Alors que Pascal Lamy, le directeur général de l’OMC, s’efforce de jouer les médiateurs pour éviter l’échec des pourparlers multilatéraux sur la libéralisation des échanges, les dirigeants des plusieurs pays développés et émergents devaient tenter eux aussi de sortir de l’impasse à l’occasion du sommet du G-8 à Saint-Pétersbourg. Le principal négociateur de l’UE, Peter Mandelson, reste décidé, de son côté, à se rapprocher le plus possible - mais sous conditions - des demandes des pays émergents du G-20 pour l’accès au marché agricole. Un exercice périlleux, car, prises telles quelles, celles-ci auraient des conséquences catastrophiques sur l’agriculture européenne. Quant aux Américains, ils affirment qu’ils sont prêts à améliorer leur offre sur le soutien interne, tout en continuant de lier cet éventuel effort à une baisse drastique des droits de douane de leurs partenaires.
Lors des pourparlers qui se sont tenus à Genève du 29 juin au 1er juillet dernier, les représentants de la Commission européenne ont déclaré aux autres négociateurs qu’ils pourraient rapprocher l’offre de réductions des droits de douane agricoles de l’UE de 39% de la demande du G-20, c’est-à-dire une diminution moyenne de 54%.
Cette avancée, ont-ils ajouté, implique toutefois que l’Union obtienne ce qu’elle juge essentiel en matière d’accès au marché, à savoir : un traitement satisfaisant des produits sensibles (écart entre leur baisse tarifaire et celle des autres produits et mode de calcul de l’accroissement des quotas d’importation) ; réductions dans la bande tarifaire la plus élevée, où se trouve la plupart des produits du secteur bovin, ne dépassant pas 60% ; clause de sauvegarde spéciale pour la viande bovine, la volaille, le sucre et les fruits et légumes ; protection plus élevée pour les indications géographiques de l’UE.
Les représentants de la Commission ont également rappelé que cette adaptation de l’offre européenne était étroitement liée à des résultats satisfaisants en ce qui concerne la baisse du soutien interne, du côté américain principalement, et au parallélisme dans la suppression d’ici la fin de 2013 des différents types d’aides à l’exportation.
L’impact catastrophique de l’offre du G-20 pour l’UE
Si l’UE acceptait l’intégralité de l’offre du G-20 sur l’accès au marché, l’impact négatif pour l’agriculture de l’offre européenne serait plus que doublé, reconnaît la Commission :
- les recettes tirées du marché communautaire pour la viande bovine chuteraient de 58% et celles pour la volaille de 43%. L’élevage bovin extensif, en Irlande et dans le centre de la France, serait anéanti et la production de volaille disparaîtrait de l’UE.
- les conséquences en seraient dramatiques pour les céréales, dont les deux tiers de la production communautaire est utilisée pour l’alimentation animale. Parallèlement à une baisse des recettes de marché de quelque 25%, des stocks de céréales importants et très coûteux se constitueraient à concurrence de plus de 50 millions de tonnes d’ici 2014.
- le total des recettes de marché agricoles tomberait à 37 milliards d’euros, soit plus de deux fois le niveau des pertes découlant de l’offre présentée en octobre dernier par l’UE. Le revenu agricole chuterait de 20 à 25% et quelque 500 000 emplois pourraient être perdus dans la chaîne d’approvisionnement.
Etats-Unis : « nos partenaires ne veulent-ils pas comprendre ? »
« La semaine dernière (à Genève), les Etats-Unis ont signalé plus d’une fois leur disposition à modifier leur offre sur les subventions nationales à l’agriculture », a affirmé le 7 juillet Susan Schwab, la représentante américaine au commerce.
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« Est-ce que nos partenaires ne l’ont pas entendu, ou n’ont-ils pas voulu comprendre que cette disposition est liée à l’exigence d’un accès au marché plus important ? », s’est interrogée Mme Schwab.
« Je me réjouis de voir une souplesse et une évolution de la position américaine », a réagi le lendemain la ministre française déléguée au commerce extérieur, Christine Lagarde.
« Mais on attend de voir sur pièces parce qu’on a déjà (eu) dans le passé des annonces, des indications de mouvement, sans que cela se soit véritablement concrétisé en pratique » dans les négociations à l’OMC, a ajouté Mme Lagarde.
Pressions au plus haut niveau
Selon George W. Bush, « le cycle de Doha de l’OMC » devait être « l’un des sujets discutés» au sommet du G-8 (Allemagne, Canada, Etats-Unis, France, Italie, Japon, Royaume-Uni, Russie), du 15 au 17 juillet à Saint-Pétersbourg, où étaient également invités les chefs d’Etat et de gouvernement brésilien, chinois, indien, mexicain et sud-africain.
Dans cette perspective, les représentants des organisations professionnelles et coopératives agricoles de l’UE (Copa-Cogeca) ont écrit à la chancelière allemande, Angela Merkel, qui devait s’entretenir le 13 juillet avec le président américain, pour lui demander de s’opposer à toute concession supplémentaire de l’UE sur l’accès au marché et de faire pression sur son interlocuteur pour que les Etats-Unis acceptent « une limitation équitable de leurs prix garantis ».
Des copies de cette lettre ont été adressées au président français, Jacques Chirac, et au président de la Commission européenne, José Manuel Barroso.
Les dirigeants du Copa-Cogeca, qui doivent être reçus le 19 juillet par M. Mandelson, ont également écrit aux ministres de l’agriculture des Vingt-cinq, qui se retrouvent le 18 juillet à Bruxelles (1), pour qu’ils « exhortent» le commissaire au commerce, « à ne pas dépasser son mandat de négociation à l’OMC ».
Faisant valoir que ses estimations sont pratiquement identiques à celles de la Commission, le Copa-Cogeca affirme que la proposition du G-20 provoquerait une diminution d’un quart du revenu des agriculteurs de l’UE, soit un montant supérieur à l’ensemble des aides découplées qui leur sont accordées.