Des chercheurs de l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) ont présenté une étude sur le gaspillage alimentaire en ville, le 8 juin à Paris. Sur la base de trois scénarios prospectifs, des interrogations ont émergé, notamment sur la cohérence entre les leviers et l’objectif de réduction du gaspillage.
« On peut imaginer que les filières poussent au gaspillage alimentaire car derrière, il y a une valorisation économique des biodéchets », a expliqué Stéphane Guilbert, un des coordinateurs de l’étude de l’Inra sur le gaspillage alimentaire en ville présentée à Paris, le 8 juin. Dans le cadre de cette étude, les chercheurs ont imaginé différents scénarios d’évolution de la gestion du gaspillage alimentaire en ville.
Valorisation des biodéchets
Le premier scénario est la poursuite de la « métropolisation dans un contexte mondialisé ». Dans ce scénario, le paysage alimentaire de la ville s’appuie essentiellement sur l’agro-industrie « laissant peu de places aux alternatives ». Le gaspillage alimentaire est « important ». « La valorisation des biodéchets est confiée à des opérateurs spécialisés qui se rémunèrent sur les services de collecte et de traitement plutôt que sur le retour vers l’agriculture », lit-on dans l’étude. Dans le deuxième scénario, les villes intermédiaires se rapprochent du monde rural et de nouveaux nœuds urbains se mettent en place. Des bioraffineries se développent et s’approvisionnent des biodéchets urbains et de la biomasse agricole. « Puisque les biodéchets sont devenus une ressource à valeur marchande, tous les acteurs mettent en avant la valorisation intelligente des ressources non consommées, rendant secondaire la prévention du gaspillage ». Dans le dernier scénario, les villes sont en repli. Les collectivités publiques sont endettées et « peinent à assurer les services de base ». Des jardins urbains et des alternatives de transformation de produits agricoles se développent fortement. « Les biodéchets produits à l’échelle du quartier sont utilisés pour l’agriculture et l’élevage urbains ».
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Dans tous les scénarios étudiés par les chercheurs de l’Inra, des interrogations portent sur la cohérence entre les leviers d’action et l’objectif de réduction du gaspillage alimentaire. « Les mesures favorables à la réduction du gaspillage à la source […] devront être cohérentes avec les exigences de sécurité sanitaire », préconise notamment le rapport. Or, cette cohérence est remise en question lorsque les pouvoirs publics et/ou les financements sont insuffisants pour mettre en place un contrôle. Par ailleurs, la cohérence doit être trouvée entre l’intérêt économique de la valorisation des biodéchets et l’incitation à limiter leur production en amont, notamment les déchets issus du gaspillage alimentaire. Sur ce point, Stéphane Guilbert rappelle que dans les trois scénarios, le risque est d’inhiber les effets attendus d’une politique de lutte contre le gaspillage alimentaire.
En 2050, deux tiers de la population mondiale vivront en ville. Pour l’heure, les biodéchets urbains sont rarement valorisés.
Des piliers d’activation pour lutter contre le gaspillage alimentaire sont identifiés
Les chercheurs de l’Inra ont identifié neuf leviers pour réduire le gaspillage alimentaire en ville dans un rapport présenté le 8 juin à Paris. Il s’agit notamment de l’assouplissement des cahiers des charges de la grande distribution pour « ouvrir le marché aux produits ayant des défauts d’aspects ». D’autres outils, économiques et financiers, sont préconisés comme des redevances ou des taxes, pour « responsabiliser les opérateurs (ménages, restaurateurs, collectivités, gestionnaires de déchets…) ». Des leviers relatifs à la formation et à la sensibilisation sont aussi préconisés par l’Inra à destination de tous les publics. Enfin, des outils technologiques devraient faire l’objet de l’attention des opérateurs de la lutte contre le gaspillage alimentaire. Les chercheurs citent par exemple les emballages « actifs ». Contrairement aux emballages traditionnels, ils peuvent entrer en interaction avec le produit lui-même en réponse à des changements du milieu environnant. L’objectif est d’allonger et de contrôler la péremption des aliments.