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Dossier récolte 2011 Récolte 2011 de céréales : de lourdes pertes dans les terres peu profondes

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Les dernières estimations d’Agreste concernant la récolte de céréales à pailles en France font état d’une baisse de 12% des productions par rapport à 2010. Cependant, les rendements sont très disparates selon les régions, et selon les terres. Concernant la sécheresse, ce sont les terres superficielles qui ont le plus souffert. Les sols profonds, ayant de bonnes capacités à retenir l’eau, auraient plutôt bien tenu le coup. Lors de la maturation du colza, des orages ont pu entraîner de l’égrainage par endroit, ce qui a fortement diminué les rendements. Enfin, les récentes pluies ont tendance à retarder les récoltes, notamment en blé, alors qu’elles étaient initialement prévues avec quinze jours d’avance en raison des fortes températures printanières.

«Des amplitudes de rendements importantes pour toutes les espèces de la région normande sont observées », explique Philippe Hallé, responsable du service agronomique chez Cap Seine. Selon lui, la réserve hydrique des sols et le bon entretien de la fertilisation font la différence. « Les sols biens équilibrés en éléments nutritifs, NPK, mais aussi en calcium, en magnésium, en oligoéléments ainsi qu’en matière organique, ont encore fait la différence en termes de rendements cette année », souligne Philippe Hallé. De grandes disparités de rendements sont rapportées entre les parcelles, c’est d’ailleurs la tendance générale au niveau français. « Des déficits hydriques locaux ont été relevés, avec une pointe entre avril et mai. C’est en juin que le retour des pluies a permis une reprise ou un maintien des cultures, mais par endroit le mal était fait », indique d’ailleurs Philippe Hallé.

Le nord de la France a bien résisté à la sécheresse

« Les rendements d’escourgeons s’étalent de 20 à 105q/ha » d’après Philippe Hallé. La récolte d’orges d’hiver est réalisée à 50% dans la région, pour un rendement moyen attendu à 80q/ha. Mais « la meilleure partie reste à récolter ». Dans la zone de collecte de Cap Seine, des rendements faibles sont rapportés dans « les petites terres », mais dans les sols limoneux ayant de bonnes réserves hydriques, les rendements sont corrects. « Les poids spécifiques des escourgeons sont satisfaisants, sauf en petites terres », insiste Philippe Hallé. La collecte devrait être moindre sur cette espèce avec des rendements en baisse de 5 à 10q/ha par rapport aux deux dernières années, cependant il y a des hectares en moins sur cette culture en 2011, assure Philippe Hallé. Selon lui « en colza, quelques parcelles ne devraient produire que 15q/ha, environ 1% des parcelles seraient en dessous des 20q/ha ». Il reste deux tiers des colzas à récolter sur le périmètre de Cap Seine. Les rendements vont de 15 à 58q/ha, mais en moyenne devraient être supérieurs à l’an dernier, à environ plus de 40q/ha. « Malgré de grandes disparités avec des extrêmes bas, des records sont attendus à plus de 60q/ha en colza », souligne Philippe Hallé. En blé, chez Cap Seine les premières récoltes concernent les plus mauvaises terres, et sont réalisées sur moins de 5% des emblavements. Pour le moment, les rendements vont de 25 à 95q/ha, ce qui laisse présager une suite meilleure ; « ce n’est pas une année catastrophique », insiste Philippe Hallé. Selon lui, « les poids de mille grains (PMG) sont corrects mais pas exubérants, c’est surtout la très bonne fertilité des épis qui fera le rendement cet année. Pour conclure, les rendements en blé devraient être proches de la moyenne des 5 dernières années ».

Dans le Nord-Est les rendements sont catastrophiques en terres légères

« Sur les sept départements que compte le périmètre de Champagne Céréales, la sécheresse a abaissé les rendements sur des niveaux catastrophiques », souligne Jean-Luc Jonet, directeur terrain chez Champagne Céréales. Selon lui, les terres légères constituées de sables, de grès ou de cailloux ont particulièrement souffert. Ceci a entraîné de fortes disparités des rendements entre les types de sols. « En escourgeons, pour les qualités brassicoles, au terme de la collecte on atteint un niveau moyen de rendements entre 73 et 74q/ha, ce qui est équivalent à l’année précédente à 73q/ha », indique Jean-Luc Jonet. De plus, les qualités brassicoles sont correctes. Concernant les colzas, « la collecte est réalisée à 70% et la qualité est satisfaisante », selon Jean-Luc Jonet. Les rendements s’établissent autour des 40q/ha, ce qui est mieux que les 35q/ha de 2010, mais ce chiffre ne prend pas en compte les endroits touchés par la grêle. En effet, « le 20 juin la région a subi un orage accompagné de grêle ayant entrainé jusqu’à 100% d’égrainage du colza par endroit », explique Jean-Luc Jonet. Pour les pois d’hiver et de printemps la collecte est réalisée à 62% et les rendements sont assez mauvais. « Plus on avance plus c’est mauvais », souligne d’ailleurs Jean-Luc Jonet. Les rendements moyens sont estimés à 35q/ha, contre 49q/ha en 2010. En blé, les composantes du rendement sont inférieures à l’année précédente. Enfin, les orges de printemps voient leur nombre de pieds et d’épis baisser fortement. « Le potentiel de rendement est très atteint », d’après Jean-Luc Jonet.

