Si les stocks de fin de campagne en blé sont appelés à remonter, la production 2009 pourrait baisser. Ce qui incite certains analystes à envisager une possible reprise des cours pour le deuxième trimestre prochain. En maïs, les stocks devraient se tasser, mais, à court terme, d’importantes quantités pourraient être libérées sur le marché, déprimant un peu plus les prix. En soja, l’offre s’annonce en hausse… ce qui risque de faire plier les cours.
«Jusqu’au semis de printemps, la lourdeur des bilans peut juguler les prix et les maintenir sous pression », a indiqué Frédéric Ternois, trader chez Soufflet négoce, à l’occasion des journées matières premières organisées les 2 et 3 décembre derniers par l’Aftaa (Association française des techniciens de l’alimentation et des productions animales). Mais après, tout est permis… ou presque. En blé, le CIC prévoit une baisse des surfaces mondiales de 1,6 % (voir encadré), ce qui pourrait affecter la production. D’autant plus qu’il faut compter avec la hausse du coût des facteurs de production : « Les rendements ne seront-ils pas affectés par une baisse des intrants ? », s’est interrogé Frédéric Ternois. Et puis, « les stocks ne sont pas pléthoriques », a rappelé le spécialiste.
Attention aux effets du ralentissement économique
Difficile de dire si cela suffira à faire remonter les prix des blés des Vingt-sept. La question des exportations fera probablement partie des données déterminantes. A fin novembre, l’Union européenne avait réalisé ou engagé 10 Mt à l’export. Un chiffre « en ligne » avec l’objectif de 16,6 Mt. Sauf qu’ « un ralentissement économique pourrait faire baisser la demande en deuxième partie de campagne », a souligné Frédéric Ternois, rappelant que l’Argentine et l’Australie risquent d’arriver sur le marché avec des volumes non négligeables. Pour le spécialiste, il va falloir surveiller de près les choix de l’Egypte, l’un des plus gros importateurs mondiaux de blé, situé à nos portes.
Surplus exportable de maïs au Brésil
En maïs, le bilan est plus tendu que pour la céréale à paille. Les stocks de fin de campagne devraient perdre 11 Mt, selon les chiffres de Soufflet négoce. Sauf que pour l’instant, le Brésil ne trouve pas de marché pour exporter. Il n’a écoulé que 5,5 Mt à l’étranger sur un total prévu de 15,5 Mt. « Ces 10 Mt devront être exportées avant mars/avril, a souligné Frédéric Ternois. Potentiellement, il y a donc 10 Mt disponibles sur le marché dans les 3 à 4 prochains mois ». De quoi effacer le manque de volumes offerts par les Etats-Unis sur le marché international. De ce côté-ci de l’Atlantique, l’Union européenne dispose pour sa part d’un disponible exportable d’environ 2 Mt. Elle risque de devoir partager ses clients avec l’Ukraine qui pourrait lui faire concurrence, même si elle ne dispose que de 0,5 à 1 Mt de maïs pour l’export.
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La production de soja stagnerait au Brésil…
« Le soja est probablement le produit qui a le moins corrigé », a indiqué de son côté Jean-François Courtin, chez Cargill. Mais il devrait se rattraper sur 2008/2009. D’accord, au Brésil, où 60 à 70 % des semis sont réalisés, la production devrait stagner. « Les surfaces sont en légère hausse, mais la plupart des observateurs anticipent une baisse des rendements », a indiqué le professionnel. La crise financière n’épargne pas le pays, et les producteurs risquent de protéger les cultures au minimum, faute de pouvoir demander des crédits à leurs banques. Mais cette stagnation devrait être compensée par une très bonne production aux Etats-Unis, proche des 80 Mt. Et surtout, l’Argentine, qui a réalisé la moitié des emblavements, enregistrerait un record en 2009, à plus de 50 Mt.
… mais l’Argentine regorge de stocks
« Compte tenu des grèves du printemps et de l’été, les fermiers sont plutôt en retard sur la mise en marché de l’ancienne récolte, a de plus ajouté Jean-François Courtin. Les stocks seront records pour la nouvelle récolte, ce qui est clairement un facteur baissier ». La Chine revient de son côté à des niveaux de production historiques, tandis que le soja est en plein essor en Inde et au Paraguay. En parallèle, la demande aurait plutôt tendance à ralentir. « La flambée des cours en juin/juillet a conduit à la destruction d’une part de la demande mondiale », a notamment indiqué le spécialiste. En Asie du Sud-Est, par exemple, la demande a baissé de 10 %.
A ce stade de la campagne, beaucoup d’incertitudes subsistent. En céréales comme en oléagineux, l’évolution de la crise financière sera déterminante.