Si quelques signes de reprise semblent se faire jour sur le marché du porc en France, les cours restent au plus bas en ce début de printemps. Mais la production européenne continue d’augmenter.
Les éleveurs de porcs français, particulièrement les Bretons – ils possèdent plus de la moitié du cheptel français (26,8 millions de têtes) – sont véritablement éreintés par deux années de crise. Leur trésorerie est au plus mal et les frais financiers gonflent démesurément dans leur bilan. Produire un kilo de porc revient actuellement à 1,33 euro, selon les centres de gestion. Or le prix moyen a atteint 1,102 euro en 2002, 1,027 euro en 2003 et reste à ce niveau au début 2004 (1,026 euro le 5 avril), a souligné le Marché du porc breton (MPB) lors de sa récente 32e assemblée générale réunie à Ploufragan, dans les Côtes d’Armor. Même avec la plus-value de 0,15 euro par kilo, les producteurs travaillent encore à perte. Pourtant, une soudaine et irrésistible remontée des cours de 35 % s’était produite entre janvier et mars (1,150 euro le 4 mars), laissant présager une reprise durable. Mais depuis, les cours n’ont cessé de descendre.
« Nous sommes passés d’un cycle de deux bonnes années, une équilibrée, une mauvaise à celui d’une bonne année, une équilibrée et deux mauvaises », constate le directeur du MPB Jean-Pierre Joly. Plus grave : alors que la bonne gestion d’un marché exige d’en connaître tous les leviers, le MPB fait part de son étonnement face aux erreurs de prévisions de la Commission européenne. Elle annonçait 202,3 millions de cochons produits dans l’Union en 2003, soit un léger recul de 0,3 %. Dans les faits, la production aura bondi de 1,3 % à plus de 205 millions de têtes. L’Allemagne et surtout l’Espagne, respectivement numéros 1 et 2 de la production porcine en Europe avec 40,8 et 38 millions de têtes, continuent d’augmenter leur cheptel. Or toute augmentation de production en Espagne, auto-suffisante à 116 %, est destinée à l’exportation. Bien que troisième producteur de l’Union avec 26,8 millions de têtes, la France a exporté en 2003 417 000 tonnes de viande de porcs, des longes notamment, et importé 334 000 tonnes, comme des jambons.
Ecart de compétitivité
Si 2003 a été une année noire pour les producteurs de tous les bassins mondiaux, année aggravée en Europe par la canicule, des écarts de coût de production persistent entre l’Espagne, premier de la classe européenne, et la France, son dauphin. Selon le MPB, la persistance de cet écart compétitif pourrait à l’avenir s’avérer dramatique « pour les producteurs les moins compétitifs et la France n’est pas la mieux placée », a estimé Jean-Pierre Joly.
Les abatteurs français doivent-ils payer plus cher le cochon français ? Présent à l’assemblée générale, l’industriel Jean Floch a clamé, avec son franc-parler coutumier, qu’il ne pouvait « pas faire mieux. Si j’avais dû payer plus cher le kilo de 10 centimes de franc, j’aurais fait faillite », a-t-il lancé, précisant qu’au MPB, « vous voulez inventer le mouton à cinq pattes ».
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Dans la crise, les langues se délient plus facilement, pour s’interroger de plus en plus sur la crédibilité du MPB qui donne un prix à partir de porcs vivants alors que le marché s’exprime, lui, en pièces. Henri le Gléau, président de Pigalys – union de quatre groupements adhérents d’Unicopa –, formule la question autrement : « Alors que les outils sont devenus majoritairement coopératifs, on peut se demander si le lieu véritable de confrontation du prix ne se situe pas plutôt en aval, sur le marché des pièces ».
Quelques signes positifs
Le président du MPB, Jean-Jacques Riou, reconnaît l’existence de ce débat, mais il a fait le choix du vif. Les évolutions sont nécessaires, « mais restent difficiles à mettre en œuvre car il y a quatre-cinq monologues dans le MPB », a-t-il précisé. Il s’est félicité que les groupements aient augmenté de 10 % en 2003 leurs ventes d’animaux au MPB (3,6 millions de porcs l’année dernière). Actuellement, 26 % de la production régionale transitent par ce lieu de confrontation entre l’offre et la demande.
Quelques demandes de regroupement de l’offre – concentration des pièces entre abattoirs coopératifs, ou démarche collective de reconnaissance de la qualité de la viande de l’Ouest – ont été exprimées. Mais dans l’immédiat, chaque lundi et jeudi, jours de cotations au MPB, les producteurs regardent attentivement dans quel sens s’oriente le marché. Quelques signes laissent augurer une reprise des cours, selon Jean-Pierre Joly. La production a reculé de 6,5 % en janvier, de 4 % en février, et les ventes d’aliment porcelet ont chuté de plus de 12 % durant la même période. Ce qui signifie qu’il y aura moins de viande disponible dans les tout prochains mois et que les cours devraient remonter. Mais les producteurs ne veulent plus s’enflammer.