Quatre membres du conseil scientifique chargé de superviser le rapport du HCSP sur les pesticides estiment que le cabinet d’Annie Genevard s’est trop immiscé dans les travaux. Le journal Le Monde confirme, le ministère de l’Agriculture s’en défend et Générations futures demande le départ de Genevard.
La production du volet pesticides du rapport sur les politiques publiques de santé environnementale du HCSP (Haut-commissariat à la stratégie et au plan) a suscité des critiques, au sein même du conseil scientifique (CS) qui a éclairé ces travaux. En annexe de la partie sur les pesticides, quatre membres parmi les huit du CS regrettent que le choix d’intégrer ou non leurs remarques « vont le plus souvent dans le sens d’une minimisation des risques » des pesticides.
Ils affirment que le montant « large » de « plus de 2 milliards d’euros d’aides PAC », indiqué dans le rapport comme contribuant à réduire l’usage de pesticides, est surestimé et « dénué de tout fondement » car il intègre notamment l’écorégime et les Maec. Concernant la nécessité de durcir l’évaluation des risques des substances actives de pesticides, exposée lors d’un brief à la presse (voir par ailleurs), ils estiment que la rédaction finale manque « de clarté ». Pourtant, « l’évaluation réglementaire reste […] souvent en défaveur de la santé environnementale et c’est toute la construction de la preuve dans la toxicité des pesticides qu’il s’agirait de refonder », soulignent-ils.
Les scientifiques indiquent aussi que les conclusions d’une étude sur les liens entre la proximité de vignes et des leucémies infantiles, et d’une autre sur les liens entre l’alimentation bio et la réduction du risque de cancer, ont fait l’objet d’ajouts qu’ils n’avaient pas approuvés et qui reprennent des éléments de nature à les discréditer. Par ailleurs, ils regrettent de « ne pas [avoir pu] aborder le rôle de la biodiversité, de la diversification des cultures, des paysages et taille des parcelles dans la réduction des pesticides » dans ces travaux. « En conséquence, [ce rapport] ne peut donc que guider une décision publique minimaliste », écrivent-ils.
Générations futures veut le départ de Genevard
Selon le journal Le Monde du 30 octobre (article payant), « une part des ajouts imposés aux auteurs du rapport ont été demandés par le cabinet de la ministre de l’Agriculture, Annie Genevard », dont les éléments sur la PAC. Le cabinet a démenti ces allégations auprès du quotidien avant de déclarer à l’AFP, le lendemain, n’avoir « pas bien saisi la demande du journaliste du Monde ».
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Reconnaissant des échanges à l’initiative du Haut-commissariat « dans le cadre de la relecture du rapport », le ministère ajoute que ceux-ci « n’ont pas visé à "édulcorer" les constats ou les recommandations mais à faire part de remarques afin qu’elles soient applicables, ou juridiquement solides ». Il affirme avoir apporté « son expertise » sur des sujets très techniques, sans remise en cause de l’indépendance du travail des scientifiques et du Haut-Commissariat. De son côté, Le Monde assure avoir consulté des échanges entre des conseillers du ministère et des cadres du Haut-commissariat « jugeant tel passage "pas opportun", demandant la suppression de tel encadré, des ajouts dans telle recommandation ».
Face à cela, l’association de lutte contre les pesticides, Générations futures, s’est empressée de réagir en demandant le départ d’Annie Genevard du ministère de l’Agriculture. « Générations Futures demande au Premier Ministre de la remplacer au plus vite par un ou une ministre aux positions équilibrées, rigoureuses et réellement soucieux de l’intérêt général et de l’indépendance scientifique des experts », appelle l’association dans un communiqué le 31 octobre. Pour Générations futures, cet épisode vient confirmer que « Annie Genevard semble avoir un problème avec la science et son indépendance ». L’association estime que la ministre « entame sérieusement » l’indépendance de l’Anses en décidant, par un décret en juillet, qu’elle pourra établir par arrêté une liste d’usages prioritaires que l’Anses devra prendre en compte dans son calendrier d’examen des dossiers de demande d’AMM (autorisation de mise en marché de pesticides).
LM, avec AFP