Spécialisée dans le raifort, qu’elle distribue en GMS et épicerie fine, Raifalsa vient d’acquérir Alélor, dernière moutarderie d’Alsace. Le petit mange donc le gros, puisque Alélor, qui produit 81 000 tonnes de moutarde, réalise 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires, contre 700 000 pour Raifalsa. Cette société familiale, TPE de 5 employés (comme sa proie), compte sur cette opération pour amorcer un nouveau virage et par un effet de synergie conquérir la France. Raifalsa commercialise en effet 80 % de ses produits en Alsace.
Cette opération est un réel virage pour l’entreprise ». Marie-Claude Trautmann mesure ses mots et réfrène tout emballement. La TPE (très petite entreprise) qu’elle dirige, Raifalsa, vient pourtant de s’ouvrir de nouveaux horizons. Du haut de ses 700 000 euros de chiffre d’affaires annuels, cette société familiale vient de s’offrir Alélor, 1,7 million d’euros de chiffre d’affaires. C’est la grenouille qui mange le bœuf.
150 tonnes de produits finis par an
Basée à Mietsheim, Raifalsa transforme chaque année une centaine de tonnes de raifort qu’elle achète auprès d’une vingtaine d’agriculteurs répartis en Alsace et regroupés au sein de la coopérative Alsaraifort. De cette racine, sorte de radis « géant et difforme », de la même famille que le radis noir, l’entreprise produit 150 tonnes de produits finis. En bocaux de verre, en tube, ou en sceaux, le raifort haché et en purée se vend nature, en mayonnaise, à la sauce rémoulade ou en moutarde. Un ingrédient aujourd’hui vendu à 80 % en Alsace, 19 % en France et 1 % à l’export – à Londres et New-York –, surtout entre l’automne et le printemps. Et commercialisé via la GMS, dans les rayons frais d’Auchan ou de Cora, et la RHF « 30 % dans l’un et 70 % dans l’autre, à la louche », indique Marie-Claude Trautmann. Raifalsa fournit ainsi des enseignes d’épicerie fine, comme Hédiard ou Fauchon, qui vendent le raifort sous leur propres marques. Mais pour les néophytes de la cuisine alsacienne, une question se pose : à quoi sert le raifort ?
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Etoffer sa gamme
Inconnu dans de nombreuses régions du pays, « ce condiment est beaucoup utilisé dans les pot-au-feux, et dans les choucroutes, mais sert aussi à faire du fromage au raifort, ou encore de la vinaigrette », explique la dirigeante. Des débouchés qui restent somme toute assez réduits. D’où l’opportunité d’élargir sa gamme pour s’ouvrir des perspectives de croissance… et de mettre la main sur Alélor, dernière moutarderie alsacienne. Juridiquement « Société des frères Stumpf », cette autre TPE, située à Ingolsheim, près de Strasbourg, produit de la moutarde douce depuis 1873 sous la marque Alélor (Alsace et Lorraine), positionnée sur le même marché que la Savora et autres moutardes condiments. Développée par Coop d’Alsace, cette société réalise aujourd’hui 50 % de son activité dans le négoce de « cornichons âpre-doux et la betterave, 50 % dans la moutarde en petit conditionnement pour les charcutiers » et produit 81 00 tonnes de moutarde par an. Amenée à déménager de son site, sa cession était « envisagée depuis quelque temps». « Son rachat était naturel », indique Marie-Claude Trautmann.
350 000 euros investis
« Par rapport à notre savoir-faire, il y aura des synergies évidentes », précise-t-elle. Situé sur une niche, Raifalsa entend désormais « structurer son marché » et veut prendre son envol. Objectif : conquérir le marché national, en étendant ses produits dans le circuit GMS. La société entame donc sa mue. 350 000 euros sont investis pour accueillir Alélor : sa surface d’exploitation va passer de 1 500 à 2 000 mètres carrés. Et pour se donner les moyens de ses ambitions, l’entreprise double ses effectifs et se dote pour la première fois d’un service commercial.