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Prix et marges Réactions contrastées au rapport Besson

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La publication, le mois dernier , du rapport Besson sur la formation des prix alimentaires a entraîné des réactions opposées de la part des industriels et des distributeurs. Les premiers se sont félicités, par la voix de l’ANIA, de ce que cette étude révèle le rôle d’amortisseur des hausses de matières premières joué par l’industrie agroalimentaire. La FCD, au contraire, a contesté la méthode et les conclusions de cette étude qui a conduit le ministère de l’Agriculture à désigner les distributeurs comme des boucs émissaires dans ce débat sur les récents mouvements de hausse.

Après 20 années d’inflation très basse en Europe qui ont habitué le consommateur à payer peu cher des produits de bonne qualité, les deux dernières années ont été marquées par une hausse sans précédent des prix des matières premières. Cela a changé la donne et entraîné des questionnements légitimes sur les prix des produits alimentaires », a remarqué l’Ania dans un communiqué saluant le rapport Besson sur la « Formation des prix alimentaires», présenté par le ministre de l’Agriculture Michel Barnier et Eric Besson, secrétaire d’Etat chargé de la Prospective, de l’Evaluation des politiques publiques et du Développement de l’économie numérique. « Ce rapport nous semble à cet égard apporter un éclairage nécessaire et pertinent. Dans le contexte de débats, parfois polémiques, que nous connaissons depuis plusieurs mois, nous ne pouvons que saluer l’initiative de Michel Barnier, commanditaire de cette étude », a commenté Jean-René Buisson, président de l’Ania.

Le rapport Besson, en se penchant sur les mécanismes de la formation des prix, permet d’identifier clairement, pour une liste de produits déterminée, les marges tout au long de la chaîne, de l’agriculteur au distributeur.

Transformant plus de 70 % de la production agricole française, les entreprises de l’alimentaire ont été fortement impactées par la volatilité des prix des matières premières.

Bien que cette hausse ait eu un impact sur les coûts de revient des produits, l’industrie agroalimentaire n’a répercuté sur le prix consommateur, en moyenne et de manière différée, qu’un quart des hausses de prix des matières premières subies sur deux ans. Le rapport Besson apporte la preuve que le surplus a bien été absorbé par les entreprises.

« Outre le fait de mettre en exergue la réelle formation des prix consommateur et d’identifier les marges là où elles se font véritablement, ce rapport apporte une analyse comparative avec l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne qui a le mérite de contredire certaines idées reçues... Il est enfin confirmé, par exemple, que le niveau des prix consommateurs est le même en France qu’en Allemagne », précise Jean-René Buisson.

La FCD refuse le rôle de bouc émissaire

Au contraire, la réaction de la Fédération des entreprises du Commerce et de la Distribution a été très négative au lendemain de la sortie du rapport Besson. Dans un communiqué, elle a contesté les méthodes de l’étude sur la formation des prix alimentaires car «à aucun moment, les commerçants n’ont été consultés lors de la réalisation de cette étude, qui a pourtant nécessité 10 mois.» La FCD s’étonne que l’étude ait été rendue publique sans aucun lien avec l’Observatoire des prix et des marges qui a pourtant tenu sa première réunion quelques jours plus tôt pour adopter son programme de travail. La FCD rappelle à cette occasion qu’elle avait demandé, depuis plusieurs années, la mise en place d’un tel Observatoire sur les prix et les marges à tous les stades de la filière. Elle a elle-même donné de nombreux éléments sur les prix et participé à de nombreuses études (Ofimer,Interbev).

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Pour la FCD, « l’affirmation du ministère de l’Agriculture selon laquelle la difficulté ne saurait venir que de la “grande distribution” est certainement de nature à satisfaire les secteurs de production dont il a la charge, mais elle ne correspond pas à la réalité. »

Sur le fond, les entreprises membres de la FCD « n’acceptent pas, une fois de plus, d’être désignées comme des boucs émissaires» et estiment que si, dans certaines zones, l’offre commerciale est limitée, « c’est en raison de la réglementation d’Etat issue des lois Royer-Raffarin » qui encadrent l’implantation des centres commerciaux.

La FCD indique qu’il y a un problème sur le porc et le jambon, secteur déformé par l’intensité et la fréquence des actions de promotion (qui ont fait l’objet d’une étude de l’interprofession). Par ailleurs, souligne-t-elle, « la gamme de prix est très ouverte de 1,90 euro le kg à 16 euros, ce qui montre la concurrence sur les marges».

Selon la FCD, « le secteur de la transformation du porc est enfin plutôt concentré, contrairement à ce qui est dit ».

La FCD récuse également l’affirmation selon laquelle « les prix de détail apparaissent pratiquement indépendants des prix agricoles », « comme si la forte hausse des prix agricoles et du pétrole intervenue en 2007 ne pouvait avoir d’effet sur les prix ».