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Céréales Récolte décevante en blé tendre, plus réussie en orge

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En ce début du mois d’août, la moisson française est quasiment achevée. Les résultats sont très corrects en orge et en blé, mais ne répondent pas toujours aux espoirs qu’avait fait naître l’état des champs quelques mois plus tôt. Les rendements sont inégaux. Cette année, c’est le nord de la France qui semble le plus favorisé.

La récolte 2008 surprend, déçoit parfois. Quoi qu’il en soit, elle s’annonce très supérieure à celle de l’an dernier. Les premières estimations post-récoltes font état, en blé tendre, d’un volume se situant autour des 37 Mt. Le 23 juillet, alors que le nord de la France était loin d’avoir terminé de moissonner, le cabinet d’études Tallage/Stratégie grains évaluait la moisson à 36,9 Mt. Une semaine plus tard, la société de conseil Agritel publiait un chiffre de 37,95 Mt, obtenu après un sondage téléphonique effectué entre le 24 et le 29 juillet. Les 30,7 Mt récoltées en 2007 ne sont donc plus qu’un souvenir. Ces bonnes perspectives cachent néanmoins d’importantes disparités à travers l’Hexagone, tout particulièrement en blé tendre.

Les rendements ne sont pas au rendez-vous

Chez Soufflet, Patrick Pariat résume : « Tout ce qui est au nord d’une ligne qui passe par Chartres et Reims est correct, mais au Sud, nous sommes déçus ». Dans l’ensemble, la qualité est plutôt satisfaisante. Les poids spécifiques atteignent des niveaux très acceptables, les taux de protéines sont un peu faibles sans être catastrophiques et les craintes relatives à la contamination par les mycotoxines se révèlent peu ou pas fondées. Mais ce sont les rendements qui déçoivent. Dans de nombreuses zones, les collecteurs attendaient davantage compte tenu de l’état des champs en cours de campagne. Très souvent, les terres profondes hydromorphes n’ont pas résisté aux excès de pluie, dans l’est de la France notamment.

Problème de minéralisation

En blé tendre, Soufflet enregistre un rendement moyen de 75 à 77 q/ha. Un résultat terne, alors que le nombre d’épis étaient là, et que la récolte s’annonçait belle quelques semaines auparavant. « Nous pensons qu’il y a eu une mauvaise minéralisation de l’azote », signale Patrick Pariat. A ce phénomène, se sont ajoutées des températures fraîches à floraison et de mauvaises pluies. « La fécondation a eu lieu, mais le grain ne s’est pas formé », constate le professionnel. A raison de deux à quatre grains vides par épis, le compte est vite fait. Contrepartie de ces rendements médiocres : une certaine qualité. Un peu plus au nord, Jean-Luc Jonnet, directeur terrain chez Champagne céréales, n’est pas plus enthousiaste. A fin juillet, seuls 60 % de la récolte de blé tendre étaient faits, mais si la qualité promettait d’être très correcte (12,2 % de protéines, 78 kg/hl de PS) les rendements s’annonçaient d’ores et déjà hétérogènes. « Pour le moment, la moyenne voisine 74 q/ha, comme en 2007, signale le responsable. Or, les bonnes années, nous tournons à 80 q/ha ».

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Les petites terres favorisées

Même analyse en Bourgogne. Chez 110 Bourgogne, le rendement moyen est compris entre 65 et 70 q/ha, avec de grosses disparités selon la profondeur des terres. « Les petites terres ne s’en sortent pas trop mal, avec des potentiels estimés à 50 q/ha qui ont fourni des rendements de 60 q/ha, tandis que les terres profondes ne suivent pas, signale Matthieu Berlin, chez 110 Bourgogne. Les potentiels approchaient de 65 q/ha, alors que les rendements tournent autour de 55 q/ha. » Robert Bilbot, chez Dijon céréales, est également déçu par les résultats obtenus dans les bonnes terres de plaines, où il manque 5 à 10 q/ha. « En blé tendre, nous obtenons un rendement moyen de 7 t/ha, indique de son côté Denis Courzadet, chez Epis-Centre. Nous sommes contents, mais le potentiel sous les pieds était au-dessus de ça, plutôt à 7,5 t/ha ». Là aussi, les explications manquent. Compte tenu des cours attractifs, les agriculteurs n’ont pourtant pas traité leurs cultures à l’économie. La coop a par exemple vu ses ventes d’intrants progresser sur cette campagne. Faut-il repenser les outils de modélisation ? Pour François Thomas, responsable technique chez Civray-Capsud, dans la Vienne, ils ont vraiment apporté un « plus ». « Dans certaines situations, nous serions intervenus trop tard », estime-t-il. Le professionnel se montre plutôt satisfait du rendement moyen de sa coop, situé à 67 q/ha. Mais il déplore toutefois une qualité sanitaire un peu faible, avec de nombreux grains fusariés. Philippe Ballanger, chez Syntéane, se dit quant à lui content. Sans atteindre des records, les rendements tournent autour de 65 q/ha contre 60 à 63 q/ha en année normale. « C’est un bon crû », estime-t-il.

Le tiers nord globalement satisfait

Mais c’est dans le gros tiers nord de la France que les collecteurs affichent le plus de satisfaction. Pierre Toussaint, responsable collecte chez Agralys, estime le rendement moyen à près de 80 q/ha, sachant qu’à fin juillet, il restait 10 % de la zone de collecte à récolter. « Nous sommes pratiquement sur les niveaux de 2004, décrit-il. C’est une année qui ne sera pas record, mais très bonne, néanmoins ». Seul petit bémol : le taux de protéines, qui ne dépasse pas 11 %. Pas d’inquiétudes pour autant : « Nous sommes dans les clous pour la commercialisation », indique le professionnel. Chez ValFrance, l’année est également qualifiée de « très bonne », avec des rendements à 85 voire 90 q/ha de moyenne, contre 77 q/ha pour la moyenne des cinq dernières années. La qualité suit. Déçus ou non, les collecteurs vont augmenter leur volume de collecte par rapport à l’an dernier. Ce qui devrait leur permettre de mieux rentabiliser leurs installations, et peut-être, d’améliorer leurs résultats.