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Inra Relancer l’intérêt des agriculteurs pour la production intégrée

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Bien adaptés aux attentes de la société, les systèmes de production intégrée sont pourtant moins rentables depuis un an. L’Inra réfléchit aux moyens de redynamiser l’intérêt des agriculteurs pour ce type de technique.

La production intégrée aurait-elle fait long feu ? A l’occasion des culturales organisées à Boigneville en juin 2005, l’Inra présentait conjointement avec Arvalis et les chambres d’agriculture un poster sur la conduite « intrants réduits », qui permettait 80 à 120 euros d’économies d’intrants à l’hectare, et 2 à 4 passages en moins. De tels propos ne pourraient plus être tenus aujourd’hui. « 2007 a tout chamboulé », a observé Gilles Charmet, de l’Inra de Clermont-Ferrand, lors d’une rencontre organisée le 25 février par l’Inra lors du Salon de l’agriculture. Depuis 10 ans, les références s’avéraient en faveur des itinéraires techniques à faibles niveaux d’intrants, mais la hausse des prix et la pression parasitaire de 2007 ont fait mentir la tendance. Promouvoir l’agriculture intégrée risque donc de se révéler encore plus difficile qu’avant. C’est pourtant un mode de production qui correspond bien aux attentes de la société en matière d’environnement.

Elaborer des itinéraires techniques praticables par les agriculteurs

Comme l’a souligné Marion Guillou, présidente de l’Inra, « il faut regagner une crédibilité qui n’existe pas a priori ». Produire mieux, donc, tout en produisant plus sera probablement le credo de l’avenir. Pour Thierry Doré, chef adjoint du département environnement et agronomie, « la mise à l’épreuve est aujourd’hui la vraie question ». Les chercheurs ont construit depuis plusieurs années des systèmes à bas niveaux d’intrants qu’il faut rendre désormais praticables et applicables pour l’agriculteur. « Ce qui est fait dans nos fermes expérimentales n’est pas encore tout-à-fait assez crédible », a indiqué Marion Guillou. D’autant plus que beaucoup d’obstacles jalonnent l’appropriation d’une nouvelle technique. Chercheur en économie à l’Inra de Rennes, Alain Carpentier a rappelé différents freins : l’investissement, les risques et incertitudes liées à la mise en œuvre d’une nouvelle technique chez soi, les réticences de la filière.

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Changement progressif

« Ce qui est important, c’est d’amorcer une forme d’effet boule de neige, car au début, il y a beaucoup de réticences,a souligné le chercheur. Les instruments de politiques publiques peuvent être mobilisés ». Alain Carpentier croit plus à la notion de contrat, incitative, qu’à la mise en place de normes ou d’une réglementation. Le changement ne pourra en tout cas avoir lieu d’un seul coup. Claire Lamine, sociologue à l’Inra de Grignon, a bien indiqué que le passage à ce type de pratique était progressif. « Les agriculteurs enquêtés ont eu tous ou presque des périodes d’expérimentation assez longues », a-t-elle signalé. Et il faudra absolument un accompagnement technique adapté. Pour Marion Guillou, l’institut de recherche devra également faire davantage de « co-innovation », en impliquant « l’ensemble de ceux qui ont quelque chose à dire ».