Avec la mise en place d’outils numériques ergonomiques, des sites industriels réalisent d’importants gains de productivité tout en redonnant du sens à leur travail aux conducteurs de ligne.
« Nous avons réalisé plus de 50 000 € d’économie par an depuis la numérisation des postes de travail il y a trois ans, assure Thomas Kermorgant, directeur du site Lesieur-Puget à Vitrolles près de Marseille, en réduisant le sur-remplissage, les durées des changements de formats et la baisse des phases d’arrêt". A l’origine de ces gains de productivité, une startup, Usitab, dirigée par Loïc Le Doussal qui fut 10 ans directeur de site chez Coca-Cola et 6 ans responsable de l’unité d’une production de Mc Cormick. « J’ai toujours voulu apporter une solution aux opérateurs de production et à la perte de sens de leur mission », explique-t-il. « En adoptant cette solution, nous avons supprimé les classeurs rappelant des procédures, les documents à remplir toujours plus nombreux pour répondre aux démarches qualité et les ressaisies de données », explique Joyce Jean-Marie, cheffe d’atelier dosettes chez UCC à Valence.
Pour rendre l’informatique accessible, chaque conducteur de ligne dispose d’une tablette personnalisée avec une application à peine plus compliquée que celles de son smartphone personnel. Avec son terminal connecté en wifi ou 4 G, l’opérateur saisit toutes les informations demandées qui nourrissent le small data de l’entreprise. L’interface ressemble souvent à une photo interactive avec des balises numérotées qu’il suffit de cliquer dans l’ordre pour suivre les procédures et remonter les informations.
Mais surtout, son application renseigne le conducteur de ligne sur toutes les autres informations collectées dans l’entreprise. Le logiciel synthétise ces données et celles collectées automatiquement par les capteurs de la ligne, cadence, poids, compositions, température, humidité, pressions, qualité de la matière première qui interagissent sur la productivité de sa machine. « Cette connaissance en temps réel nous permet d’améliorer les taux de rendement synthétiques et globaux à des niveaux impossibles sans le digital, reprend Thomas Kermorgant. En cas d’incident, l’opérateur prend des photos, les annote, filme, envoie immédiatement ses informations par mail au technicien concerné. Il redevient acteur du bon fonctionnement de l’entreprise et retrouve une émulation pour améliorer la productivité ».
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Derrière son ordinateur, l’agent de maitrise utilise un logiciel qui ressemble à celui de la création des sites internet en CMS (Wordpress…). Son outil lui permet quotidiennement de préparer les prises de poste, diffuser l’actualité de l’entreprise, les retours d’expérience, mettre en ligne de nouvelles vidéos tutorielles dont il pourra vérifier si elles ont été regardées jusqu’au bout et formaliser les connaissances acquises par des quizz. « Un changement d’équipe qui prenait le vendredi après-midi, ne prend plus que 5 minutes aujourd’hui avec les personnes formées en une demi-journée sur la tablette », reprend Joyce Jean-Marie. La solution coûte environ 12 000 € dont la partie formation supportée par les Opca. Le passage de l’ère informatique à l’ère numérique annonce une nouvelle révolution.
L’Ania enquête sur le numérique
Selon les conclusions d’un groupe de travail piloté par l’Ania, toute la filière alimentaire est à l’aube d’une profonde mutation, sous l’effet conjugué de la dématérialisation massive des données et leur interconnexion généralisée. L’échange de données en temps réel modifie l'ensemble des relations commerciales et administratives et va permettre la création de nouveaux services comme livraison de repas à domicile, la traçabilité du champ à l’assiette sur les allergènes, la connaissance de la composition des produits et de la qualité des matières premières… Pour réussir sa mutation, la France dispose de certains atouts : son savoir-faire industriel, ses pôles de compétitivité, une intégration dans de nombreuses entreprises de logiciels de suivi de qualité. Les IAA souffrent, par contre, de handicaps : leurs responsables sont peu enclins à rechercher spontanément les innovations. Ils préfèrent être rassurés par les retours d’expérience qui leur reviennent par le bouche à oreille, un mode peu rapide de diffusion des nouvelles technologies. L’agroalimentaire, où les salaires sont peu élevés pourrait peiner à recruter des collaborateurs disponibles formés au numérique qui préféreront des filières plus rémunératrices.