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Fruits Reprise modérée de la production française de pêches-nectarines

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Après une année 2003 exceptionnellement basse pour la production française de pêches-nectarines, la reprise prévue pour 2004 s’annonce modérée,  au-dessous de la moyenne des années précédentes, ressort-il d’Europêch, forum annuel des fruits d’été organisé à Perpignan les 28 et 29 avril par la région Languedoc-Roussillon et la Chambre d’agriculture du Roussillon.. La concurrence pourrait s’exacerber avec les autres pays, car la production européenne globale retrouve des niveaux au-dessus de la moyenne.

Si aucun événement climatique ne vient altérer les vergers français, la récolte de pêches-nectarines s’élèverait à 373 000 tonnes, a indiqué Éric Hostalnou, de la Chambre d’agriculture du Roussillon. C’est 9% de plus que l’an dernier, mais 13% de moins que la moyenne 1998/2002. La France et l’Espagne ont été touchées par des gelées en mars, jusqu’à des latitudes «n’épargnant pas l’Andalousie». La température est descendue jusqu’à moins sept degrés en Espagne, après la floraison.

Gare à la concurrence italienne...

La concurrence risque d’être âpre avec les autres pays de l’UE, notamment l’Italie, pays qui est de loin le premier producteur et qui devrait retrouver des niveaux de production supérieurs à la moyenne. Une récolte de 1 590 000 tonnes est attendue en Italie (+29% par rapport à l’an dernier et + 11% par rapport à la moyenne 1998/2002). La récolte européenne de pêches-nectarines s’élèverait à 2 925 000 tonnes, soit 28% de plus que l’an passé et 8% de plus que la moyenne 1998/2002.

Des professionnels ont fait remarquer à Europêch que la France prendrait des risques si sa production tombait sous la barre des 300 000 tonnes. Elle ne serait plus leader sur son marché et la grande distribution jouerait la carte de l’importation. La qualité est un moyen de reconquête auprès des consommateurs et, si elle est bien menée, des volumes sensiblement plus importants (atteignant 500 000 tonnes) que ceux produits actuellement pourraient être absorbés sans surproduction, a estimé un observateur.

En France le centre de gravité du verger s’est déplacé vers le Sud ces toutes dernières années. Des exploitations ont cessé leur activité en région Rhône-Alpes, alors que la région de la Crau est devenue un verger performant. Avec des limites toutefois, dues à la difficulté des arboriculteurs de trouver de la main d’œuvre, qualifiée ou non, ainsi que l'a montré un petit film présenté au cours du forum.

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... et chinoise

La Chine est un redoutable concurrent en produits manufacturés, on le sait, mais maintenant elle peut devenir un gros exportateur de fruits et légumes. Le gouvernement chinois cherche à développer l’arboriculture fruitière pour l’exportation afin d’engranger des devises dont le pays a besoin, a indiqué Renaud Pierson (société de pépinières Star fruits, dans le Sud-Est de la France). Sous l’impulsion d’investisseurs japonais, coréens et taïwanais, Pékin a stimulé l’industrie de conserves de fruits rouges, la production d’asperges et bientôt d’ail frais, selon Jacques Soler, consultant. Le pays exporte déjà des brochettes de légumes surgelés vers la France. Il est susceptible de développer une offensive commerciale dans le secteur de la pomme, des légumes secs et de la fraise en boîte. La Chine produit toutes sortes de pousses de légumes : pousses de bambous, pousses de brocolis, de petits pois. Un autre facteur de montée en puissance des exportations chinoises est la politique d’investissements qu’y mènent les pays de l’hémisphère Sud. Nouvelle-Zélande, Australie, Chili cherchent à compléter leurs gammes de pommes et poires dans l’hémisphère Nord, afin de pouvoir en exporter toute l’année et de fidéliser leurs clients. La place ne manque pas en Chine, où 70% de la population est rassemblée dans la partie Est.

Les producteurs circonspects devant les MDD

Une partie de l’après-midi du 28 avril, consacrée aux tentatives de la grande distribution d’élargir les marques de distributeurs aux fruits et légumes a mis en évidence la circonspection des producteurs. La grande distribution, inquiète de l’avancée des hard discounters et de ses prix bas, cherche à amoindrir le poids des marques, comme Danone, Nestlé, ou Savéol (tomates), a expliqué Frédéric Chatagnon, de PB Conseil. Les producteurs surveillent ce phénomène. Ils ne cherchent pas à se mettre en travers, mais se demandent jusqu’où il ira. Pour eux, les pratiques de la grande distribution restent les mêmes : pression sur les prix. Mais en l’occurrence, ils voient le risque d’être « bananés et banalisés», a lancé Pierre Diot, président de la section nationale «tomates». Banalisés, les producteurs craignent de l’être, parce que la notoriété ne se ferait plus à partir d’un terroir ou d’un savoir-faire, mais à partir de la marque d’une enseigne. Tel n’est pas l’idéal des producteurs, qui voient dans un éventuel essor des MDD dans leur secteur un risque de « perdre leur âme» (Pierre Diot).

Europêch a par ailleurs attiré l’attention sur le réchauffement climatique et les conséquences sur les fruits. Une première incidence est constatée, a relevé Jean-Michel Lagave (Inra) : la floraison des pêchers et des abricotiers est avancée de cinq à dix jours depuis vingt ans, en moyenne. Mieux : la date de maturité est avancée de dix jours, a ajouté Christian Hilaire, du CTIFL (Centre technique interporfessionnel des fruits et légumes).