Chahutée depuis plusieurs mois, et désormais dépourvue de direction générale, la jeune organisation Coop de France se fait fort de tenir le cap. Son président, Philippe Mangin, entend respecter le calendrier et placer la nouvelle union sur les rails le 1er janvier prochain, comme prévu. Il appelle par ailleurs les coopératives à accélérer le chantier des concentrations, qui doit favoriser l’émergence de leaders dans chaque filière. « Nous n’y arriverons pas sans incitations », prévient-il. A bon entendeur…
Le directeur général de Coop de France, Alain Chalendon, a jeté l’éponge le 21 octobre au cours d’un conseil d’administration difficile. Nommé il y a à peine un an, il a souhaité donner une autre orientation à sa vie professionnelle, annonce Philippe Mangin. Au-delà de cette explication par trop convenue, le président de Coop de France confie que le chantier coopératif a dû lui sembler « un peu long et difficile », doux euphémismes au regard des vifs débats internes qui agitent la nouvelle organisation depuis son lancement. En cause : le projet d’aller plus loin dans l’intégration des fédérations par la mise en place d’une union au lieu de l’organisation partagée, qui avait été initialement envisagée Agra Industrie n°71 du 1er juillet 2004. Au-delà des problématiques budgétaires, « pour lesquelles les solutions tardent », la construction de Coop de France se heurte à la diversité du paysage coopératif et de ses fédérations, concède Philippe Mangin. On ne peut pas davantage « ignorer le poids des hommes » et la multiplication des centres de décision – puisque les conseils d’administration de chaque fédération doivent valider les décisions – ce qui fait que la démarche repose sur « la recherche permanente d’un consensus », admet Philippe Mangin.
Ce dernier a, une nouvelle fois, sollicité l’approbation par ses administrateurs de la construction de la « maison commune ». Conforté par l’obtention de 27 voix contre cinq, le président a assuré garder le cap. Nous devons « remembrer nos organisations professionnelles, les adapter au nombre et aux attentes des agriculteurs…La construction de Coop de France participe à cette préoccupation», argue-t-il.
Mission
Plusieurs fédérations qui avaient opté à l’origine en faveur d’un statut d’adhérents associés pour une période de trois ans, avaient choisi avant l’été de camper sur des positions attentistes. Au vu de la nouvelle mouture de Coop de France qui leur était proposée, elles exprimaient leur crainte d’être vidées de leurs moyens et donc de leur contenu. Si certaines n’excluaient pas de se retirer du projet, aucune n’a finalement pris ses distances, assure Philippe Mangin.
De bonne source, on indique qu’elles ont obtenu satisfaction sur la question du droit de vote qu’elles réclamaient et dont elles avaient été privées dans l’état premier du projet Agra Industrie n°74 du 22 juillet 2004. Il semble que ce soit la décision de la Confédération des coopératives vinicoles de France, un temps hésitante, de rejoindre les rangs des adhérents associés, qui ait pesé dans la balance. Les 15 fédérations conventionnées devraient bénéficier d’une convention de base à laquelle devraient s’ajouter des services à la carte, mais il se pose encore désormais la question du fonctionnement de l’ensemble, souligne-t-on.
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Il semblerait aussi, par ailleurs, que le président d’In Vivo, M. Fosseprez, ait été chargé d’une mission auprès de Philippe Mangin pour faire le point sur la situation et trouver des solutions permettant à Coop de France de rebondir.
Quant aux autres fédérations (céréales-appro, alimentation animale, déshydrateurs, bétail et viande), qui ont accepté l’intégration avec l’ancienne CFCA, elles doivent procéder prochainement aux modifications statutaires en ce sens, l’objectif étant que cette union soit effective le 1er janvier prochain.
Des leviers financiers
Au-delà de la création d’une maison commune, les coopératives françaises doivent accélérer les mouvements de concentration, exhorte Philippe Mangin. Selon l’Observatoire économique de la coopération, 42 rapprochements ont été recensés dans le secteur au cours des neuf premiers mois de 2004 contre 36 pour la même période en 2003. A titre de comparaison, les acquisitions ou cessions de filiales, et autres formes de partenariat avec des entreprises non coopératives ont fortement augmenté cette année : leur nombre a grimpé à 33 contre 18 au 30 septembre 2003. A ce jour, une trentaine d’entreprises affiche un chiffre d’affaires supérieur à 300 millions d’euros.
Cette concentration est nécessaire pour faire émerger des leaders, mais « nous n’y arriverons pas sans incitations», avertit le président de Coop de France. Non sans avoir rappelé que bien des choses ont été tentées dans les secteurs en crise (porc, volaille) et qu’une réflexion est menée dans le lait, il renvoie la balle aux pouvoirs publics. Ces leviers, qui ne peuvent être que financiers, doivent être mobilisés pour des « projets cohérents », des « opérations structurellement gagnantes », nuance-t-il.