Filière dynamique depuis plusieurs années, le lait de brebis affiche un record de collecte pour la dernière campagne 2019-2020. Un travail de désaisonnalisation est par ailleurs en cours pour être en adéquation avec la demande.
La production de lait de brebis a atteint 294 millions de litres lors de la dernière campagne qui court du 1er novembre 2019 au 31 octobre 2020, indique à Agra Presse Benoît Baron, chargé d’études au département économie de l’Institut de l’élevage. La production a progressé de 2 % (+6 millions de litres) par rapport à la campagne précédente.
Après un premier pic en 2017-2018 à 290 millions de litres, puis un léger déclin, il s’agit d’un « record de collecte » pour la filière, analyse le spécialiste. Cette croissance s’explique par un début de campagne très vigoureux. « À la mi-campagne, il y avait 9 millions de litres d’avance par rapport à la précédente, observe Benoît Baron. Mais cette dynamique a été quelque peu freinée par la crise sanitaire. »
Une campagne en deux temps
« La collecte est habituellement très saisonnalisée et la campagne 2 020 a connu une évolution en deux temps », explique Sébastien Bouyssière, animateur de France Brebis laitière, association préfigurant une possible interprofession nationale. « Sur la première période, la croissance a été forte, en lien avec un démarrage précoce des lactations et des conditions climatiques favorables à la production. Sur la seconde partie, la tendance a été plutôt baissière », observe-t-il. Ce ralentissement s’explique par trois éléments.
Tout d’abord, les transformateurs essayent d’inciter les producteurs à décaler la production pour lisser le pic de mars-avril et coller au mieux avec les consommateurs qui demandent des produits toute l’année. La stratégie semble gagnante. "Depuis plusieurs années, nous constatons que les livraisons commencent plus tôt, en lien avec la demande des transformateurs, indique Sébastien Bouyssière. Alors mécaniquement, avec un pic de collecte avancé, le reste de l’année est moins dynamique."
Ensuite, le premier confinement strict de mars-avril mis en place par le gouvernement français pour faire face à l’épidémie de Covid-19 a conduit les transformateurs à être quelque peu frileux sur leur capacité à absorber les volumes supplémentaires. Ils ont alors incité les producteurs à maîtriser la production. Ce qui a été chose faite. Enfin, les conditions météorologiques n’ont pas été propices en seconde partie de campagne à la production de lait de brebis du fait de coups de froid qui ont joué sur les lactations.
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Pour le début de campagne 2020-2021, la tendance observée est, comme pour la campagne précédente, à la hausse avec un avancement des lactations. « Les coups de froid en janvier devraient entraîner un léger ralentissement mais la campagne démarre de façon positive », se réjouit l’animateur de France Brebis Laitière.
Une consommation dynamique
Cette croissance de la production s’inscrit depuis plusieurs années dans une tendance structurelle tirée par une demande qui s’accroît. Si le fromage AOP Roquefort reste le produit phare, sa consommation en France comme ses exportations sont stables, voire sur une pente descendante. « Sur le long terme, le roquefort peine à conquérir un public jeune », analyse Benoît Baron de l’Institut de l’élevage. D’autres produits à base de lait de brebis ont pris le relais.
« Il y a un très fort développement des fabrications de fromages frais en saumure [fromages à salade de type feta, NDLR]. Les fromages hors appellations sont également très dynamiques », illustre l’économiste. « Les produits ultrafrais, qui absorbent 10 % de la collecte, sont également en forte croissance ces dernières années, tout comme les fromages à pâtes pressées non cuites et les pâtes molles », renchérit Sébastien Bouyssière.
Tous ces produits absorbent une partie croissante de la production de lait de brebis français. Et certains demandent que la collecte soit moins saisonnière. Si l’organisation de la filière Roquefort prévoit un remplissage des caves lors du pic de production puis un déstockage au fur et à mesure de l’année et que la fabrication d’Ossau-Iraty est interdite certains mois, « la fabrication de produits ultra-frais accepte moins les coupures de collecte. Il y a un besoin de travailler sur la saisonnalité », prévient Benoît Baron.