Abonné

Recul inédit des surfaces de bio en France

- - 6 min

Pour la première fois en quinze ans les surfaces cultivées en bio sont en repli, de 2 %. Cette baisse est essentiellement portée par l’élevage et les grandes cultures. Elle va de pair avec une stagnation de marché, malgré l’essor de la vente directe.

Les surfaces bio ont baissé de 2 % en 2023, ce qui représente une perte de 54 000 ha, a indiqué l’Agence bio en conférence de presse le 13 juin. Cela porte la surface agricole utile (SAU) bio à 2,8 millions d’hectares (Mha), soit 10,4 % de la surface agricole française – contre 10,5 % l’an passé. Parmi ces 2,8 Mha de SAU bio, 11 % sont en conversion (0,3 Mha). Un chiffre « en baisse de 30 %, hypothéquant le réservoir de croissance du bio », souligne l’Agence bio dans un dossier de presse.

Au total, on compte 61 000 fermes engagées en tout en en partie en agriculture biologique, soit 14 % des fermes françaises. « Donc, il nous manque deux millions d’hectares pour atteindre les fameux 18 % d’objectif national que nous avons dans notre plan stratégique national (PSN) », a tenu à rappeler la directrice de l’Agence bio Laure Verdeau.

L’élevage touché de plein fouet

Le repli des surfaces concerne principalement les cultures fourragères (-29 000 ha) et les grandes cultures (-24 000 ha) dont notamment les céréales et oléagineux (respectivement -4 719 ha et -16 792 ha). Dans une moindre mesure, les surfaces de légumes diminuent de 6 % (-3 126 ha).

Pour la première fois en plus de quinze ans, le cheptel de vaches laitières bio diminue (-3 %). En porc, les difficultés sont particulièrement fortes en Centre Val de Loire où le cheptel diminue de 46 % par rapport à 2022. Il baisse de 31 % en Bourgogne-Franche-Comté, et de 27 % dans les Pays de la Loire. Trois exceptions à ce sombre tableau toutefois : les surfaces toujours en herbe pour l’élevage gagnent 46 000 ha, les vignes bio augmentent de 2 700 ha, et les PPAM gagnent près de 500 ha.

Le nombre d’exploitations engagées en agriculture biologique progresse de 2 %, mais à un rythme inférieur à l’an passé (+3,5 %) et bien moindre que les années précédentes. « Le taux de sortie des [producteurs] bio n’a pas du tout flambé puisqu’on est à 5 % de sortie du bio. Historiquement depuis vingt ans on était aux alentours de 4 %. L’an dernier on était monté à 5,80 %, là on est redescendu à 5 % », a souligné Laure Verdeau.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Parmi les sorties de la bio, « la moitié des arrêts » est liée à un changement dans la conduite de la ferme et « un tiers » aux départs en retraite, à quoi s’ajoutent « quelques liquidations ou changements administratifs de l’exploitation », précise l’Agence. Ce taux de sortie de la bio est néanmoins compensé par un taux d’entrée supérieur (+7 %). Également pour la première fois, le nombre d’éleveurs bio diminue (-1 %). Il baisse de 6 % en porcs, de 8 % en truies, de 8 % en poulets de chair, et de 4 % en vaches laitières.

Stagnation du marché

Concernant le marché, la croissance du bio est nulle (+0,0 %) avec « seulement 5 M€ de chiffre d’affaires supplémentaire » par rapport à l’an dernier. Cette stabilité est due à la baisse des volumes vendus (-7 %) conjuguée à l’inflation (+7,7 %), la hausse des prix en bio étant par ailleurs moindre que l’inflation de l’offre globale alimentaire (+11,8 %). La part des dépenses des ménages allouée au bio baisse à 5,6 % (contre 6 % en 2022). Les produits les plus affectés par le recul des ventes au détail sont la viande (-9 %) et les fruits (-2 %).

La bio demeure dépendante de la consommation à domicile à 91 % (92 % l’an passé). Parmi les canaux de distribution, la vente directe continue à se développer. Ce débouché pèse désormais 14 % de la consommation à domicile (12,6 % en 2022), grâce à un chiffre d’affaires en hausse de 8,7 % dû à la progression des volumes. Le chiffre d’affaires des magasins bio spécialisés augmente de 2,2 % (28 % de la consommation à domicile) tandis que celui de la grande distribution baisse de 3,8 % (50 % de la consommation à domicile).

À noter que le nombre de magasins bio spécialisés baisse à nouveau, de 7 %, et redescend ainsi « à son niveau de 2017 avec 2 826 magasins ». La restauration hors domicile représente 9 % du marché. Dans les cantines, la part du bio recule de 1 point (à 6 %), tandis qu’en restauration commerciale la part d’achat de matières bio stagne à 1 % ce qui « n’est pas folichon », a glissé Laure Verdeau.

-24 000 ha de grandes cultures bio

« Trois exceptions à ce sombre tableau »

Cantines : la part du bio recule de 1 point

Bio : la Fnab demande un renforcement des aides vu la baisse des surfaces

Réagissant à la baisse de 2 % des surfaces en bio en 2023 annoncée par l’Agence bio (voir ci-dessus), la Fnab (producteurs bio) appelle le gouvernement, dans un communiqué le 13 juin, à « changer de stratégie » pour soutenir les fermes bio « dans la durée ». Elle pointe notamment le repli des surfaces en grandes cultures (-24 000 ha, NDLR) signifiant « que nous n’avons pas réussi à amorcer la transition des cultures céréalières qui sont aussi les plus consommatrices des herbicides qu’on retrouve dans notre eau potable ». Afin de « protéger » la qualité de l’eau, la Fnab demande à l’État de « s’engager vers un objectif de 100 % des aires de captage en bio en 2030 ». Elle demande au ministère de la Transition écologique de « flécher 100 % » des paiements pour services environnementaux « vers les fermes bio », et réclame à nouveau l’augmentation de l’écorégime bio à 145 €. Enfin, elle demande « dès 2025, l’ouverture d’un programme opérationnel pour le lait bio ». Avec cette baisse de 2 % des surfaces en 2023 la France atteint 10,4 % de SAU agricole en bio, alors que l’objectif inscrit dans le PSN est 18 % en 2027.