Abonné

Allemagne Renate Künast soucieuse d'assurer une légitimité aux aides agricoles

- - 4 min

L’avenir de l’agriculture passe par la « haute qualité », a déclaré Renate Künast, la ministre allemande de la Protection des consommateurs, de l’Alimentation et de l’Agriculture, en visite le 23 février à Paris. Garantir les bonnes pratiques d’élevage, assurer la qualité des produits et protéger l’environnement sont les seuls critères qui permettront d’assurer sur le long terme une légitimité sociale aux aides agricoles, estime la ministre.

«  La société va de plus en plus se demander : pourquoi on paye ? ». Renate Künast a tenu un mini-discours de politique générale lors de son déplacement à Paris. Avec un message politique fort : «  l’agriculture a un avenir » si elle se dote de soutiens solides, à la légitimité forte. Face à la concurrence accrue que font planer les négociations à l’organisation mondiale du commerce (OMC), la ministre appelle à diversifier les fondements sur lesquels reposent les aides aux agriculteurs : développement rural, énergies renouvelables, biomasse et biocarburants, bois, etc. «  Il est bon que les critères financiers portent sur de nouvelles bases ; il faut viser la haute qualité », insiste Renate Künast sur la base du tryptique suivant : bonnes pratiques d’élevage, qualité des produits («  plutôt que la quantité ») et protection des sols et des eaux.

Un découplage dès 2005

A court terme, la redistribution des aides dans le cadre du système de découplage adopté à Luxembourg (juin 2003) va permettre d’«  expliquer les choses à la population », et «  c’est une bonne chose », explique la ministre devant les journalistes. Ce découplage des aides sera mis en oeuvre en Allemagne dès 2005, avec une période transitoire visant à instaurer une prime régionale à la surface en 2012. Cette prime unique placera sur un pied d’égalité les producteurs de maïs et de fourrage, explique Renate Künast qui souhaite que les deux chambres parlementaires fédérales (Bundestag et Bundesrat) adoptent le dispositif d’ici l’été 2004. Selon la ministre, l’option de découplage retenue par l’Allemagne sera suivie par 8 des 25 Etats membres de l’UE.

Restez au courant en temps réel !

Suivez des thématiques, des projets législatifs, des entreprises et des personnalités pour être notifié dès que nous publions un article.

Satisfaite, Renate Künast l’était également en évoquant le dossier OGM. La ministre allemande s’est félicitée d’être «  en très bonne place au niveau européen » dans la lutte contre les disséminations. De fait, l’Allemagne a été le premier pays européen à annoncer dès janvier un cadre législatif pour la culture des plantes génétiquement modifiées. Quiconque enfreindra les règles d’étiquetage pourra se voir infliger une amende pouvant aller jusqu’à 50 000 euros. L’utilisation d’OGM non autorisés sera passible de 3 ans d’emprisonnement. La philosophie du projet de loi est sans équivoque : « Il s’agit d’appliquer le principe de prévention pour protéger l’agriculture sans OGM », indique la ministre, rappelant que le dispositif allemand prévoit un cadastre recensant les surfaces OGM, un système de responsabilité civile et d’indemnisation des agriculteurs victimes de disséminations d’organismes génétiquement modifiés.

Une étude sur le Gaucho et le Régent

Concernant l’avenir des biocarburants, l’Allemagne utilisera les possibilités de mélange «  autant que possible », a expliqué Renate Künast, ajoutant qu’une importante usine de biocarburants verrait le jour en 2005 dans la République fédérale. Enfin, les tensions sur le prix du lait devaient être au menu de la rencontre entre Renate Künast et Hervé Gaymard le 23 février au soir à Paris. A quelques heures du rendez-vous, la ministre allemande de l’agriculture a évoqué le dossier, expliquant que «  la solution passait peut-être par plus de discipline dans la production de lait dans les Etats-membres » et en étant «  plus près du marché ». Les dossiers « Gaucho » et « Régent » devaient également être abordés, Renate Künast précisant qu’en Allemagne une étude venait d’être lancée pour évaluer les risques de ces insecticides. «  Le cas échéant, nous en tirerons les conséquences », a t-elle ajouté.