L’interdiction de différentes molécules phytosanitaires en agriculture, si elle doit s’accélérer comme le prône le Grenelle de l’environnement, n’ira pas sans poser problème en ce qui concerne différentes cultures. Ou bien elle induira une nouvelle façon de faire de l’agronomie. C’est ce que concluent deux chercheurs de l’Inra rencontrés au 38 congrès des pesticides, à Brest.
«Il est possible de raisonner les interventions sur les phytos, ou alors de créer de nouveaux systèmes » qui limitent leur usage, explique Thierry Caquet. Le chercheur de l’INRA (Unité d’écologie de la forêt, des prairies et du milieu aquatique), rencontré lors du 38 e congrès français des pesticides, carrefour des équipes de recherche françaises qui se tenait à Brest (Finistère), du 21 au 23 mai, étudie les solutions alternatives au « tout chimie » et leur intérêt d’un point de vue agronomique. Selon lui, ce travail est intéressant sur les cultures industrielles (blé, colza, maïs, tournesol, betteraves notamment), poursuit-il. Mais à la condition de « repenser l’agriculture à l’échelle soit de l’exploitation, soit d’un bassin versant, par exemple par l’allongement des rotations de trois à six ans en système blé maïs », ajoute le chercheur. Autres pistes évoquées par Thierry Caquet : la mise en place d’une assurance contre les pertes en cultures pour soutenir des producteurs qui réduisent les pesticides, ou encore la modulation des primes Pac « selon le volume de pesticides utilisé sur l’exploitation ».
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Alternatives difficiles à trouver en fruits et légumes
Le chercheur de l’INRA reconnaît que cette stratégie rencontre des limites surtout dans le domaine des fruits et légumes, où la suppression de molécules peut mener clairement à des impasses techniques, faute de solutions alternatives. Présent également au congrès de Brest, Jean-François Proust, animateur de Forum Phyto, une initiative de la filière fruits et légumes de France, a indiqué que « près de 500 usages phytosanitaires sont mal pourvus ou non pourvus en légumes, principalement des usages mineurs ». Selon d’autres sources, une centaine de ces usages seraient ultra-prioritaires. En d’autres termes, en l’absence de solutions immédiates à l’interdiction de molécules de pesticides (30 dès cette année, la moitié de l’offre d’ici à 2018) sous réserve de trouver des solutions de rechange, certaines productions légumières pourraient s’arrêter, victimes des attaques de la mouche du chou ou du mildiou. Les filières du radis, de la mâche ou de l’oignon pourraient littéralement s’effondrer, pronostique Jean-François Proust.