Les organismes génétiquement modifiés (OGM) peuvent effectivement comporter quelques bénéfices pour la santé, mais ces avantages sont difficiles à quantifier, surtout pour les OGM de «première génération» conçus principalement à des fins économiques, estime l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa), dans un rapport . Prudents, les experts de l’Afssa misent essentiellement sur les OGM de la «deuxième génération», présentant un intérêt direct sur le plan nutritionnel ou pour la prévention des maladies.
Chargée d’évaluer les risques liés à la consommation par l’homme et les animaux des OGM, 19 chercheurs de l’Afssa se sont penchés sur quatre cas d’OGM déjà sur le marché ou en cours d’évaluation et susceptibles d’apporter des bénéfices en termes de santé par rapport aux produits conventionnels : les plantes résistantes aux insectes, la betterave tolérante au glyphosate, le riz doré enrichi en précurseurs de la vitamine A et les microorganismes génétiquement modifiés, comme les levures, bactéries ou moisissures utilisées dans certaines préparations pharmaceutiques ou produits alimentaires.
«L’analyse de ces quatre cas d’école fait apparaître qu’il existe effectivement des données suggérant que les OGM considérés puissent apporter des bénéfices pour la santé humaine, mais que la quantification de ces bénéfices est difficile à réaliser, surtout pour les OGM de première génération, dont on n’a pas cherché à modifié la composition nutritionnelle», conclut le rapport. «Dans la plupart des cas, cette évaluation quantitative paraît très difficile, pour ne pas dire hors de portée».
Le maïs Bt moins contaminé par les mycotoxines
Parmi les bénéfices, difficilement quantifiables dans l’immédiat, les experts relèvent, dans le cas des plantes résistantes aux insectes, la réduction significative de l’emploi de produits phytosanitaires. L’Afssa rapporte qu’aux Etats-Unis, la réduction de la quantité d’insecticides entre 1995 (année qui précède l’introduction des variétés Bt) et 1999 est estimée à 1 200 tonnes, soit 14 % de la quantité totale utilisée, et le nombre de traitements a été réduit de 22 %. A ce jour, aucun problème de résistance de la pyrale n’a été mis en évidence aux Etats-Unis. Concernant le coton Bt, la quantité de produits insecticides répandus et le nombre de traitements ont été divisés par trois en Chine, s’accompagnant d’une réduction des problèmes de santé des cultivateurs. Le deuxième bénéfice mis en avant par l’Afssa est une moindre contamination du maïs Bt par des mycotoxines, notamment les fumonisines. « Les résultats des études disponibles sont incontestables », souligne le rapport. La raison : une plante fortement attaquée par les insectes est fragilisée et va favoriser la prolifération de moisissures productrices de mycotoxines. Dans le cas du maïs Bt, c’est le contraire. Certains chercheurs ont observé « une meilleure croissance chez le porc et le poulet nourris par du maïs Bt qui était moins contaminé en fuminosine que du maïs conventionnel », souligne l’Afssa.
Betteraves OGM : un avantage pour l’agriculteur, pas pour le consommateur
En ce qui concerne la betterave résistante au glyphosate, aucun bénéfice supplémentaire pour le consommateur n’est attendu par rapport à une betterave traditionnelle puisque les procédés d’épuration et de cristallisation de ces plantes conduisent à une absence de résidus détectables d’herbicides dans le sucre blanc. Par contre la question reste posée pour l’agriculteur et pour l’environnement. Le gyphosate, du fait de ses caractéristiques physico-chimiques (faible solubilité dans les matières grasses et faible volatilité) présente un risque plus limité pour l’agriculteur. En revanche, sa plus grande solubilité et stabilité dans l’eau en font un pesticide susceptible de contaminer l’environnement, d’autant que le Roundup est connu pour avoir un effet nocif pour la faune aquatique. «On relève que le glyphosate est de 5 fois à 3 300 fois plus soluble dans l’eau que les herbicides conventionnels» de la betterave selon la base de données Agritox.
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Riz doré : le projet doit se poursuivre « dans la sérenité »
Quant au riz doré, l’Afssa rappelle toutes les controverses qui existent autour de ce projet d’augmenter la teneur en vitamine A d’un riz transgénique, afin de participer à la lutte contre la carence en cette vitamine qui a atteint 124 millions d’enfants en 1992 selon l’Unicef. Le débat porte sur la quantité de riz OGM qu’il faudrait ingérer pour pallier la carence en vitamine A. «Selon les hypothèses retenues, la consommation journalière de riz doré nécessaire pour remédier aux carences en vitamine A va de 90 à 4 500 g. La consommation journalière moyenne de riz étant de 250 à 300 g, une telle fourchette permet évidemment à tous les protagonistes de produire des chiffres conformes à leur point de vue». Pour l’Afssa, il est important que ce projet se poursuive «dans la sérénité avec les encouragements critiques de l’opinion publique» aux côtés d’autres projets, par exemple la mise en marché d’huile de palme rouge, développée par l’IRD (Insitut de recherche et de développement) de Montpellier.
Miser sur les OGM de deuxième génération
L’Agence française compte en revanche sur les OGM de «deuxième génération» pour apporter des bénéfices plus visibles pour les consommateurs. «Il est évident que dans un avenir proche, émergeront des OGM conçus pour présenter un intérêt direct sur le plan nutritionnel ou en termes de prévention de pathologies», estime l’Afssa, qui cite pèle-mêle des variétés de riz et de soja hypoallergéniques, des protéagineux renfermant une plus grandes quantité d’acides aminés indispensables, des oléagineux dont la composition en acides gras est en passe d’être modifiée afin d’obtenir des huiles de table de meilleure qualité ou des «alicaments» permettant d’envisager des formes de vaccination orale, plantes résistantes à une salinité excessive ou à la sécheresse.
Il faudra alors pour ces OGM de deuxième génération conduire une évaluation réelle des bénéfices et risques pour la santé, «et s’interroger sur la possibilité d’obtenir les mêmes bénéfices par d’autres stratégies», soulignent les experts français.