Le rapport de la Commission européenne publié le 17 décembre 2013, se montre prudent sur l'opportunité d'étendre l'étiquetage d'origine obligatoire à toutes les viandes utilisées comme ingrédients dans les plats cuisinés suscite des réactions opposées. D'un côté, le Centre de liaison de la transformation des viandes de l'UE salue sa prudence qui ne prévoit pas de mesures législatives contraignantes. De l'autre, en France, le Syndicat national des industries de la viande (Sniv) regrette que celui-ci ne prenne pas en compte les attentes des consommateurs en matière de bonne information.
LE RAPPORT sur la possibilité d'étendre l'étiquetage d'origine obligatoire à toutes les viandes utilisées comme ingrédient publié par la Commission européenne (voir Agra alimentation du 19 décembre) présentant trois scénarios devant être débattus avant que de prendre des mesures législatives, a été accueilli diversement. Ainsi le Centre de liaison de la transformation des viandes de l'UE se félicite que celui-ci ne prévoit pas de mesures législatives en la matière. Le lobby de l'industrie européenne de la transformation des viandes estime qu'une telle législation serait « inutile, disproportionnée et “impacterait” négativement les prix à la consommation et la compétitivité de l'industrie de transformation ». Robert Volut, président du Clitravi (1), y voit « une bonne base pour les discussions à venir avec les États membres et le Parlement européen ». Celui considère que le rapport fournit une « description équilibrée du problème, en tenant compte de tous les éléments majeurs tels que les intérêts des consommateurs et leur volonté de payer, les coûts supplémentaires pour les entreprises et l'impact sur le commerce ». Le patron du Clitravi souligne que le rapport met en évidence « les énormes charges que l'introduction d'une législation obligatoire du pays d'origine des viandes utilisées comme ingrédients dans les préparations imposerait aux entreprises du secteur ». À ses yeux, il n'est vraiment pas approprié – surtout dans le climat économique actuel – de réclamer une législation imposant l'étiquetage obligatoire de l'origine pour la viande utilisée comme ingrédient. Ce serait inutile, disproportionné et cela pourrait avoir un impact négatif grave sur les prix à la consommation et sur la compétitivité de l'industrie de transformation de la viande de l'UE, ce qui entraînerait des pertes d'emplois et des obstacles à la reprise économique. Pour Robert Volut, l'étiquetage obligatoire de l'origine n'est de toutes les façons pas un outil pour assurer la sécurité alimentaire et la qualité des aliments ni à dissuader les opérateurs alimentaires véreux. Et de conclure : « Maintenant que nous avons sur la table une image claire de la situation, nous appelons les États membres et le Parlement européen à discuter de l'étiquetage de l'origine de la viande comme ingrédient avec un esprit ouvert, sans préjugés rigides et sans dogme afin de garantir des arrangements pratiques et réalisables ».
(1) Par ailleurs président de la FICT (Fédération française des industriels charcutiers-traiteurs)
« Pour 90% des Français, la connaissance de l'origine des ingrédients et la mise en place d'une traçabilité du produit font partie des critères les plus à même de rassurer les consommateurs sur la qualité des produits alimentaires », selon une récente étude menée par l'Ipsos du 30 septembre au 7 octobre 2013 auprès d'un échantillon de 1.005 personnes représentatif de la population française âgée de 15 ans et plus. L'étude révèle que 7 Français sur 10 se disent inquiets de ne pas réussir à se procurer une alimentation saine pour leur santé. Si pour 41% d'entre eux la qualité des produits alimentaires s'est améliorée sur le sujet depuis ces 5 dernières années, 62% estiment toutefois manquer d'information sur la qualité des produits. Selon Ipsos, les « crises alimentaires successives nourrissent une réelle anxiété : un Français sur quatre se dit très inquiet de connaître d'autres crises alimentaires ». 59% des consommateurs déclarent se poser « souvent » des questions sur les ingrédients et 42% de ne pas ou plus acheter un produit ayant un doute le concernant. Au rang de leviers de la réassurance des consommateurs, l'Ipsos note que « hormis le prix », les critères qui influencent le plus la décision d'achat sont : le plaisir (57%), l'origine des ingrédients (46%), le lieu de fabrication (45%), les informations concernant les ingrédients (41%) et la marque du produit (38%). Au final, dans un contexte de crise, la plus grande attention accordée aux ingrédients et au lieu de fabrication aurait autant progressé que celle accordée au prix.
