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Élevage Quatre obstacles majeurs au développement de l’élevage russe

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Si les atouts de la Russie pour le développement de son élevage sont connus (surfaces agricoles importantes, soutien politique, soutien financier), les professionnels relèvent quatre obstacles majeurs : la formation, la logistique, l’organisation de la filière et l’industrie.

Le développement de l’élevage bovin en Russie pourrait rapidement trouver ses limites. Le manque de qualifications de la main d’œuvre est une première raison évoquée par l’ambassade de France à Moscou. Une raison historique à cela : dans les anciennes fermes d’Etat, le travail était très segmenté. Une personne distribuait l’alimentation aux animaux, une autre la préparait, une autre conduisait les tracteurs… Lorsqu’en 1991, avec la chute du communisme, ces fermes ont été démantelées, les ouvriers qualifiés pour une tâche étaient incapables de gérer une exploitation dans son intégralité. Vingt ans plus tard, le système éducatif ne semble pas toujours pas aller vers la formation de chefs d’exploitation agricole. « Il y a des écoles d’agronomes, mais il n’y a pas d’équivalent du Brevet technicien supérieur (BTS) », explique-t-on à l’ambassade. Les jeunes formés ne sont pas des techniciens, ils n’ont pas les compétences requises à la prise en main d’une exploitation agricole dans son ensemble.

Des éleveurs laitiers sous-qualifiés

Ce manque de formation est particulièrement handicapant dans la filière laitière. La gestion des périodes de lactation et de vêlage, la maîtrise des rations alimentaires, la conduite du troupeau, l’hygiène de la traite, sont autant d’éléments qui ont une incidence directe sur la qualité du lait produit et le rendement des vaches laitières. Du fait de ce manque de formation (et de races moins performantes que dans les grandes régions productrices), les vaches russes ne produisent que
3 698 kilos de lait par an, tandis que les animaux français en produisent 6 153. Plus problématique, le lait produit est d’une qualité parfois médiocre, ce qui pousse les industriels à se tourner vers l’importation de poudres de lait au détriment de la production locale. Face au manque d’investissements du gouvernement pour pallier cette faiblesse, les industriels ont décidé de prendre les choses en main. Le 21 mars dernier, la coentreprise franco-russe Danone-Unimilk a ainsi annoncé la création d’un centre de formation dédié au lait dans la région de Lipetsk (Russie). Cette académie sera opérationnelle dès 2012, et profitera d’un budget de 1,3 million d’euros. Selon l’entreprise, ce projet permettra d’augmenter la production de 7 % environ, et d’améliorer la qualité du lait. Lactalis, aussi, aide au quotidien les éleveurs à parfaire leurs techniques de production et la conduite de leur troupeau.

Manque de moyens en logistique

Mais le manque de formation n’est pas le seul obstacle que les agriculteurs russes doivent surmonter. Les représentants de plus de 25 régions de la filière viande bovine russe se plaignent d’ailleurs des infrastructures insuffisantes dans le pays. « La logistique n’est manifestement pas capable de suivre le rythme de la production de viande ». La Russie est un pays immense, le transport des marchandises est une vraie préoccupation. La troisième limite, et pas des moindres, est aussi évoquée par les représentants russes de la filière. Elle concerne l’organisation de la filière. Les professionnels impliqués dans l’élevage du bétail sont contraints de s’occuper « de tout, de la production de l’alimentation animale de l’abattage-découpe et du commerce en gros et en détail ». Cette structuration de la filière « coûte cher et n’est pas toujours efficace ». La quatrième limite vient dans le prolongement de la troisième : elle concerne spécifiquement l’industrie de l’abattage. « En Russie, on ne sait pas faire la découpe de la viande », explique un professionnel russe.

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