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Quelques opportunités, et beaucoup d’incertitudes pour la filière apicole

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Difficile pour l’heure d’évaluer toutes les conséquences du coronavirus pour la filière apicole, entre la fermeture de marchés, et une activité freinée par le confinement. Si les points d’inquiétude sont nombreux, la crise pourrait cependant renforcer l’intérêt des consommateurs pour ces produits à l’image saine.

Du côté des conditionneurs, si la demande de la grande distribution semble plus soutenue, les chiffres précis manquent encore. David Besacier, président du Syndicat français des miels (SFM), estime, à titre d’exemple, que son entreprise a vu ses commandes augmenter de « 7 à 8 % ».

Henry Clément, porte-parole de l’un des syndicats apicoles, l’Unaf, veut partager cet optimisme. « Même s’ils ne sont pas considérés comme prioritaires, les produits apicoles sont toujours très recherchés par les consommateurs, non seulement le miel, mais également la propolis, ou la gelée royale. » Une tendance confirmée par le cabinet Nielsen, qui prévoit une hausse de popularité des produits aux « promesses alternatives » suite à la crise.

La filière doit-elle se réjouir ? Pas si sûr, tempère Eric Lelong, président d’Interapi, pour qui ces mouvements pourraient être expliqués par le changement de canaux de commercialisation. « Il n’est pas exclu que les gens qui ne peuvent plus se fournir en vente directe achètent maintenant en grande distribution », analyse Eric Lelong.

Le renforcement du made in France

Ce qui est certain, en revanche, c’est que la crise va affaiblir la concurrence étrangère. « Nous avons du mal à trouver toutes les qualités de miel à l’international, et nous avons des délais rallongés de livraison, notamment sur l’origine Italie », confirme David Besacier.

Des difficultés qui vont renforcer mécaniquement la position des produits français sur le marché. « C’est une bonne chose, puisqu’il y avait des stocks dans les régions Ouest et Nord-ouest », souligne Eric Lelong.

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Dans ce contexte favorable au made in France, l’Unaf rappelle justement que Paris attend toujours le retour de la Commission sur son nouveau projet d’étiquetage des miels. « La crise doit nous conduire à privilégier les producteurs et les produits locaux, dont le miel en particulier », martèle Henri Clément, qui continue de défendre le projet d’un label Miel de France.

Hausse des coûts de production

Ces opportunités pourraient cependant être remises en cause par les hausses de coûts observées dans les exploitations. « Le coût des transports a explosé, ça ne facilite pas le travail et si on n’écoule pas la production, on ne pourra pas continuer comme ça longtemps », déplore Eric Lelong.

Côté conditionneurs aussi, la production est plus compliquée. « Aucun site de conditionnement n’a fermé. Au sein de mon entreprise, nous avons cependant un problème d’absentéisme sur 35 % des salariés, et nous nous posons la question du chômage partiel », confie David Besacier.

La durée de la crise sera enfin le paramètre déterminant pour comprendre toutes les conséquences sur le secteur, et imposer à certains producteurs de repenser leurs débouchés. « Beaucoup de touristes font leurs provisions de miel en été, sur les marchés, et si les déplacements sont toujours limités, il faudra trouver de nouvelles manières de vendre », prévoit Henri Clément.

« Nous avons du mal à trouver toutes les qualités de miel à l’international »