fleurissent des banderoles : « Sans les sylviculteurs, pas de forêts ». Les aides de l’État pour le stockage et le transport tardent à arriver se plaignent les entreprises de la filière. Une enveloppe de 60 millions avait pourtant été annoncée par Michel Barnier, alors ministre de l’Agriculture, juste après la catastrophe.

160 millions d’euros de demandes pour une enveloppe de 60 millions
« Nous attendions de l’administration le top départ et les règles du jeu d’une course contre la montre pour sauver un maximum de valeur dans les gros bois (…) Cinq mois après la tempête, des décisions sont enfin prises mais on se pose encore la question de la date d’arrivée des aides pour soulager la trésorerie de nos entreprises », s’inquiétait Henry Chaperon, directeur de la Cafsa (Coopérative agricole et forestière Sud Atlantique), le 19 juin à l’occasion de l’assemblée générale de son organisation. 54,4 millions d’euros d’aides au transport (pour favoriser les ventes à l’export) et 30 millions de soutien au stockage, devraient arriver dans les jours prochains. Mais face à l’affluence des demandes (estimées à plus de 160 millions d’euros), les pouvoirs publics ont pris la décision de ne financer les projets qu’à hauteur de 40 à 60%.

9,2 millions de tonnes pourraient être stockées
Le groupe Gascoigne Wood Product, par exemple, a déjà construit 4 aires de stockage du bois par voie humide, en anticipant le versement de ces aides. Un système d’aspersion d’eau en continu, issu d’une nappe de surface, gorge le bois d’humidité pour le conserver. À côté de la scierie Gascoigne de Saint-Symphorien, 15 ha de terrain vont accueillir, à terme, près de 250 0000 t de bois soit l’équivalent de 20 000 ha de forêt (l’aire est à ce jour remplie à 60%). « L’expérience de 1999 nous a permis de réagir rapidement, avant nous n’avions aucune idée de ce qu’était la conservation par aspersion », se félicite Jean-Pierre Dufourcq, directeur du site. En tout, le groupe prévoit d’entreposer un million de tonnes de bois. 44 projets de construction d’aires de stockage devraient voir le jour sur le massif landais. Si tous aboutissent, 9,2 millions de tonnes de bois pourront être stockées. Un contrat entre l’entreprise qui amasse le bois et les sylviculteurs est conclu autour d’un prix de vente fixé à l’avance pour les années à venir. Les aides de l’État n’étant distribuées que si le bois est stocké plus de deux ans.

Les sylviculteurs risquent de ne pas replanter
« Le plan gouvernemental de stockage devait permettre de maintenir les prix. Problème : les aides ne sont toujours pas arrivées, les sylviculteurs perdent patience et vendent les bois à bas prix avant qu’ils ne s’abîment ce qui perturbe fortement le marché national voire européen », explique Henry Chaperon. Pour Christian Pinaudeau, secrétaire général du Syndicat des sylviculteurs du Sud-ouest (SSSO), « les sylviculteurs sont doublement perdants : ils ne touchent pas d’aides et on leur achète leur bois parfois 5 euros la tonne (contre environ 30 euros avant la tempête) ». Le risque est donc fort de voir les sylviculteurs ne pas replanter d’arbres au profit des grandes cultures (maïs principalement) ou pour l’installation de panneaux solaires. « Le bois rapporte 100 euros par an et par hectare, le photovoltaïque 2 000€ », résume Christian Pinaudeau.

Débouchés : cogénération d’électricité à partir de biomasse
Le bois de construction va être soutenu par un vaste plan régional de modernisation des cités universitaires, collèges et lycées. Les professionnels comptent également sur l’ouverture prochaine d’unités de cogénération d’électricité à partir de biomasse dans la région. Le chantier le plus important, celui de la papeterie Smurfit de Facture (Gironde), devrait voir le jour d’ici à la fin 2010. Cette unité produira près de 70 mégawatts d’électricité et consommera 500 000 tonnes de déchets de bois par an. Mais pour les sylviculteurs landais, les solutions ne doivent pas être que régionales. Car cette tempête aura des répercussions sur le marché national voire européen. Les pouvoirs publics ont engagé des travaux avec les acteurs de la filière et les assureurs pour mettre en place un système assuranciel forestier qui devrait apporter des réponses.

Manque de bois dans dix ans ?
Actuellement, le problème est l’abondance de bois, mais dans les prochaines années la ressource pourrait venir à manquer. « Suite aux deux tempêtes de 1999 et 2009, le capital sur pied de pin maritime est passé de 158 millions de m3 à 91 millions aujourd’hui », estime Guillaume Chantre directeur de l’institut technique FCBA Sud-Ouest (Forêt Cellulose Bois-construction Ameublement). Surtout si le bois encore au sol n’est pas correctement exploité et stocké. Le potentiel productif annuel de la forêt landaise pourrait ainsi passer de 9 millions de m3 avant la dernière tempête à 6 millions dans les années à venir. « Nous prenons beaucoup de retard pour sortir le bois et les stocker. C’est la lenteur de réaction des pouvoirs publics qui me rend amer, surtout qu’on avait déjà l’expérience de 1999 », regrette Yves Lesgourgues, directeur du Centre régional de la propriété forestière d’Aquitaine (CRPF). Plus le bois sera exploité tardivement, plus la replantation tardera. Et alors que les projets de chaudières à bois se multiplient, dans un contexte de limitation des émissions de gaz à effet de serre, la production pourrait faire défaut.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.