Dans l’est, les pluies ralentissent les moissons

« Un peu plus de la moitié de la récolte est réalisée. Les travaux avancent, mais les récentes pluies ralentissent leur avancée », explique Philippe Michonneau, responsable agronomique de la Scara. Selon lui, la tendance n’est pas trop mauvaise mais ce n’est pas définitif. « Du nord de Troyes aux frontières de la Marne on remarque de gros écarts de rendements entre le sud et le nord où il y a eu moins de pluies », indique Philippe Michonneau. Dans son bassin de collecte, les colzas devaient atteindre des rendements moyens de 45 à 55q/ha. Mais le 28 juin, des orages accompagnés de grêle ont entraîné de l’égrainage et de la verse. « Certaines parcelles sont tombées à 15 ou 20q/ha alors qu’elles étaient promises à atteindre les 50q/ha », déplore Philippe Michonneau. Un tiers des surfaces en colza ont subi la grêle, la qualité est bonne mais les rendements disparates. Les escourgeons, qui concernent de faibles surfaces sur le périmètre de la Scara, sont très précoces et leurs rendements pourraient aller de 70 à 90q/ha avec une moyenne qui devrait s’établir entre 80 et 85q/ha. Les qualités sont bonnes avec un calibrage correct et un taux de protéines de 10,2 à 10,9%. Pour le blé, les rendements varient beaucoup entre les parcelles et devraient s’établir en moyenne entre 70 et 75q/ha contre environ 86q/ha de moyenne sur les cinq dernières années. Concernant les orges de printemps, le rendement moyen devrait s’établir entre 50 et 55q/ha soit une baisse de 20q/ha par rapport à l’habitude. De plus, des teneurs en protéines trop élevées risquent de freiner les débouchés brassicoles.

Les rendements français vus par un négociant français

Avec un périmètre de collecte qui s’étend sur un peu plus de vingt départements, Soufflet Agriculture permet une vision un peu plus globale de la moisson française en 2011. Son périmètre de collecte s’étend de la Lorraine à la Bourgogne, plus tout le contour du bassin parisien, la Picardie, la Haute Normandie, le Centre, et jusqu’à la côte Atlantique. Dans ces régions, les rendements moyens en colza s’établiraient à 32q/ha, en hausse de 2% par rapport à 2010, avec une qualité normale, indique Thierry Berger, directeur marketing et communication externe chez Soufflet Agriculture. Pour le blé, le rendement moyen serait de 65q/ha, en baisse de 15% par rapport à 2010 où la moyenne nationale atteignait les 74,5q/ha, souligne Thierry Berger. Cependant, il insiste sur l’extrême hétérogénéité de la récolte, en expliquant qu’il est difficile de se prononcer tant qu’elle n’est pas réalisée à 100%. En revanche, selon lui, la qualité s’améliore avec un poids spécifique de 78 kg/hl, en hausse de 1,5 par rapport à 2010, et un taux de protéines à 11,8%, en hausse de 0,75% par rapport à l’an dernier. Les escourgeons verraient leurs rendements moyens s’établir entre 62 et 63q/ha, en baisse de 10% par rapport à 2010 lorsqu’ils atteignaient les 71q/ha. En revanche, les calibrages sont très corrects, à 80-85%, et le taux de protéines s’établit à 10,8%, soit un peu plus que l’an dernier, indique Thierry Berger. Enfin, les orges de printemps, dont les rendements moyens sont attendus de 50 à 52q/ha, en baisse de 25% par rapport à 2010 à 69-70 q/ha, ont des calibrages corrects à 85-90%, légèrement au-dessous de ceux de l’an dernier, mais surtout un taux de protéines à 11,1%, soit 1% de plus que l’an dernier.

FranceAgriMer a donné ses estimations de récoltes 2011

Selon les chiffres de FranceAgriMer, au 5 juillet, la région Centre pourrait tabler sur des rendements moyens en blé tendre de 61q/ha. Ce qui sur 692 500ha pourrait amener la production à atteindre les 4,21Mt dans le Centre. Tous orges confondues, FranceAgriMer estime à 58q/ha les rendements moyens dans la région Centre, pour une production attendue à 1,31Mt sur 225 500ha. Toujours selon l’office, en Picardie le rendement moyen en blé tendre s’établirait à 76q/ha, amenant la production 4,08Mt sur 540 000ha. Pour les orges, tous confondus, le rendement picard moyen serait à 66q/ha et la production toucherait les 654 000t sur 99 000ha. Enfin, du côté du Poitou-Charentes, les rendements moyens en blé tendre seraient tombés à 49q/ha selon les estimations de FranceAgriMer. La production atteindrait les 1,982Mt de blé tendre sur 402 500ha. Pour les orges, les rendements moyens toucheraient les 44q/ha pour une production totale de 376 330t sur 84 600ha.
Globalement toutes les cultures de céréales à paille, ainsi que les pois, ont souffert du climat sec du printemps en France. Une mention spéciale pour les orges de printemps qui enregistrent les plus fortes baisses de rendements d’une année sur l’autre et dont les qualités brassicoles souffrent, notamment au niveau des taux de protéines. Si les cultures de blé sont pour le moment peu avancées, des pertes de 10 à 15% de rendement sont déjà annoncées au niveau français. Cependant, un climat favorable au remplissage des grains a pu ou pourra rattraper en partie ces pertes en améliorant les PMG. Si les pertes sont importantes, elles ne sont pas catastrophiques, notamment grâce au retour des pluies en juin qui ont permis dans certains cas de limiter les dégâts. Enfin, les niveaux de qualité devraient conditionner les débouchés des productions, et ceux-ci ne sont pas encore définis.

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