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CIC Redonner de la compétitivité au blé pour sauver la production mondiale

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Pour plusieurs des participants à la réunion annuelle du CIC (Conseil international des céréales), qui s’est déroulée à Londres le 8 juin, la production mondiale de blé a tendance à stagner et pourrait ne pas être à la hauteur des besoins dans 40 ans. Pour regagner des volumes, il apparaît donc indispensable d’encourager la productivité, via les OGM en particulier, tout en stabilisant les échanges mondiaux.

«La progression de la consommation de blé est plus rapide que celle de la population ». Ce constat présenté par Vince Peterson, vice-président de l’association des producteurs de blé américain (US Wheat Associates), le 8 juin à Londres lors de la conférence annuelle du CIC (Conférence internationale des céréales), se fonde sur les données du bureau américain du recensement. Et il conduit à penser qu’en 2050, il faudra 250 Mt de blé supplémentaires, soit une hausse de 38 % de la production, pour nourrir les 9,5 milliards d’habitants de la planète. Seulement voilà : « Depuis les années 80, la tendance est à la baisse générale des emblavements au niveau mondial », a souligné le lobbyiste. En 2010, les surfaces équivalent à peu près à celles de 1968, alors qu’en maïs, elles ont progressé de 57 % à 60 millions d’hectares. Qui plus est, alors que la croissance des rendements demeure linéaire en maïs, elle a tendance à diminuer en blé. En Australie, Peter Reading, directeur du GRDC (Grains Research and Development Corporation) constate très concrètement cette réduction. « Entre 1977/78 et 2007/08, l’ensemble des facteurs de productivité a progressé en moyenne de 2,1 % par an, un chiffre très supérieur aux autres matières premières agricoles, qui constituait une performance au niveau international », a-t-il souligné. Sauf que depuis quelques temps, la croissance de la productivité baisse, en raison des sécheresses répétées mais aussi de la réduction des investissements dans la recherche publique.

Des OGM pour accroître les rendements et optimiser les coûts
Afin de relancer la culture au niveau mondial, Vince Peterson compte notamment sur le blé OGM. « La progression des rendements des cultures OGM en maïs et en soja est 2 à 3 fois supérieure à celle du blé », a-t-il indiqué. Selon Peter Reading, si le blé et l’orge doivent rester les cultures phares au nord de la ceinture de blé australienne, il faudra « accroître les rendements et optimiser les coûts de production ». Ce qui signifiera améliorer l’efficacité de l’absorption de l’eau par la plante et l’aider à surmonter les stress biotiques et abiotiques. « Il y aura des opportunités croissantes pour des grains à forte valeur ajoutée comme le blé à haute teneur en amylose ou pour le développement de céréales répondant aux besoins spécifiques des consommateurs », a également estimé le spécialiste. Encore va-t-il falloir que des variétés soient commercialisées. Peter Reading n’attend rien avant 10 ans. Et lorsque la mise en marché aura lieu, ces nouveaux blés devront impérativement répondre aux attentes des consommateurs, sous peine de renouer avec les polémiques rencontrées en maïs ou en coton. Selon un sondage réalisé récemment par l’IFIC (International Food Information Council), 77 % des personnes interrogées seraient d’accord pour acheter du blé OGM… à condition qu’il permette de réduire les utilisations de pesticides. Ce chiffre monte à 80 % si le blé transgénique conduit à produire de « manière durable ».

Les échanges de farine handicapés par les restrictions douanières
Pour Vince Peterson, les OGM ne sont pas la seule piste à même de redynamiser la production du blé. Fluidifier le commerce de la céréale pourrait également aider, notamment en assainissant les échanges de farine. « Ceux-ci sont actuellement encouragés de manière artificielle », a souligné l’expert. Illustration avec le cas kenyan. « Nous avons aujourd’hui un accord asymétrique avec la communauté des pays est-africains (EAC) », a indiqué Diamond Lalji, président de l’association kenyane des meuniers. Celui-ci permet à la Tanzanie et à l’Ouganda de vendre de la farine détaxée au Kenya, tout en imposant à ce pays droits de douane et barrières non tarifaires. Complété par une taxe de 35 % sur les importations de blé, ce système encourage clairement le Kenya à importer de la farine. « Cela conduit à un désinvestissement de l’industrie meunière au niveau national », a souligné Diamond Lalji. Des négociations ont actuellement lieu pour abaisser les droits de douane sur les importations de blé de 35 à 10 %... Mais le gouvernement craint la rébellion des producteurs, habitués à un système protégé. Le Kenya subit également les effets du Comesa (marché commun de l’Afrique de l’Est et du Sud), qui font de l’Egypte et de la Mauritanie ses principaux fournisseurs de farine. « Or l’Egypte ne produit que 50 % de ses besoins et importe le reste à des taux subventionnés », a observé Diamond Lalji. Pour Vince Peterson, « les minotiers ont besoin d’un flux de farine qui ne soit pas perturbé par la corruption, d’un système plus loyal et plus juste ». Faciliter les échanges apparaît d’autant plus capital que le blé du futur ne sera pas produit dans les zones où il sera consommé, compte tenu des différences de conditions pédoclimatiques. Si les échanges de farine ont atteint un record en 2009/2010 à 12,6 Mt, ceux de blé ont été multipliés par 2,5 sur les quarante dernières années… Ce qui pourrait continuer dans les quatre prochaines décennies. A condition qu’il reste du blé à échanger.

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