La solidarité de la filière n’a pas volé en éclats lors de la 33e journée de la Prune qui s’est tenue à Villeneuve-sur-Lot le 23 janvier. Mais les coulisses de ce secteur sont de plus en plus agitées, avec une montée en puissance de la Coordination rurale, tandis que le marché, poussé à la mondialisation, va devenir très concurrentiel.
Rude année 2002 pour la filière du pruneau d’Agen ! En septembre, le groupe Saman et sa filiale lot-et-garonnaise Ibres et Martin ont été rachetés par la coopérative France Prune qui, brutalement, a rompu le tacite équilibre « coopération-privé « de la filière. En concentrant les deux tiers de la mise en marché, France Prune a acquis non seulement une position dominante sur le marché, mais également dans les instances syndicales que sont le Comité économique et le Bureau interprofessionnel du pruneau. Ce « coup d’Etat » a provoqué une vive réaction des trois organisations de producteurs (OP) indépendants, qui représentent 60% des producteurs. Depuis ces événements et poussés par les circonstances, ces OP travaillent ensemble autour d’un fragile consensus pour rééquilibrer les forces dans les divers conseils d’administration syndicaux. Cette action de fond semble en passe d’aboutir puisque les trois organisations, appuyées par la Coordination rurale, qui tient déjà la Chambre d’agriculture du Lot-et-Garonne, se livrent à une intense bataille pour prendre le contrôle du Syndicat national des pruniculteurs (GED). Selon nos informations, et alors que les élections des délégués de secteur se poursuivront jusque mi-février, le bloc des contestataires compte actuellement seize voix contre sept d’obédience France Prune. L’enjeu de cette bataille est réel puisque la prise de contrôle du GED assurerait celle du Comité économique du pruneau.
La mondialisation se saisit du pruneau
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Le groupe des contestataires se défend de toute position « belliqueuse ». Ce n’est pas un putsch, répètent les protagonistes. Il n’empêche que, discrètement, on évalue les rapports de force en sachant que les prochaines discussions risquent d’être acharnées au sein du Bureau interprofessionnel. Celui-ci doit en effet transformer cette année la taxe parafiscale qui le finance en cotisation volontaire obligatoire (CVO) ou en taxe fiscale pure et simple. Mais ces rivalités, aussi internes que souterraines, ne sont pas les seuls motifs d’inquiétude de la filière. L’accord douanier entre l’Union européenne et le Chili, entré en vigueur le 1er janvier dernier, ouvre la porte communautaire à plus de 20 000 tonnes de pruneaux, à des prix environ 40% moins élevés que les productions française ou californienne. En conséquence, il a été demandé à l’Union européenne d’étendre les règles de mention d’origine, valables en France depuis 30 ans, à l’ensemble du territoire de l’Union. De même, la Commission est sollicitée pour participer au financement de démarcation du pruneau français, renforcé depuis décembre par une IGP accordée quelques heures après la signature de l’accord douanier.