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Salaisons/Stratégie Ranou, centenaire et à la tête d’un outil très automatisé

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Le salaisonnier Ranou, gros fabricant de jambon pour les enseignes Intermarché vient de célébrer ses 100 ans d’existence. Retour sur un siècle de commerce puis d’industrie du porc, dans une usine extrêmement automatisée.

Monique Rannou ne passe que très rarement dans l’entreprise de Saint-Evarzec (Finistère). Elle et son mari sont officiellement en retraite depuis 1998. Mais à la célébration, fin septembre, des 100 ans de l’entreprise – du moins le centenaire de l’affaire familiale –, le couple avait repris sa place aux côtés des 570 salariés permanents de l’entreprise, du président Jean-Pierre Ropars et des représentants de l’unique actionnaire de Ranou SA depuis neuf ans, ITM (Intermarché).

Ranou SA pèse aujourd’hui près de 34 000 tonnes de salaisons ou 140 millions d’unités de vente consommateurs vendues (prévision 2005), et revendique la seconde place de la charcuterie LS du marché français. La société n’affiche plus de croissance annuelle à deux chiffres, comme ce fut la règle dans les années 1990. Mais « notre progression devrait atteindre 5 % cette année, après une croissance de 3,5 % l’année dernière », précise Jean-Pierre Ropars.

Pour satisfaire son actionnaire et quasi unique client, l’industriel breton a progressivement organisé son process pour intervenir sur tous les segments du marché, du premier prix au plus haut niveau de qualité en passant par le hard discount. L’industriel saint-évarzécois se félicite de son positionnement, à compter de 1992, dans les premiers prix, « cette bonne école industrielle pour la maîtrise des coûts ».

Entrée en lice d’ITM en 1992

Au début des années 1990, les Etablissements Ranou se situent à un moment charnière. Le petit charcutier né en 1905, entré dans la production industrielle dans les années 1970, doit alors investir lourdement. Après le rachat, en 1989, d’une société en dépôt de bilan située à Quimper, Ranou souhaite rapatrier toute l’activité sur le site de Saint-Evarzec. De 8 000 tonnes, Ranou veut se doter d’un outil plus grand et pour boucler son tour de table, s’associe avec un industriel espagnol. D’importants travaux s’engagent, mais l’Espagnol fait faux bond. C’est le moment choisi par ITM pour entrer en lice. Intermarché figure déjà comme le premier client de Ranou « avec 20 % environ du chiffre d’affaires », se souvient Jean-Pierre Ropars.

Au début des années 1990, la structure industrielle du groupement de distributeurs indépendants vise à sécuriser ses approvisionnements alimentaires. Les Rannou et Jean-Pierre le Roch, patron fondateur d’Intermarché, signent l’entrée d’ITM dans le capital de Ranou à hauteur de 35 %, avec une montée progressive prévue jusqu’au départ en retraite de Monique Rannou, en 1998.

L’entrée du groupement des Mousquetaires chez Ranou fait fuir plusieurs des clients de l’entreprise vers d’autres opérateurs. Mais son nouveau partenaire lui apporte rapidement des volumes de substitution. « La nouvelle usine avait été construite pour approvisionner le libre-service qui peu à peu s’imposait aux produits du rayon à la coupe ».

L’entreprise avait lancé une activité de préemballé dès 1975, alors que la coupe dominait encore largement. En 1985, elle lance sa marque, « Monique Ranou ». Aucune coquetterie à enlever un « n » de son nom, seulement le souci marketing d’optimiser l’impact visuel du nom sur le packaging.

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En quatre ans, Ranou double sa production à 15 000 tonnes de salaisons, soit le volume maximal du site et procède alors à plusieurs extensions industrielles pour atteindre 26 000 mètres carrés en 2001.

résoudre le problème des emplois peu attractifs

« Nous avons un outil très industriel, très automatisé, souligne Jean-Pierre Ropars, même pour l’encaissage », ce qui représente une exception en France, selon lui. L’usine ne travaille que 130 références, « ce qui est très peu au regard de notre volume », concède Jean-Pierre Ropars, et les lignes fonctionnent 6 jours sur 7 depuis la mise en place, en 1997, d’un accord d’annualisation du temps de travail à 32 heures par semaine, accord qui a été reconduit.

Ranou fait en permanence la chasse « à la sur-qualité dès l’achat des pièces de découpe, fait à 75 % dans le Grand Ouest et 25 % en Europe », précise M. Ropars. En outre, l’industriel a régulièrement innové ces dernières années pour coller au plus près des besoins des consommateurs. Si l’outil reste avant tout une usine à jambons et épaules cuites (45 % des volumes), il fabrique également lardons et aides culinaires (18 %), knacks et cocktails (15 %), saucissons et cervelas (13 %), etc. « Nos aides culinaires, comme des dés ou émincés nature ou parfumés au bacon présentés en doypacks marchent bien, comme nos sachets de saucisses knacks micro-ondables », commente Jean-Pierre Ropars.

La marque « Monique Ranou », portée entre 1998 et 2002 par une publicité télévisuelle annuelle a scellé sa notoriété nationale. Mais les difficultés rencontrées par le Groupement des Mousquetaires en Allemagne, lors de la reprise du réseau de distribution Spar l’ont conduit à réduire l’ensemble de ses coûts. La campagne de publicité a été suspendue jusqu’à nouvel ordre. Elle représentait 54 % du chiffre d’affaires de Ranou -140 millions d’euros prévus en 2005.

La marque « Monique Ranou » pèse plus de la moitié du CA

La marque a légèrement baissé face à la montée des premiers prix (34 % du CA actuellement) et du hard discount (12 %, en stagnation désormais). Toutefois, « notre marque progresse un peu cette année grâce à nos nouveaux produits ». Proche de la saturation, Ranou étudie actuellement une nouvelle extension. Tout en travaillant à la résolution d’un problème social : la difficulté à recruter pour des emplois industriels à la découpe et au désossage, explique Jean-Pierre Ropars.

Malgré la mécanisation en cours et les efforts déployés pour la parité homme-femme, le problème est ardu : « Compte tenu du papy boom qui abaissera le nombre d’actifs après 2008, il nous faut dès maintenant adapter nos postes pour accueillir demain plus de femmes car il y a là une réserve », estime le patron de l’entreprise.