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Le rapport de Bruxelles n'est par contre pas accueilli avec le même sourire par les responsables du Syndicat national des industries de la viande (Sniv). Ces derniers regrettent que même si ce rapport souligne « la forte attente des consommateurs européens – plus de 90% – sur la mention du pays de production de la viande sur les étiquettes », il n'est en définitive accompagné d'aucune proposition législative. Ils déplorent notamment que les bureaucrates de Bruxelles ont rapidement écarté l'option 2 du rapport (qui prévoit l'introduction de l'obligation d'indiquer sur l'étiquetage que l'origine des viandes utilisées comme ingrédients est : « UE/non UE ») car elle engendrerait « des coûts sans apporter suffisamment de valeur ajoutée au consommateur ». En ce qui concerne la différenciation entre les options 1 (statu quo: maintien de l'indication de l'origine sur une base volontaire) et 3 (obligation d'indiquer spécifiquement sur l'étiquetage l'Etat membre ou le pays tiers d'origine), le syndicat des industrie de la viande reproche au rapport de s'appuyer sur une analyse des coûts supposés pour les fabricants de plats cuisinés qui seraient augmentés de 15 à 50% sans qu'aucune justification de ce chiffrage soit avancée. Sans parler des charges engendrées par les contrôles supplémentaires pour les Etats membres, des coûts pour lesquels le consommateur ne serait pas prêt à payer et des contraintes pour les opérateurs en plus de l'impact de cet étiquetage pour les importateurs... Bref, un rapport complètement à charge aux yeux des patrons du Sniv qui ne voient pas d'un bon œil le sort qui serait réservé dans les prochaines semaines à ce dossier par les fonctionnaires de Bruxelles. À moins, espèrent-t-ils, « que le Parlement Européen ne réussisse à renverser la vapeur, secoué en cela par les ardeurs des députés français, pour certains franchement motivés ».
LES REGRETS D'AGNÈS LE BRUNAgnès Le Brun, députée européenne – en pointe sur ce dossier au niveau de la commission « agri » du Parlement européen-– a de son côté regretté les atermoiements de la Commission européenne. « J'étais intervenue en amont dans ce dossier car le projet disponible en octobre 2013 ne contenait aucune proposition concrète, et le dossier avait été momentanément bloqué. Le rapport définitif qui vient de sortir n'a subi aucun changement substantiel », déplore-t-elle. Selon la maire UMP de Morlaix, la Commission européenne « continue de gagner du temps en renvoyant la balle au Parlement et ne se montre pas très franche sur ce dossier dans la mesure où si elle se défend de refuser l'étiquetage d'origine de la viande dans les plats préparés, elle se comporte par ailleurs comme si ce projet était déjà enterré » . Agnès Le Brun promet qu'elle restera mobilisée sur ce sujet et a rappelé qu'elle a proposé avec d'autres collègues une résolution en commission « agriculture » du Parlement européen, laquelle résolution demande à la Commission européenne d'étendre l'étiquetage obligatoire de l'origine aux viandes utilisées dans les plats préparés. Selon elle, « seul un meilleur étiquetage de l'origine de la viande dans les plats préparés permettrait de restaurer la confiance des consommateurs et de valoriser les filières viandes européennes ». A titre de rappel, sur la base des discussions qui devront intervenir sur ce dossier au sein du Conseil des ministres de l'UE et du Parlement européen dans les prochaines semaines, la Commission européenne examinera la possibilité, le cas échéant, de présenter ou pas une proposition législative visant à réglementer l'origine des viandes utilisées comme ingrédients dans les plats préparés.