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Rémunérer les externalités de l’agriculture bio, un chiffrage compliqué

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L’étude sur les externalités de l’agriculture bio (1) de l’Itab et de l’Inra a été présentée à Paris, le 25 novembre. Elle permet de justifier les soutiens aux externalités de l’agriculture bio : non en les chiffrant précisément, mais en balisant les enjeux d’orientation de la future Pac notamment.

« Les soutiens à l’agriculture bio sont largement justifiés sur la base de l’ensemble des externalités », a souligné Natacha Sautereau, chargée de mission à l’Itab, à Paris lors de la présentation du rapport sur les externalités de l’AB qu’elle a coécrit avec Marc Benoît de l’Inra, le 25 novembre. D’autant que le consentement à payer plus cher des produits bio par les consommateurs « ne permet pas d’atteindre un niveau satisfaisant de financement des services à caractère public. » En outre, il exclut une partie des consommateurs.

Pour évaluer les externalités positives et négatives de l’agriculture bio, les experts ont rapporté les valeurs trouvées dans la bibliographie à l’hectare de grandes cultures françaises. L’objectif est de pouvoir comparer les valeurs trouvées dans des publications différentes. Les principaux résultats chiffrés sont les coûts de moindre pollution de l’eau (de 20 à 46 €/ha), l’impact des pesticides sur la faune (43 à 78 €/ha), la valeur du service de pollinisation (de 3,5 à 48 €/ha) ou encore les coûts moindres de chômage liés à l’emploi créé en AB (10 à 37 €/ha).

Des incertitudes

Néanmoins, il est pour l’heure impossible de « calculer un montant de rémunération ». Les experts rappellent que certains résultats chiffrés mériteraient des approfondissements. De fait, certains sont « théoriques » ou, pour ceux issus de la littérature scientifique américaine, « ne sont pas extrapolables à la situation française ». Même lorsque les externalités sont déterminées, les auteurs indiquent que des incertitudes persistent. « Elles sont liées en particulier à la complexité et au manque de données concernant les impacts des pratiques agricoles sur les services écosystémiques », précisent les auteurs. Ces constats amènent les experts à proposer notamment « d’améliorer les dispositifs d’observation et d’acquisition de références sur l’AB, en permettant d’analyser les effets des pratiques mises en œuvre. »

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Le rapport avait été demandé par le ministre de l’Agriculture Stéphane Le Foll pour entamer une réflexion sur les aides bio dans la future Pac post-2020. « Il faut encore approfondir le travail. Mais l’objectif est de mieux reconnaître l’agriculture bio dans la Pac post-2020 », a déclaré Luc Maurer, conseiller au cabinet du ministre, présent le jour de la présentation du rapport. Si l’idée d’un montant de rémunération des externalités positives de l’agriculture bio semble loin de se concrétiser, les travaux engagés se poursuivent. Les auteurs du rapport développent : « L’évaluation économique peut être mobilisée à des fins d’orientations politiques, pour prioriser les actions à mettre en œuvre dans le cadre des Mesures agroenvironnementales. »

De nouvelles pistes

De fait, s’il est difficile de chiffrer une aide directe pour services rendus par l’AB, les experts penchent sur d’autres pistes. « On pourrait concevoir des soutiens à l’AB allant à des aides directes à l’emploi versées par UTA (unité travail annuel) ou à l’embauche », soulignent les auteurs. Une autre idée serait carrément de « relever les montants des aides » pour l’agriculture bio « sans pour autant passer par un chiffrage économique des externalités », mais en « intégrant des coûts de transaction dans le calcul des coûts d’opportunités ».

(1) Les activités agricoles génèrent, parallèlement à la production de biens agricoles, des externalités négatives (coûts sociaux) ou positives (bénéfices) non pris en compte par le marché.

« L’évaluation économique peut être mobilisée à des fins d’orientations politiques », selon les auteurs du rapport